‹ TertullienChapitre 58 sur 561 · De idol., i5, en entier · texte numérisé non relu

De idol., i5, en entier

2. De idol., i5 : Apud Deuin in huius modi ctiam de disciplina familiac nostrae aestimamur.

3. De !(io/., passim, not. i5; Ad Scap., i : Sacrificamus pro salute imperatoris sed Deo nostro et ipsius, scd quomodo praecepit Dcus, pura prece...

4. De idol., i5 : Igitur quod attineat ad honores regum vel imperatorum satis praescriptum habemus, in omni ohsequio esse nos oportere sccundum apostoli praeceptum subditos magistratibus et principibus et potestatibus, sed intra limites disciplinae, quousque ab idolatria separamur. — Scap., 14: développe l'idée : il faut rendre à César ce qui est à César, sans oublier que l'homme n'appartient qu"à son Dieu : solius autem Dei homo.

LE PRINCIPE DU POUVOIR IMPÉRIAL ET l'eMPEREUR 5î

qu'elles placent Dieu lui-même en face du souverain terrestre, au point de les opposer l'un à l'autre presque constamment ' et qu'elles semblent se résumer en une formule pratique, d'autant plus inquiétante que Tertullien ne la confie qu'aux seuls chrétiens : il n'y a rien de commun entre le camp de la lumière et le camp des ténèbres ; il est impossible de servir deux maîtres à la fois \ Sans doute, si on prend ce texte au pied de la lettre, les deux maîtres, c'est Dieu et le démon; mais le génie de l'Empereur est un démon; les dieux de l'Empereur sont des démons; l'Empereur est païen et tous les païens sont dans le camp des ténèbres \

Alors, que penser de toutes les protestations que nous avons relevées au début de ce chapitre? Sont-ce de simples mensonges destinés à donner le change aux Gentils? Des arguments plus ou moins spécieux d'avocat, comme ceux par lesquels Tertullien voudrait établir que l'Empereur croit au vrai Dieu? Doit-on, en définitive, s'en tenir aux seules remarques présentées aux chrétiens comme des règles de conduite, dans les ouvrages secrets? Ce serait, à mon sens, tomber dans l'exagération. Tertullien n'est point logique en cette affaire, ce qui lui arrive quelquefois, tout particulièrement quand il le fait exprès; mais il est sincère, au moins en ceci : il ne peut pas ne pas croire qu'une puissance, durable et stable comme l'Empire romain, ne soit voulue par Dieu, ainsi que le furent jadis les Empires de Ninive, de Babylone et des Perses ; croyant cela, il ne peut pas se lever contre l'œuvre de Dieu. Il prêche donc, non pas l'obéissance à l'Empereur, il n'en parle pas \ mais le respect de sa dignité et, au besoin, l'amour de sa personne. Comme, d'autre part, l'Empire romain, de même que ces Empires disparus dont il a pris la place dans les desseins de Dieu, ne connaît pas celui qui lui donne la vie et exige de ses serviteurs des actes qui seraient des outrages à la majesté divine, il ne faut point les accomplir. Pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi, de la bouche du délégué de Dieu, des ordres peuvent-ils tomber qui sont contraires à la loi divine? Les hommes doivent l'ignorer : Dieu le veut sans doute comme une épreuve. La soumission théorique à l'Empereur

1. Apol., 34 : Caeterum liber sum illi (imperatori), dominus enim meus unus est, Deus omnipotens et aeternus, idem qui et ipsius (imperatoris).

2. De spect., 26 : Nemo enim potest duobus dominis inservire. Quid luci cum tenebris ? Quid vitae et morti ?

3. De corona, 1 1 ; le paganisme c'est castra tenebrarum, l'Eglise chrétienne, castra lucis.

4. Il est, en effet, curieux de remarquer que, dans les textes où Tertullien proclame le plus haut la nécessité d'aimer, de révérer l'Empereur, de prier pour lui, le mot obéir ne se trouve pas : Apol., 3o, 3i, 32, 33; Ad Scap. 1, etc.

reste d'ailleurs inviolée '. Au milieu des tortures e^u'on lui inflige au nom du prince, le chrétien prie pour lui. Ce que Tertullien exige du fidèle, ce n'est pas la résistance, c'est l'abstention, chaque fois que sa conscience se sent engagée ; c'est le refus digne et respectueux de perdre son âme. Il reste à déterminer dans quel cas l'âme est en péril.

Evidemment cette position est assez étrange : elle n'est cependant pas unique dans l'histoire, car elle a toujours été et sera toujours celle d'une secte religieuse pacifique, mais très dogmatique, en face d'un gouvernement quelconque, particulièrement si ce gouvernement repose lui-même sur un fondement religieux \ Il n'en demeure pas moins vrai qu'il y avait pour l'Empereur quelque chose d'inadmissible dans cette prétention qu'affichaient les chrétiens de choisir entre ses ordres, qu'elle pouvait mener, qu'elle a effectivement mené Tertullien à prêcher, vis-à-vis du gouvernement impérial, une conduite que les pires ennemis de l'Empereur n'auraient pas désavouée,

V. — Les chrétiens ne pouvaient exprimer une autre opinion que celle de Tertullien sur les origines de la puissance humaine : les Empires viennent nécessairement de Dieu et cette conviction de principe détermine leur attitude officielle. Je ne veux, pour preuve de l'uniformité de leur point de vue, que ce mot des Constitutions Apostoliques : « Il vous faut révérer l'Empereur, sachant qu'il est l'élu de Dieu ^ » Voilà un texte sans doute postérieur à l'édit de Milan, mais il va chercher son origine dans des écrits très anciens, dont les premiers éléments remontent peut-être au i^"" siècle. Il nous prouve la constance de l'opinion et de la recommandation qu'il exprime : elle peut, sans invraisemblance, être mise dans la bouche d'un apôtre et elle est encore, au iv siècle, règle essentielle de la morale politique des chrétiens; elle trouve place dans une compilation qui se présente comme un guide de la vie pratique \

1. Scorp. 14: ...ut tamen tune rex honoretur, cum suis rébus insistit, cum a divinis honoribus longe est; quia et pater et mater diligentur cum Deo, non comparabuntur.

2. Les Juifs, sous l'Empire, refusaient aussi de sacrifier à l'Empereur. De nos jours, les Doudiobors du Caucase refusent d'obéir au tzar, particulièrement en tout ce qui touche au service militaire; ils emploient les mcmes arguments que les premiers chrétiens et prennent une attitude très analogue : Tolstoï, Lettre, dans le Temps du 3i octobre 1898.

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