‹ TertullienChapitre 56 sur 561 · Renan, M. Aur., p · texte numérisé non relu

Renan, M. Aur., p

6. Apol., 5. En temps de soif, les prières des païens, disait la légende chrétienne, n'avaient pu obtenir d'eau ; celles des chrétiens avaient fait tomber à la fois la pluie sur les Romains et la foudre sur les Barbares; Marc Aurèle avait ofîîciellement constaté le miracle; les mots : deum vivum quem ctipsi imperatores propitium tibi praeter ccteros malunt, s'expliqueraient ainsi très bien. Il convient de rappeler qu'Apollinaire, dans son Apologie adressée à M. Aurèle, lui avait, au témoignage d'Eusèbe, rappelé le miracle de la fiilminata. (Eus. H. E. V, b, 4.) Nous reviendrons sur cette légende au chapitre suivant.

explication pour excellente, mais c'est la seule que je trouve pour comprendre l'étrange affirmation de notre apologiste. Il en formule d'ailleurs une autre, pour achever de justifier son attitude : l'Empereur, dit-il, sait bien qu'il n'est pas Dieu ; il ne veut pas l'être et c'est l'insulter gravement que de dire qu'il l'est '. Tout cela n'est qu'un médiocre quiproquo, un délayage du mot de Vespasien mourant : « Je sens que je deviens Dieu » ' : L'Empereur ne saurait désirer mourir et c'est l'insulter que de l'appeler Dieu, parce que c'est avoir l'air de lui souhaiter la mort '.

Tertullien est sans doute capable de se laisser entraîner assez loin dans l'hallucination spéciale aux apologistes ; toutefois, il me paraît difficile d'admettre qu'il ait cru un mot de tout ce qu'il avance là. Peut-être veut-il plaisanter ; l'ironie des anciens nous est souvent impossible à saisir. Peut-être aussi, malgré les faits qui lui donnent un démenti, ne faut-il voir, dans cet essai d'argumentation, qu'un faible artifice de rhéteur pour établir que les chrétiens sont sans reproche vis-à-vis de l'Empereur, pour diminuer les soupçons des païens et les inciter à la douceur ; les anciens Grecs n'appelaientils pas les Furies Euménides, pour quelque raison semblable ?

Les chrétiens, après le plaidoyer de Tertullien, n'en demeuraient pas moins, comme on disait alors, inreligiosi in Caesares '', c'est-àdire criminels de lèse-majesté. Tertullien essaie d'atténuer leur responsabilité, en démontrant qu'ils ne sont pas seuls coupables de ce crime, qu'ils ne sont même pas les plus coupables, ce qui n'est assurément pas une très solide raison '. Sans doute la plèbe romaine a tort, au point de vue de la morale chrétienne et des fictions gouvernementales, de cabaler contre l'Empereur, de le déchirer de ses mauvais propos et de ses libelles, au besoin de l'assassiner*^; mais cela ne prouve pas que les chrétiens aient raison, au point de vue de l'Empire, de refuser à l'Empereur des honneurs qui lui sont dus,

1. Ad nat., I, 17 ; ApoL, 33 : non enim Deum imperatorem dicam, vel quia mentivi nescio, vel quia illum deridere non audeo, vel quia nec ipse se deum volet dici.

2. ApoL, 34 : Maledictum est antequam apotheosin deum Caesarem nuncupari.

3. Ad nat., l, 17 : Immo qui Deum Caesarem dicitis, et deridetis, dicendo quod non est et maledicitis, quia non vult esse quod dicitis. Mavult enim vivere quam Deum fieri.

4. Ad 7jat., I, 17. — Renan, Eva>ig., p. 291, fait très justement remarquer qu'il y avait à ce sujet chez les Romains un sentiment analogue au loyalisme anglais à l'égard du souverain de la Grande-Bretagne.

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