‹ TertullienChapitre 85 sur 561 · C. Celse, VIII · texte numérisé non relu

C. Celse, VIII

simplement pour montrer la divergence de leurs témoignages et sans prétendre en tirer grand éclaircissement : d'abord parce qu'ils sont trop éloignés de 112 et qu'en quelques années la situation des chrétiens dans l'Empire a pu se modifier sensiblement ; en second lieu et surtout parce qu'ils sont vagues. Il nous est tout à fait impossible d'évaluer la valeur représentative d'expressions comme beaucoup, peu, grand fiombre, etc., sans qu'un chiffre précise leur sens. Ils peuvent parfaitement s'appliquer tous aux mêmes unités selon les points de vue auxquels on se place : il y a par exemple beaucoup de protestants en France par rapport à ce qu'il y en a en Espagne; il y en a peu par rapport à ce qu'il y en avait en 1610. Renan écrit ' qu'on « n'exagérerait peut-être pas beaucoup » en disant que près de la moitié de la population de l'Asie Mineure s'avouait chrétienne vers le milieu du second siècle ». D'abord ce n'est qu'une hypothèse; ensuite elle n'est fondée que sur le texte de Pline qui nous occupe et sur un passage du Peregrinus de Lucien \ Or, Peregrinus se brûla vraisemblablement en 168 ' \ ce sont donc là deux documents qu'il est difficile de faire marcher ensemble; car si Renan admet ce que Pline dit du nombre des chrétiens en Bithynie, pourquoi n'admet-il pas ce qu'il ajoute de leur abjuration ? Étant donné l'incertitude même des affirmations de Pline, on ne saurait rien tirer de ferme d'une comparaison entre elles et des documents d'un autre âge, écrits en d'autres pays. D'ailleurs, en dehors de toute autre raison, l'ignorance de Pline arrivant dans sa province me paraît suffire à prouver qu'il avance là une erreur, ou, au moins, une grosse exagération. Comment l'expliquer?

Est-elle l'œuvre de Pline, qui veut grossir l'affaire pour se donner de l'importance ? Peut-être aussi veut-il atténuer l'étrangeté qu'il y a à demander à Trajan comment il faut procéder contre les chrétiens, alors qu'il les dit tous soumis. Peut-être encore veut-il tempérer l'impression fâcheuse que son incohérence peut produire sur l'esprit de l'Empereur, par l'exagération du danger couru. Mais si telle était son intention, il semble qu'elle percerait dans la lettre, car, en définitive, si celle-ci ne lui plaisait pas quand il l'a relue, il n'avait qu'à la recommencer. Faut-il voir là une interpolation chrétienne ? C'est impossible, dit-on, un chrétien ne saurait accuser ses frères d'apostasie. Je n'en suis pas aussi sûr que M. Boissier : il fallait faire la part du feu, rendre la lettre vraisem-

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