Orig., C. Celse, VI
-4. C. Celse, m, 5o et s.
doute, les chrétiens essaient d'inculquer tous les dogmes à tous les hommes, mais, quand ils en rencontrent de particulièrement rebelles, ils s'efforcent, au moins, de les pénétrer de la doctrine du châtiment des méchants et de la récompense des justes, c'est-à-dire de les moraliser. L'état d'esprit et de conscience d'un grand nombre de païens d'alors les prédisposait à accepter sans peine une morale fondée sur de telles bases et Origène se félicite que l'accord se soit, en effet, établi entre les chrétiens et un grand nombre d'ennemis de leur foi pour régler sagement la vie. Il n'est môme pas sans quelque penchant à croire qu'il sera tenu compte à de tels hommes de l'effort qu'ils auront fait et que la miséricorde de Dieu s'étendra sur eux '. Tant que le christianisme ne sera pas l'unique maître des âmes, il se pressera à ses portes une foule de ces hésitants à demi gagnés, ou gagnés tout à fait, mais retenus par quelque cause sur le seuil. S. Augustin sera longtemps un de ces hommes; il est fils de païen et de chrétienne, il n'est pas baptisé, ne fuit pas la débauche, incline au manichéisme, et se livre avec ardeur à la culture des lettres profanes ; mais il croit au Dieu infini et ne fréquente pas le cirque \ Voyez encore, dans les Confessions^ le cas de Victorinus : c'est un rhéteur célèbre qui a sa statue sur le Forum; il a lu les Ecritures et, tout bien considéré, il croit; mais il craint de faire de la peine à ses amis et il lui faut les vigoureux encouragements de Simplicianus, le maître de S. Ambroise, pour se décider à faire le pas décisif. Pouvait-on parler à ces semi-païens, à ces demi-chrétiens, à ces hésitants éclectiques, à ces timorés, ou à ces lâches, qui reculent devant le baptême par effroi des obligations qu'il impose ', pouvait-on parler de rigorisme, pouvait-on offrir les doctrines de Tertullien ? Ils étaient hommes et Romains d'abord et ils n'étaient — à part de très rares exceptions — disposés à n'accepter du christianisme que ce qui ne gênait pas trop leur humanité. Pour un Augustin, combien est-il venu de Constantins à l'Eglise? Et pourtant ce sont ces hommes, peu à peu entraînés vers le christianisme nominal, qui ont fait l'Église du triomphe et du compromis. Malgré quelques grands génies qui rehaussent l'épiscopat à la fin du iv^ et au début du v^ siècles, ils lui ont imposé une part de leur médiocrité d'âme; mais ils ont rassuré l'Etat et la société, ils ont montré que la vie était possible et encore agréable avec la foi chrétienne. C'est ainsi que s'explique le passage des hommes du paganisme au christianisme et l'adoption du christianisme par l'Empire.