APPARENTE DIFFICULTÉ DE LA CONVERSION. EFFETS DE LA GRACE
Dispositions d'uii païen qui se sent attiré au christianisme et qui hésite.
Lorsque j'étais dans les ténèbres et dans la nuit, que j'étais ballotté sur les flots agités du siècle, flottant et incertain, ignorant de ma vie, étranger à la vérité et à la lumière, je trouvais difficile et dur (eu égard à ma conduite d'alors) ce que la divine bonté me promettait pour mon salut. Comment renaître, prendre une vie nouvelle dans le bain de l'eau salutaire, dépouiller le vieil homme et tout en demeurant dans les liens du corps, devenir par f âme, par les sentiments, un homme nouveau? Gomment serait-ce possible, une conversion si radicale : dépouiller tout d'un coup CH "Vieux fonds qui, ou bien né avec moi s'est durci en moi, ou produit par l'habitude m'est, en vieillissant, devenu une seconde nature?
È2 LA VIE CHRÉTIENNE ET LA VlË PAÏENNE.
La racine en est profondément enfoncée en moi.
Quand a-t-on vu celui qui a l'habitude des grands et somptueux festins, s'habituer à la sobriété? Et celui qu'on a vu briller sous l'or et sous la pourpre, quand est-ce qu'il se réduira à une tenue simple, et plébéienne? Quand on a pris goût aux faisceaux et aux honneurs, peut-on vivre dans rob|curité d'un simple particulier? Celui que pressaient des foules de clients, qu'accompagnaient des cortèges d'honneur, tient la solitude à châtiment. Les pas- ^ sions coutumières vous enlacent de leurs liens tenaces : nécessairement, l'amour du vin vous sollicite, l'orgueil vous enfle, la colère vous enflamme, la cupidité vous empêche de dormir; on sent l'attrait de la cruauté, les appâts de l'ambition, on cède à l'entraînement de la passion.
Effets de la grâce du Baptême*
Voilà ce que bien souvent je me disais à moi-même. J'étais en effet comme enlacé par une foule d'habitudes mauvaises dont je ne croyais pas pouvoir me dégager. Je me laissais aller aux penchants vicieux de ma nature, et, désespérant d'aller à mieux, j'étais indulgent à mes faiblesses, comme à une chose faisant partie de moi-même.
EFFETS DÉ LÀ GRAciÉ. 3$
Mais quand l'eau régénératrice eut effacé les taches de mon passé, et que mon cœur dès lors purifié se fut rempli d'une lumière d'En- Haut, loi'squ'un Esprit venu du Ciel m'eut donné une seconde vie^ et fait de moi un homme nouveau, ce fut un merveilleux changement : au doute succède la certitude, au myiStère la clarté^ la lumière aux ténèbres j les difficultés s'étaient évanouies, et ce qui me paraissait impossible auparavant, m'apparaissait maintenant comme réalisable. Ainsi je pouvais reconnaître que ce qui auparavant était chariiel en moi et soumis a l'impression des vices, venait de la terre ; tandis que la vie répandue en moi par l'Esprit de sainteté, venait de Dieu.
Vous savez sûrement et vous vous rappelez tout comme moi ce dont nous a débarrassé, et ce que nous a donné cette mort au péché, cette vie de la vertu. Vous le savez vous-même, et je ne m'en fais point gloire. Le moi est haïssable. Mais après tout, ce n'est pas de l'orguéilv mais plutôt de la reconnaissance, quand on attribue moins à la vertu de l'homme qu'à un do'n de Dieu ce dont on se loue, et c'est ce que je fais en reconnaissant que si nous ne péchons plus, c'est; ùri effet de la foi, et que si nous avons péché, ce fut un effet de l'erreur humaine.
C'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire.
C'est de Dieu, dis-je, oui c'est de Dieu que nous tenons ce que nous avons de puissance.
Il est pour nous la source de la vie, de l'action, de la vigueur, qui nous permettent de prendre dès ce monde un avant-goût du siècle à venir. Que sa crainte cependant reste pour nous la gai'dienne de l'innocence, afin que le seigneur qui a eu la bonté de venir dan» nos âmes avec sa grâce répandue en nous, y trouve une demeure qui lui plaise, une justice de conduite qui le retienne. iVutrement de la sécurité acquise naîtrait la négligence, et l'antique ennemi s'y insinuerait de nouveau.
La fidélité produit en nous un accroissement
de la grâce.
Si vous marchez d'un pied ferme et qui ne glisse pas, dans le chemin de l'innocence, dans le chemin de la justice ; si, soulevé vers le Ciel de toutes vos forces, de tout votre cœur, vous restez fidèle à votre vocation, votre pouvoir s'accroît dans la mesure même de l'accroissement de la grâce divine en vous. Il n'y a pas en effet dans le bienfait divin que Ton reçoit ce qu'il y a d'ordinaire dans les bienfaits' humains, une limite, une mesure. L'Esprit se