Le Blant, Épigr. cliràt. en Gaule, p
5. Eus., Praep. evang., XIII, 11, exprime très bien cette idée ; il compare les sentiments des chrétiens à l'égard des martyrs qu'ils honorent, à ceux qu'on garde auxsoldats morts glorieusement pour la patrie.
6. Les Actes des Martyrs sont remplis de témoignages de la vénération des fidèles pour les confesseurs morts : on baise la trace de leurs pas [Passio S. Vincentii, IX, ap. Ruinart);on touche les plaies de leur corps {Pass. S. \'incentii, IX) ; on trempe des linges dans leur sang [Passio S. Vincentii, IX) ; on le recueille dans des vases (Le Blant, Epigr. clirét. eu Gaule, p. 109); parfois, scmblc-t-il, on se fait des onctions avec ce sang (Acta SS. Marii, Marthae, 18, Boll., 19 janv. — Acta S. Adriani, 3o. Boll., 8 sept. — Mart. S. Vari, i. Boll.,
LES ORIGINES DU CULTE DES SAINTS SqS
par reconnaître aux confesseurs une supériorité dans l'Eglise sur le simple fidèle, de leur vivant ' : il s'en suivit qu'ils durent avoir une place spéciale dans le ciel et un crédit particulier près de Dieu après leur mort. Le désir d'obtenir leur intercession mena tout naturellement à entourer leurs restes de marques de respect qui ressemblent fort à un culte ', Ces sentiments, comme ces démonstra-
19 oct. etc. — Voy. Le Blant, Actes des Mart., Sect. II, § 102, p. 245 etn.). Toujours, quand on le peut, et parfois au risque de sa vie, on recueille le corps {ActaSS. Fnictuosi, etc., VI, ap. Ruinart); on le traite avec le plus grand respect, on l'enveloppe d'étoiles précieuses (Le Blant, Actes des Mart., sect. II, g 89, p. 225 etn., donne les références essentielles). On le recueille tout entier et on respecte très longtemps son intégrité au moins en Occident (Le Blant, Actes des Mart., sect. II, § 104 ; p. 252 et s. — Le Blant, Le vol des reliques). Cependant la tentation de le partager était si forte qu'on y céda parfois de bonne heure, si nous en jugeons par l'exemple qui nous est fourni par les Acta SS. Fructiiosi, etc., VI (milieu du iii'' siècle). On ne mutile point le corps dia martyr, mais quelques frères détournent un certain nombre de ses os à demi brûlés : alors il leur apparaît pour leur enjoindre de les restituer, afin que toutes ses reliques reposent ensemble. — Les reliques font des miracles (S. Aug. nous en rapporte quelques-uns, qu'il a vus a Hippone, produits parles reliques de S. Etienne : De cip. Dei, XXll, 8, i3 et s.); souvent même elles se révèlent miraculeusement {Acta SS. Tarachi, Probi, etc., XI. ap. Ruinart: une étoile se pose sur les corps des saints et les distingue de cadavres de gladiateurs auxquels on les a exprès mêlés; voy. de même l'enlèvement miraculeux des sept vierges noyées, dans la Passio S. Theodoti, XVll,ap. Ruinart) ; elles protègent la tombe du chrétien quand on les y dépose (Le Blant, Inscr. chrèt., Soiiv. rcc, n» 245 et p. 253). Voy., d'ailleurs, sur leurs vertus: Hilar. Pictav., Liber contra Constantium imperatorem, 8 : Martyrum reliquiae venerandae ; earnm virtus (Migne, P. L., X, col. 584). Ce ne sont pas seulement les débris du corps du saint que l'on rassemble, mais encore des objets lui ayant appartenu; tel est, par exemple, un soulier de S. Epipodius {Pass. SS. Epipod. et Alexand., IH, ap. Ruinart; Greg. Turon., Z)e gloria confess., 64) ; telle est également une relique illustre, la chaise (9pôvov), de Jacques, frère du Seigneur, gardée pieusement par les fidèles de Jérusalem (Eus., H. £., VII, 19). Eusèbe se tonde sur ce souvenir pour établir que les honneurs rendus aux saints de Dieu ne sont pas d'invention récente.
