ApoL
I prouver que telle est bien la vérité serait un grand avantage acquis : les chrétiens gagneraient du coup, non seulement le bénéfice d'approbations autorisées et respectées, mais encore celui des mesures de clémence ou de réparation qui suivaient d'ordinaire les mauvais règnes '. ' Dans le détail des opinions de TertuUien sur les divers Empereurs, bons ou mauvais selon la tradition commune, on peut trouver des nuances; c'est ainsi qu'il reste au fond de son cœur une certaine animosité contre Trajan, à cause de la lettre à Pline, qu'un chrétien ne pouvait aisément lui passer \ Il a, d'autre part, comme un reste d'indulgence pour Domitien, parce que ce prince, disait-on, avait été relativement favorable aux fidèles; sans doute aussi parce que la légende voulait que, sous son règne, le christianisme eût approché tout près du trône '. De Caracalla, il ne parle qu'en termes discrets et élogieux; mais ne disait-on pas qu'il avait été élevé par une chrétienne? Et, d'ailleurs, il vivait. Malgré ces exceptions, et quelques autres semblables, la distinction établie par TertuUien entre les Empereurs reste entière dans son principe.
Le point de vue auquel s'étaient placés les apologistes ses prédécesseurs est, au reste, semblable. Ils protestent de leur fidélité à l'égard de l'Empereur vivant et ils se montrent sobres de remarques sur les Empereurs morts, que la divinisation fait respectables. Tout au plus se laissent-ils aller à dire que le prince mal disposé pour les chrétiens, est mal informé et à en appeler à sa sagesse des 'mauvais rapports qu'il a reçus ', Ils ne sortent de leur réserve que pour malmener ceux des Empereurs que l'opinion courante ou la tradition officielle abandonnent sans défense \ Encore Méliton affirme-t-il que Néron et Domitien ont été trompés par des ennemis des chrétiens *^. Ces apologistes font volontiers appel aux textes officiels et les produisent devant l'Empereur, alors même qu'ils