Apol., 35 ; Ad nat., I
6. ApoL, 35; Ad nat., I, 17 : Agnoscimus sane romanam in Caesares fidem, nuUa inquam coniuratio erupit, nullus in senatu, vel in palatiis ipsis sanguis Caesaris notum fixit, nuUa in provinciis affectata maiestas... Si non armis saltim lingua semper rebelles estis.
5o CHAPITRE 11
ce qui est justement la question. Or, il est vraiment difficile à l'Empereur de se contenter des manifestations loyalistes que la discipline chrétienne' permet aux fidèles. Il était d'usage à Rome, comme chez nous, d'illuminer et de pavoiser les maisons lorsqu'il arrivait quelque chose d'heureux au prince ou à l'État. Chacun plaçait au-dessus de sa porte des lanternes et des branchages verts. Tertullien s'élève avec une extrême violence contre ces pratiques, et ses arguments, qui sont d'une très pauvre rhétorique, sont aussi très blessants, autant pour un simple citoyen romain que pour l'Empereur lui-même. Les païens, dit-il, ont mis toutes les parties de la porte sous l'invocation de quelque Dieu, les noms divins, qu'ils ont ainsi fabriqués, étaient, à l'origine, vides de sens, mais, aujourd'hui, les démons les ont empruntés, et illuminer la porte, c'est honorer les démons qui l'habitent. Il n'y a pas à en douter, car Dieu l'a sévèrement rappelé, dans une vision, à un chrétien qui avait oublié, avant que de partir en voyage, d'interdire à ses esclaves toutes manifestations de ce genre \ Puisque le chrétien a renoncé à la débauche, il n'a pas besoin de donner à sa demeure l'aspect d'un mauvais lieu. Tertullien fait donc bien de proclamer très haut que les chrétiens honorent l'Empereur, car, autrement, celui-ci ne pourrait être informé de leurs excellents sentiments que par leur silence. Sa discipline, à lui, était nécessairement plus exigeante. Mais obéir, illuminer, sacrifier, jurer, ce serait pour le chrétien tomber dans l'idolâtrie \ perdre son âme, et, si l'Empereur ne sait pas borner ses ordres, le chrétien doit savoir jusqu'où sa conscience lui permet de les suivre ''.
Il appartenait aux hommes instruits de l'Église d'éclairer sur ce point les fidèles simples et hésitants ; Tertullien ne s'en fait pas faute et ses conseils pratiques, dispersés un peu partout dans son œuvre, sont particulièrement groupés dans le De idolatria et le De spectaculis, véritables guides du chrétien dans la vie courante. Ce n'est point ici le lieu d'énumérer les restrictions très positives qu'il met à la soumission des frères vis-à-vis du gouvernement ; elles seront examinées dans les chapitres suivants; il suffit de dire