Eus., H. E., IV, 26, 6 : 5t,[j.w52i >.eT,XaaLa
4. Neumann, Der rôm. St., p. 2g, qui place le rescrit en 177, affirme la relation en rapprochant la Sentotce de Paul (V, 21, 2) du texte d'Éusèbe, H. E., V, I, 63 : ^svTjV Tivà xa'. xaivriV EÎaayo'jffi 6pf,CTXî(av.
enfermées dans cet édit; c'étaient des humiliores : capitepiiniuntur, nous dit Paul. Mais sur le délit d'agitation religieuse, venaient se greffer des délits de droit commun de la dernière gravité, auxquels pourtant le magistrat ne croyait guère; en tous cas, un citoyen était compromis, d'autres pouvaient l'être, l'édit n'était pas assez précis pour écarter toute hésitation : le légat s'adresse à l'Empereur. Il ne s'en suit pas du tout que le rescrit du Digeste n'ait pas existé ou qu'il l'ait ignoré; il a demandé un éclaircissement que Marc Aurèle lui envoie sous forme d'une application de son édit au cas des chrétiens. Je ne vois pas enfin en quoi ce qu'on nomme le second rescrit ' annule le précédent.
Dans tout ce raisonnement, j'ai considéré la Lettre des églises de Vienne et de Lyon comme authentique, sans d'ailleurs prétendre trancher la question; il est clair que si elle ne l'est pas, la difficulté soulevée tombe d'elle-même, Tertullien, nous dit-on, ne parle pas de ce rescrit du Digeste et il dit expressément que Marc Aurèle n'a pas supprimé les édits antérieurs; si on entend qu'il les a confirmés, c'est bien ; mais si c'est cela que veut dire Tertullien, ce n'est pas cela qu'il dit. Puisque, d'autre part, il ne parle ni des circonstances de la mort de Saint Justin, ni surtout des troubles de Lyon, dont Aube ne doute pas, de quel poids peut bien être son silence sur le reste ? Si son témoignage négatif vaut dans un cas, il vaut dans l'autre et la Lettre des églises de Vienne et de Lyon est inauthentique puisqu'il n'en dit mot. Nous nous trouvons ainsi placés en présence de la plus grosse difficulté. Comment expliquer que Tertullien, non seulement n'ait pas parlé de cette Lettre fameuse, mais encore ait osé soutenir que Marc Aurèle avait été favo- , rable aux chrétiens après que les frères de ses victimes avaient ' répandu dans l'Eglise tout entière le douloureux récit de tant de souffrances?
Trois réponses semblent possibles : il n'a pas connu la Lettre ; / — elle est apocryphe et postérieure à lui ; — il a eu quelque raison ! de ne point dire tout ce qu'il savait et son silence est calculé.
Si nous supposons la Lettre authentique, Tertullien a-t-il pu l'ignorer? Nous ne pouvons naturellement pas affirmer que c'est impossible; mais c'est bien peu probable. Les chrétiens conservaient avec soin les documents de ce genre et ils les faisaient circuler'', parce qu'ils étaient éminemment propres à l'édification et à
1. Neumann, op. cit., p. 3i. C'est celui que M. Aurèle envoie au légat de la Lyonnaise, en réponse à sa consultation.
2, Voyez le début de l'Epître de l'église de Smyrne, qui s'adresse à la catholicité entière : Eus., H. E., IV, i5 et Eus., //. E., V, 3 et 5, sur la circulation des lettres des fidèles de Lyon,
LES EMPEREURS lOI
la préparation au martyre : il serait donc surprenant qu'un tel texte eût échappé à TertuUien, très préoccupé lui-même de cet entraînement des confesseurs. En outre, la Lettre devait forcément attirer l'attention de tous les chrétiens, puisqu'elle contenait un rescrit de Marc Aurèle confirmant celui de Trajan. Lettre et rescrit seraient-ils donc apocryphes?
Les opinions les plus diverses ont été soutenues à ce sujet.
Renan voit dans la Lettre un morceau tout à fait extraordinaire,
vivant et vibrant, une pièce presque unique dans la littérature de
1 tous les peuples '. Havet n'y voit que de la rhétorique ; c'est, à ses
'1 yeux, un document sans valeur \ En général, on ne doute pas de
*' son authenticité ^ et parfois, pour la rendre plus certaine encore,
on a voulu reconnaître dans ces lignes la main de saint Irénée *,
qui, peut-être, fut le messager des chrétiens lyonnais auprès d'Éleu-
thèrede Rome \
La critique de cette Lettre est très ardue, parce que, non seulement nous n'en possédons pas le manuscrit, mais nous n'en avons même pas le texte intégral ; nous ne la connaissons que par Eusèbe, qui, lui, avait le texte, mais n'a pas cru à propos de le transcrire tout entier. Or, jamais celui qui fait ainsi des extraits n'est bon juge de l'intérêt absolu de ce qu'il néglige. C'est pourquoi il nous faut, dès l'abord, renoncer à toute critique tirée de la transmission du texte et de son examen d'ensemble. Cependant deux remarques préalables, au moins, sont nécessaires. Eusèbe a cru la Lettre authentique, et, sans être décisive, son autorité n'est pas négligeable, car il représente une tradition : de son temps on croyait posséder avec cette Lettre le monument précieux d'une lutte héroïque. Prise en elle-même, c'est une Passio, destinée à donner bonne opinion des martyrs dont elle raconte les exploits; elle présente les inconvénients du genre : elle commente volontiers, ne dédaigne pas les épithètes et s'étale complaisamment sur des détails édifiants. C'est pourquoi il n'est pas surprenant que les mêmes phrases aient paru à Renan délicieusement fraîches et à Havet pla-
1. Renan, M. Aiir.^ pp. 3o2 et s., étudie la persécution d'après la Lettre, qui est particulièrement examinée dans Evang., p. xxxiii et Ègl. chrét., p. vi; pp. 3i5, 344, n. 2, 472, n. 2, 5og, n. 2.
2. Havet, Le christ., IV, p. 441 : « Pour moi, l'impression que me laisse cette pièce est celle d'un morceau oratoire composé en Asie à l'époque des grandes persécutions, c'est-à-dire cent ans environ après Marc Aurèle, pour édifier et pour fortifier les âmes.
3. MM. AUard, Aube, Batiffol, Harnack, Ncumann, parmi les modernes, sont très affirmatits; M. l'abbé Duchesne fait de ce document le point de départ de son étude sur l'église de Lyon : Fastes épisc, I, p. 7 ; I, p. 39.