‹ TertullienChapitre 61 sur 561 · Conc. Ant., XII, ap. Mansi, II, i3i3 et s · texte numérisé non relu

Conc. Ant., XII, ap. Mansi, II, i3i3 et s

2. Ambr., Sermo c. Aitxcntium de basil. trad., 36 : Imperator intra ecclesiam non supra ecclesiam : bonus enim imperator quaerit auxilium ecclesiae, non réfutât. Haec, ut humiliter dicimus, ita constanter exponimus. — Optât., De scliism. Don., III, 3 : non enim respubiica est in ecclesia, sed ecclesia in republica, id est in imperio romane.

3. Cypr., Epist., bg, i3. Cornelio fr. : viderint laïci hoc quomodo curent.

6o CHAPITRE II

on a fait des lois sévères « que tout le monde approuve ' ». L'intervention de l'Etat dans de semblables circonstances était un fait accompli au lendemain môme du triomphe et dès le règne de Constantin; la malheureuse affaire des Donatistes lui ouvrait la porte toute grande \ Enfin TÉglise, en acceptant les largesses de l'État, au besoin en les sollicitant, établit entre elle et lui un lien nouveau et tout aussi dangereux pour elle que tous les autres \

Voilà donc ce que sont devenues les idées de TertuUien et voilà à quel résultat pratique elles ont abouti. Je ne prétends d'ailleurs pas que la main mise de l'État sur l'Église, et la déviation du christianisme, qui s'en suivit, soient en germe dans ses écrits : j'ai voulu seulement montrer où se plaçaient ses opinions dans la longue chaîne d'impressions, de sentiments, de doctrines et de faits, qui mène du premier contact officiel et pacifique entre l'Empereur et le christianisme, jusqu'à l'union inégale qui suit le triomphe. La position qu'y occupe TertuUien n'est point singulière; il n'est qu'un anneau d'une tradition constante, qui, fondée sur l'affirmation de l'origine divine de la souveraineté humaine, conduit presque fatalement à la subordination réelle de l'Église à l'État. L'Empereur chrétien du Bas-Empire est à peine moins Dieu que l'Empereur païen de jadis; et, dans la réalité, son caractère divin est plus précis, plus ferme, plus sincèrement accepté que la déification sur terre du souverain du second siècle; la tradition païenne a survécu au paganisme ; elle s'est transposée, mais TEmpereur n'y a pas perdu. TertuUien ne pouvait guère deviner un résultat, qui est de ceux qu'on comprend plus qu'on ne les prévoit, mais tout autorise à croire qu'il ne l'aurait pas trouvé de son goût s'il l'avait vu ; non pas que la conception d'un pouvoir absolu, appuyé sur l'église de Dieu et la protégeant, ait été pour lui déplaire, mais parce que son intransigeance, ou, si l'on veut, son rigorisme, n'aurait pas accepté les nombreuses et graves concessions que l'Église dut faire, pour fonder un compromis durable entre elle et l'État : il est donc vraisemblable qu'il se serait révolté contre cette sécularisation de l'Église et aurait ajouté quelque hérésie à celles qui lui ont fait refuser la canonisation.

1. August., Epist., II, 93. Dilcctissimo fr. Vinccntio. V^oir 6s,a\cmcnl : Epist., II, 100, au proconsul d'Afrique.

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