‹ TertullienChapitre 66 sur 561 · ApoL · texte numérisé non relu

ApoL

4. De spectac, 3o ; De fitga, 2. — Même idée chez M. Félix, Octav., 27.

5. ApoL, 21 : Ea omnia super Christo Pilatus et ipse iam pro sua conscientia Ghristianus, Caesari tune Tiberio nuntiavit.

nous appelons les Actes de Pilate, si même il n'aurait pas vu quelqu'autre pièce, plus ou moins analogue, que nous n'aurions plus; nous n'en savons rien '. L'affirmation de Tcrtullien ne prouve nullement qu'il ait vu un texte; il a pu se contenter de reproduire une légende courante de son temps et mise en forme beaucoup plus tard, authentifiée pour ainsi dire par un document plus ou moins pastiché d'un modèle antique \ Les polémistes ne sont point, d'ordinaire, des érudits et ne sont point très méticuleux sur la critique de leurs preuves. Il est probable, d'ailleurs, que si Tertullien avait eu en mains un tel texte, il n'aurait pas procédé par allusion discrète; il l'aurait cité et commenté, car, en l'espèce, l'opinion de Pilate, magistrat et témoin oculaire, devait être d'un poids très lourd.

La légende de Pilate, reprise souvent par les chrétiens après le triomphe \ ne nous est relatée avant Eusèbe que par Tertullien : ce pourrait être un argument pour conclure au caractère oral de

1. Sur ce point, voy. Batiffol, L. G., p. 40 et surtout Harnack, G. A. C. L., I, p. 21 ; Tischendorf, Evang. Apocr., pp. liv et s. — Renan, Egl. Clir., p. 847, incline à reconnaître les Acta Pilati dans la première partie de VEvangile de Nicodème\ on y retrouverait assez bien, selon lui, \e^ citations de Justin et de Tertullien. Je ne vois pas trace de citation chez Tertullien ; il y a seulement une allusion à un texte qu'il ne paraît pas avoir eu sous les yeux en écrivant.

2. Tels que nous les avons, les Acta Pilati sont vraisemblablement du début du v^ siècle ou de la fin du iv ; voy. Batiffol, L. G., p. 41, n. i, pour la bibliographie de la question et Harnack, G. A. C. L., II, pp. 6o3 et s. M. H. met en parallèle une partie à'Apol., 21, et le double texte grec et latin de la Lettre de Pilate donnée par Tischendorff [Evang. Apocr., p. 41?; Acta Apost. apocr , p. 16) et Lipsius {Acta Apost. apocr., p. 196); et il conclut aune parenté entre le texte de V Apologétique et celui de la Lettre; elle est au premier abord évidente. Mais, dit M. H., deux hypothèses sont possibles : ou Tertullien a connu la lettre, ou l'auteur de la lettre l'a fabriquée en démarquant le chapitre de V Apologétique. Il penche pour la seconde, car, en faveur de la première, il ne voit qu'un argument : c'est l'air d'antiquité de la pièce et l'imitation de Tertullien suffirait très bien à donner cette impression. En faveur de la seconde hypothèse, il avance que si Tertullien avait eu un semblable document à sa disposition, il n'aurait pas manqué de le proclamer; il aurait précisé les emprunts qu'il lui faisait. Comme il n'a pas procédé ainsi, il faut conclure que son récit est construit avec des données purement traditionnelles. M. H. pense que la Lettre peut être une imitation de la version grecque de VApologétique dont parle Eusèbe et étudiée par M. H. lui-même dans T. ». U., VIII, H. 4. — J'accepte pleinement l'hypothèse de M. H., car il me paraît impossible que le développement d'ApoL, 21 soit sorti de la Lettre sans que Tertullien l'ait dit.

3. Entre autres, Eus., H. E., II, 2; Orose, VII, 4; J. Chrysost., Homil., XXVI; Greg. Turon.,I, 24: Pylatus autem gesta ad Tiberium Caesarem mittit et ei tam de virtutibus Christi quamde passione vel rcsurrectionc eius insinuât. Quae gesta apud nos hodie retenentur scripta. Tiberius autem hoc ad senatores recensivit. Quod senatus cum ira rcspuit quod non ad cum primitus advenissent. — Quand Grégoire de Tours parle de scripta, il peut viser les Acta Pilati que nous avons et en môme temps s'inspirer de Tertullien ; il ne s'ensuit pas que Tertullien ait eu aucune espèce d'Acta entre les mains.

cette tradition à la fin du second siècle. Si on admet qu'Eusèbe luimême ' n'a fait que s'appuyer sur l'autorité de TertuUien, sans avoir plus que lui un texte sous les yeux et que les affirmations de Justin, sur les documents officiels transmis à Rome après la mort de Jésus, demeurent vagues et sans garantie ^ l'hypothèse devient très plausible. C'est l'opinion que j'en ai. Il est peu probable que TertuUien ait inventé une pareille légende de toutes pièces : il est plus admissible qu'elle avait cours parmi les chrétiens de son temps et qu'il l'a rapportée sans la vérifier. Cette précaution pouvait, d'ailleurs, lui être impossible à prendre, si le rapport de Pilate était supposé secret et connu seulement par on dit.

Quoi qu'il en soit, tout ce que nous savons de Tibère contredit le récit de TertuUien \ Cet Empereur nous paraît, en effet, avoir affirmé avec beaucoup d'énergie le principe de la vieille religion d'Etat et nous savons qu'il ne fut pas tendre aux religions orientales, parmi lesquelles se rangeait naturellement le christianisme K Il est donc aussi vraisemblable que possible que la légende est fausse. Que TertuUien Tait crue vraie ou non, il nous importe assez peu ici; nous n'avons à en retenir que deux points : C'est d'abord que, de Tibère, le premier empereur qui ait pu connaître le christianisme, et qui n'avait pas trop mauvaise réputation, depuis que Caligula, Néron et Domitien avaient tenu sa place, TertuUien fait un protecteur virtuel des chrétiens ; c'est, en second lieu, qu'il considère cette première défaite du christianisme comme un épisode de l'éternelle lutte entre l'esprit du mal et l'esprit de Dieu.

Dans l'àme de chaque Empereur cette lutte s'engage et si le démon triomphe, l'homme est un monstre. Jusqu'à la venue du Messie, l'Ennemi régnait sur le monde, sauf sur ce petit coin de l'Empire, où vivaient les Juifs ^ et, s'il avait craint un instant sous Tibère,

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