‹ TertullienChapitre 96 sur 561 · Eus., H. E., V, 4, I · texte numérisé non relu

Eus., H. E., V, 4, I

! tement déclamatoires; ils n'étaient pas dans le même état d'esprit et d'âme quand ils les ont lues, voilà tout. Il est clair que la Lettre est, en effet, pleine de rhétorique, comme en sont pleines toutes les Passiones, comme en sont pleins tous les écrits sentimentaux; mais c'est d'une rhétorique qui n'exclut ni la naïveté ni la sincérité; d'une rhétorique inconsciente. Dire, par exemple, que le diable a fait effort contre les frères, qu'il a envoyé ses ministres sur terre pour donner un avant goût des violences qu'il exercera à la fin des temps, c'est évidemment de la rhétorique — pour nous ; mais cette phrase n'était, pour les chrétiens d'alors, que l'expression à peine figurée et très fidèle de leur pensée. Il me semble donc impossible de soutenir qu'en raison de la place que tient cette rhétorique dans le style de la Lettre, le fonds lui-même en soit contestable, car il ne s'agit pas de savoir si elle a été écrite par des hommes mesurés et réfléchis, mais seulement si elle est l'œuvre de témoins oculaires d'une grande épreuve chrétienne. Nous ne devons raisonnablement nous demander qu'une chose : pouvons-nous relever dans son texte quelques invraisemblances graves? Ce procédé de critique est d'ailleurs très dangereux, car il se peut que tel fait nous semble invraisemblable, simplement parce que nous ne le connaissons pas. Là, plus encore que dans Texamen de la Lettre de Pline, nous aurons de la peine à atteindre des conclusions fermes.

A priori, nous devons renoncer à critiquer le fonds de la pièce : les incidents qu'elle nous relate ne nous sont connus que par elle; ils sont analogues à ceux que nous racontent d'autres Acta eiâLâutres Passiones; ils s'enchaînent d'une manière assez logique; ils sont vraisemblables, pris dans leur ensemble. On peut ressentir une certaine impression de monotonie ' quand on les lit d'un bout à l'autre; mais une impression, nécessairement personnelle, ne saurait fonder un jugement, d'autant que celle-ci n'est point particulière au document en question : elle est absolument conforme à celle que nous donnent quantité d'écrits hagiographiques. Nous ne pouvons donc tirer quelques arguments, pour ou contre l'authenticité, que de l'examen d'un certain nombre de détails accessoires et de l'étude de quelques témoignages qui peuvent s'y rapporter.

Je ne dis rien des opinions des critiques, car, à part Havet qui doute de l'authenticité, sans d'ailleurs développer bien longuement sa thèse, et de M. Edwin Abbott qui, en acceptant l'authenticité, n'admet pas la date donnée par Eusèbe % tout le monde est

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