Aube, op. cit., I, p
g6 CHAPITRE III
parle de l'édit en question. Nous lisons, en effet, dans V Apologie de Méliton ' que la persécution a été excitée en Asie par de nouveaux édits ; on répond : ce sont des ordonnances de police établies en dehors de l'Empereur. Méliton lui-même n'en est pas si sûr que cela, car, après avoir proclamé qu'un Empereur juste, ne peut rien ordonner d'injuste, il ajoute : « Mais si ce n'est pas de vous que viennent cet ordre et ce nouvel édit (tô xaivov toô-o oiâ-ayi^a) qui ne serait même pas convenable contre des barbares et en temps de guerre, nous vous supplions très instamment de ne pas nous laisser exposés à ces mauvais traitements populaires. » Une simple ordonnance de police aurait-elle une portée suffisante pour être qualifiée ainsi que le fait Méliton : ce n'est guère probable. Or, nous lisons dans les Actes de saint Justin : « En entendant ces paroles le Préfet prononça l'arrêt : ceux qui auront refusé de sacrifier aux dieux et d'obéir à l'édit de TEmpereur seront battus de verges et décapités, ainsi que l'ordonnent les lois ^ » Qu'on rapproche maintenant ces mots de la sentence de Paul visée plus haut ^, qu'on les rapproche également de l'affirmation de Celse, rapportée par Origène : il n'y a plus que quelques chrétiens errants qu'on cherche pour les traîner devant le juge et de là au supplice ^; qu'on remarque enfin que l'agitation montaniste est active en Asie aux environs de 170, que ses caractères propres suffisent pour provoquer un édit contre les sectes nouvelles « qui troublent l'esprit des hommes », et on comprendra, ce me semble, ce qu'a voulu dire Méliton : Il s'agit bien d'un édit spécial, impérial, comportant des pénalités assez dures pour que l'apologiste les juge inappli-
î cables à des barbares. Il n'est pas question de rechercher les chrétiens, mais de punir les individus dont les croyances provoqueraient du désordre ; le peuple et les magistrats zélés se chargent d'élargir l'édit et de l'appliquer, non seulement aux montanistes, mais à tous les chrétiens qui leur tombent sous la main ; et c'est de
j cet abus que se plaint Méliton.
Il reste cependant une difficulté : une partie de hotre argumentation s'appuie sur les Actes de saint Justin ; il y a lieu de craindre