Le Blant, Actes des M art., ch. IV, p
3. Le Blant, op. cit., ch. III, passim et surtout pp. 16 et s. — Selon lui, la présence de certaines formules manifestement officielles peut être un critérium d'authenticité. (On trouvera la liste de ces formules, op. cit., Section I.) Rien n'est moins sûr, à mon sens, car rien n'est plus aisé que d'imiter ou de copier des formules à peu près invariables. Qu'on prenne des Acta très connus, ceux des Martyrs Scillitains, par exemple, que nous avons en plusieurs textes, on trouvera, si l'on veut, une grande parenté entre les versions diverses, mais on trouvera aussi de très notables différences de termes. Pourtant nous n'aurions qu'une seule de ces versions, que plusieurs de ses parties n'éveilleraient pas les soupçons que la comparaison fait naître immédiatement. Je veux préciser l'objection par un exemple net : Ruinart nous donne comme authentiques les Actes de S. Eupliis, martyrisé à Catane en 3o4; si nous les lisons avec quelque attention, nous voyons sans peine qu'ils sont faits de deux, et peut-être de trois morceaux d'origine différente. Le premier n'a que trois paragraphes et il commence, comme le second, par la formule : Diocletiano novies et Maximiano octies consulibus pridie Idus Augusti..., qui semble prouver qu'ils ont été empruntés l'un et l'autre à des pièces officielles. Le premier morceau a tous les caractères d'authenticité désirables : questions et réponses courtes, nettes et précises, répétition des mots dixit, respondit, qui marquent l'interrogatoire régulier, etc. On peut bien signaler quelques retouches probables, comme le libéra manu signans sibi frontem, ou encore la dernière phrase du g 2 : Et deficientibus viribus, dicebat labiis taritiim absque voce haec vel alia. Le second morceau répète en substance ce que contiennent les paragraphes 2 et 3 du premier; le malheur est qu'il présente, lui aussi, dans plusieurs de ses parties, les caractères des Acta authentiques. Sans doute, les propos qu'échangent le Pracses et le martyr, dans le premier et dans le second morceau, se ressemblent, mais ils ne s'y présentent pas absolument dans les mêmes termes. Il est vraisemblable que le second morceau est postérieur à , l'autre : il a pu être reconstitué de mémoire, après le triomphe, par une Eglise dont les Archives avaient été détruites au cours des dernières épreuves : sa postériorité me semble établie par son second paragraphe qui a nettement les caractères d'une Passio. Cependant, nous n'aurions que lui que nous aurions l'illusion de posséder,
LES EMPEREURS jb
d'historiens inclinent à dire qu'il y] a eu une persécution sous un Empereur, et à lui en attribuer plus ou moins directement la responsabilité, si le martyrologe signale quelques exécutions sur un point quelconque de l'Empire dans les limites de son règne. A ce compte, je pense qu'il n'y aurait guère d'Empereur qui échapperait au renom de persécuteur. Il convient donc toujours, quand il s'agit de martyrs, de bien stipuler s'ils ont été victimes d'un mouvement local, d'un soulèvement populaire, d'une dénonciation de prêtres païens jaloux, d'un excès de zèle, ou d'une vengeance personnelle de quelque magistrat, d'une démonstration intempestive de quelque exalté, ou de toute autre cause particulière; ou bien s'ils ont été arrêtés et exécutés en vertu d'ordres généraux, réellement émanés du gouvernement central. C'est là une distinction essentielle. Elle est au reste difficile à faire dans un grand nombre de cas, car la question de la légalité des poursuites contre les chrétiens, celle du fondement juridique de ces poursuites, celle de la procédure employée, sont aussi discutées que celle du nombre des persécutions et du nombre de leurs victimes '. Il faut avoir le courage de s'avouer qu'en toutes ces controverses les habitudes d'esprit de chacun, les préjugés sentimentaux et les idées préconçues tiennent souvent plus de place qu'il ne faudrait, n'étant ni les uns ni les autres très propres à éclaircir les doutes. Les textes ne sont nulle part assez décisifs pour qu'un critique prévenu n'en fasse à peu près ce qu'il veut.
On a dit de Trajan qu'il a été le premier persécuteur systématique du christianisme \ Est-ce exact? La question se réduit en somme à savoir si la fameuse lettre de Pline à l'Empereur et la réponse du prince " sont authentiques. En admettant qu'elles ne le soient pas, n'a-t-il pas existé quelque rescrit impérial dont nous
au moins dans son premier paragraphe, un fragment authentique d'Acta. N'en est-il pas souvent de même ? Des Actes types n'ont-ils pas souvent servi à fabriquer a posteriori des Actes apocryphes ? C'est une question dont l'examen nous entraînerait trop loin : il nous suffit pour le moment de l'avoir posée.
1. Voy. partie. Le Blant, Les sentences rendues contre les martyrs, ap. Ac. des Inscr., Séances, 9 mai 1890. — Du même : Le christ, aux yeux des païens, ap. Ac. des Inscr., C. R., oct.-dec. i885, et MeL d'archcoL et d'hist., mars 1887. Du même : Des voies d'exception employées contre les martyrs, et diverses public., dont on trouvera le catalogue dans les Mél. d'archéol. et d'hist., avril 1893. Voir aussi: Boissier, Rev. Archéol., juin 1876. Renan, Les Evang., p. 401 et n. 2. M. Max Conrat, l'auteur du dernier livre sur la question : Die Christenverfolgungen in roemischen Reiche vom Standpunkte der Juristen, Leipzig, 1897, in-8% conclut (p. 78) que, durant les deux premiers siècles, les chrétiens n'ont été poursuivis que pour délits de droit commun.