VIII INTRODUCTION
OU en imprimant à chacun d'eux un caractère déterminé. Or, ceux de ses écrits qui renferment des données chronologiques précises ne portent aucune marque certaine de montanisme ou d'orthodoxie; ceux au contraire où le montanisme apparaît nettement demeurent de date très incertaine. D'ailleurs, si Tertullien a toujours été virtuellement montaniste, comment distinguer chez lui ce qui est spontané de ce qui est emprunté, ce qui est tendance de ce qui est doctrine? C'est pourquoi la patience et les raisonnements souvent ingénieux des savants allemands n'ont pu arriver qu'à des probabilités '.
C'est en cette absence de certitude que j'en suis venu à me demander si la classification chronologique, qui garde évidemment toute son importance pour les théologiens, était indispensable à l'étude que je me proposais. Une simple comparaison, un rapprochement matériel de quelques textes pris dans des ouvrages différents de date, mais relatifs aux mêmes questions, m'a rapidement convaincu du contraire. Je me suis arrêté à cette conviction que, pour juger de la sincérité et de la portée des opinions de Tertullien, il faut tenir compte, non pas de la date h3^pothétique de l'ouvrage auquel on les emprunte, mais des circonstances dans lesquelles cet ouvrage a été rédigé, de son caractère et de son but. Tertullien ne parle pas, dans ses œuvres apologétiques, destinées aux païens, le langage qu'il parle dans ses œuvres morales ou dogmatiques, réservées aux chrétiens. S'il peut paraître plus modéré au début de sa carrière, c'est que les plus connus de ses écrits publics, surtout V Apologétique, se rapportent à cette époque. Mais, qu'on se propose, par exemple, d'examiner ce qu'il a dit de l'Empereur ; il en a parlé surtout dans trois ouvrages : l'un, VApologélique, est sûrement prémontaniste ; l'autre, VAd Scapulam, est peut-être déjà montaniste (certainement d'après Harnack et Noeldechen) ; le dernier, le Sco?^-
I. Un certain nombre de dissertations sur cette question de la chronologie, particulièrement celles de Mosheim et de Noesselt sont réunies au t. III d'Œ^hler et dans Migne, P. L., 1, à la suite de V Apologétique. Pratiquement, il suffit de consulter G. N. Bonwetsch, Die Scliriften Tertiillians n. d. Zeit ilirer Abfassitngs. Bonn, 1879, in-8°; Harnack, Zur Chronologie der Scliviften Tertiillians, ap. Zeitsclirift f. Kircligesch., II, 4, 1S78; Noeldechen, Die Abfassungs^eit der Sdiriften Tertiillians. T. u. Ù, 1888; Kellner, Chronologiae Tertullianeae supplementiim. Rome, 1890.