Havet, op. cit., IV, p
2. Edwin A. Abbott, ap. Expositor, f'év. 1896, propose de reculer la lettre au
LES EMPEREURS Io3
d'accord pour croire que le document est très sûr et que la date 177 — ou à peu près — est la bonne '.
Voici, en somme, les principales^difficultés qui peuvent être relevées et qui sont susceptibles de laisser quelques doutes dans l'esprit.
En premier lieu, par qui la Lettre a-t-elle été écrite? Je ne m'arrête pas à l'hypothèse de la rédaction par Saint Irénëe; d'abord parce qu'elle est sans fondement, ensuite parce que la personne même du rédacteur anonyme importe très peu; je veux donc dire : qui a envoyé la lettre? Au nom de qui a-t-elle été rédigée? Le texte même répond : Les serviteurs du Christ qui résident dans Vienne et dans Lyon de Gaule \ Or, Vienne et Lyon n'étaient pas dans la même province; la première de ces villes appartenait à la Narbonnaise, la seconde à la Lyonnaise. Les chrétiens de Vienne dépendaient donc du proconsul de Narbonnaise, ceux de Lyon du Legatus Augusti propraetore de la Lyonnaise; pourquoi donc la Lettre, qui raconte des souffrances communes aux deux Eglises, les localise-t-elle toutes à Lyon ? C'est même à Lyon qu'est martyrisé le diacre Sanctus, qui est clerc de Vienne. Peu importe qu'il soit, comme le veut M. l'abbé Duchesne \ non pas im diacre de Vienne, mais le diacre désigné par l'évêque de Lyon pour administrer l'Église de Vienne, car ces arrangements chrétiens n'intéressent pas l'administration romaine et n'expliquent pas que le légat de la Lyonnaise ait jugé les inculpés de son voisin en même temps que les siens. C'est, à vrai dire, la seule difficulté de ce début, car la mise au premier plan de l'Église de Vienne, dans la suscription, n'est pas inexplicable : la Lettre a pu être écrite à Vienne par des réfugiés Lyonnais et authentifiée par l'Église de cette ville ; une intention de politesse suffirait pour expliquer l'étrangeté apparente de la formule. La véritable difficulté disparaîtrait si on pouvait supposer que les Viennois qui ont souffert étaient à Lyon lors de leur arrestation; mais le texte dit précisément le contraire; nous y lisons qu'on recherche les chrétiens dans les deux villes, après les premières arrestations de Lyon et qu'on emprisonne les fidèles les plus considérables des deux Églises, ceux qui les ont organisées ''. Faudrait-il donc admettre que les deux provinces sont momenta-
règne d'Antonin, mais le texte que nous avons soulève contre sa thèse des difficultés très graves, qu'il ne résout réellement pas.