Renan, M. Aurclc, p
LES EMPEREURS Jl
/ressemble assez à de l'impudence, si on tient pour véridique la tradition postérieure de l'Église, telle qu'elle est à peu près fixée par Eusèbe '. A part un mot de blâme — encore très adouci — , il n'a, pour tous les bons princes, que des éloges '. A propos d'Hadrien, il n'est pas question d'Antinous ^ ; à propos d'Antonin il n'est point dit que ce surnom de Pius que cite Tertullien, avec une certaine complaisance \ lui vienne de son respect pour les vieux Dieux. Quant à Marc Aurèle, la plus belle figure de toutes % le noble père que vient d'adopter Sévère, il n'a sans doute pas révoqué explicitement les édits contre les chrétiens, mais il ne les a pas appliqués; il a presque poursuivi les accusateurs des fidèles \ Aucun de ces grands Empereurs n'a approuvé les mesures odieuses : ils ont admis des chrétiens dans leur entourage et ont su reconnaître publiquement leurs services, comme le fit Marc Aurèle pour les soldats de la Legio Fiilminata \
1. Apol., 5 : Ceterum de tôt exinde principibus ad hodiernum divinum humanumque sapientibus édite aliquem debellatorem Christianorum. C'est là une invitation que ne désavouerait pas un de nos journalistes de combat.
2. Apol., 2 et 5. Trajan s'est contredit en défendant de rechercher les chrétiens et en ordonnant de punir ceux qu'on trouverait, mais il ne leur a pas fait appliquer les mesures injustes.
3. Je ne veux pas dire que le nom d'Antinous ne paraisse pas dans les œuvres de Tertullien et qu'il ne s'y affirme pas, sur la personne et la divinité de ce favori impérial, une opinion digne d'un moraliste et d'un chrétien (voy. De corona, i3; Adr. Marc, I, i8 in-fine \ surtout Ad nat., II, lo). Toutefois, notre auteur garde quelqvie mesure dans l'expression de sa réprobation et surtout il ne la laisse pas percer en parlant d'Hadrien dans l'Apologétique. Rien cependant ne pouvait l'indigner plus que les relations de cet empereur et d'Antinous.
4. Apol., 5 : Quales ergo leges istae quas adversus nos soli exercent impii.... ? Quas Traianus ex parte frustratus est vetando inquiri Christianos, quas nullus Kadrianus, quamquam omnium curiositatum explorator, nullus Vespasianus, quamquam ludaeorum debellator, nullus Pius, impressit.