1. Voy. VAd Martyras et surtout les lettres de S. Cyprien relatives à la querelle des lapsi et au rôle qu'y jouent les confesseurs. — Ce respect finit par aller très loin; je lis, en effet, dans la Passio S. Pliilippi episc, VII (Ruinart), une des victimes de la persécution de Dioclétien : Prostatri quotidie solo (de la prison), Philippi vestigia sancta lambebant, scientes quantum in eo divini esset auxilii. Le détail m'est suspect et il a pu être ajouté après coup, mais il est au moins conforme à l'état d'esprit de celui qui Fa ajouté.
2. Particulièrement, on éleva des oratoires en leur honneur, parfois autour de leur tombeau; les Actes Âes Martyrs en signalent quelques-uns; voy., par ex., dans la Passio SS. Theodoti, efc, XVI : ad Patriarcharum confessionem..... ad confessionem Patrum. Les Pères en signalent également : S. Augustin, Confess., V, VIII, 1 5, veut éloigner sa mère : vix persuasiutin loco, qui proximusnostrae navi erat, memoria beali Cypriani, maneret ea nocte. — Les païens étaient très frappés de ce culte et étaient portés à croire, en raisonnant comme pour eux, que les chrétiens faisaient des dieux de leurs martyrs : Eus., H. E., VIII, 6, 7, nous montre, durant la persécution de Dioclétien, les officiers impériaux faisant exhumer les confesseurs pour que les fidèles ne les honorent pas comme des dieux.
5g6 APPENDICES
lions, s'étendirent plus tard, après l'heure où il n'y eut plus normalement de martyrs, à tous les chrétiens dont la vie exemplaire parut à leurs frères le plus exempte des faiblesses humaines et le plus conforme aux desseins de Dieu, c'est-à-dire aux saints. Par malheur, l'esprit des chrétiens ne pouvait se détacher complètement de la vieille habitude d'éducation qui leur avait rendu familière la notion des divinités inférieures et, peu à peu, ils versèrent dans ce culte des saints qui, tel que le conçut le haut Moyen âge, n'est réellement pas plus chrétien dans son esprit que dans ses formes. Parallèlement, le culte des reliques tendit vers une superstition grossière, parfois même immorale et très éloignée de la vénération admise dans l'Église primitive.
Où en est-on à l'époque de Tertullien ? Il est difficile de le dire avec précision, car les textes nets sur le culte des saints ne remontent pas, à ma connaissance, au-delà de S. Cyprien. Je suis cependant porté à croire que ce qui se passait au temps de S. Cyprien se passait déjà à peu près au temps de Tertullien, je veux dire qu'on célébrait dans l'Église, par des cérémonies anniversaires, la commémoration des exploits des martyrs'. Ces services annuels servaient à la fois à prouver la reconnaissance de l'Église pour le courage de ses confesseurs, et à rappeler utilement leur glorieux exemple. Constituaient-ils déjà un culte véritable ? Supposaient-ils la vénération des martyrs, en vue d'obtenir leur bienveillance et leur intercession? Je n'ai pas cette impression en lisant les textes de S. Cyprien ; c'est pour les martyrs qu'il s'agit d'offrir les sacrifices divins. Il se peut, d'ailleurs, que certains chrétiens aillent déjà plus loin ; j'ajoute que c'est même probable, puisque tant d'entre eux sont disposés à reconnaître aux martyrs le droit de parler sur terre au nom de Dieu lui-même; mais je crois que S. Cyprien n'est pas favorable à ce privilège dangereux : je crois de même qu'il n'est point encore fondé dans l'Église. Il est probable que la commémoration des saints existe dès Tertullien, pour la raison qu'elle est indispensable à l'édification chrétienne et qu'elle est aussi profondément humaine que l'habitude de recueillir pieusement les corps des confesseurs. Je doute que le rigorisme de Tertullien se fût accommodé d'une extension plus ample de ce culte rendu à des morts. C'est pourquoi je conclus de son silence que ce culte n'existait
I. Cypr., Ep., XII, 2 : Denique et dies corum (les Confesseurs en prison) quibus excedunt adnotatc, ut coinmemorationes intcr memorias martyrum celebrare possumus ; Ep., XXXVIIII, 3 : sacritîcia pro eis semper ut mcministis, offerimus, quotiens martyrum passiones et dies anniversaria commemoratione cclebramus. Rapprochez de ce texte De corona, 3 : obiationcs pro defunctis, pro natalitiis annua die facimus.