‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 13 sur 49 · MISÈRE DE LA VIE DU SIÈCLE, S · texte numérisé non relu

MISÈRE DE LA VIE DU SIÈCLE, S

Que peut-on dire de plus cruel, de plus ^ inhumain? On apprend à tuer, à tuer on se couvre de gloire.

Mais ceci encore quelle monstruosité. Des hommes s'exposent aux hêtes que personne n'y a condamnés, qui sont jeunes, beaux, richement vêtus? Des vivants se parent pour des funérailles volontaires. Leurs maux leur sont un sujet de vanité. Ils luttent contre les bêtes, non en expiation d'un crime, mais par folie. Des parents au cirque sont là qui contemplent leurs fils; on a sur les gradins un frère, une sœur. Le spectacle coûte naturellement plus cher à mesure qu'on amplifie les apprêts ; n'iuLporte! on voit une mère, pour pouvoir assister à ce qui fera son deuil, une mère, ô douleur, donner de son argent pour ce spectacle ! Au milieu d'exhibitions si barbares, si sinistres, ils ne pensent pas que rien qu'à regarder, ils se rendent coupables de parricide.

L'immoralité du théâtre.

Toui^nez à présent vos yeux vers un spectacle non moins déplorable : le théâtre aussi vous oblige à gémir et à rougir. Les crimes d'un passé lointain, célébrés en vers, voilà ce qu'on appelle le cothurne tragique. Parricides et incestes, qui firent frissonner les hommes d'autrefois, sont reproduits sur la scène avec un

art fidèle, pour que les siècles dans leurs cours n'abolissent pas la mémoire du crime un jour commis. Tout âge est averti que cela se peut faire encore qui a été fait jadis. Le temps n'abolit plus les fautes commises, il ne les efface plus: les crimes ne sont jamais ensevelis dans Foubli. Les attentats du passé deviennent les exemples du présent.

Ailleurs, le spectateur se délecte aux représentations des mimes, cette école de turpitude, à revoir ce qu'il fait chez lui, ou à Voir ce qu'il y pourrait faire. On apprend à commettre l'adultère en le voyant représenté, et avec l'encouragement pervers d'une autorité officielle ,1a femme mariée qui étaitvenue chaste au spectacle s'en retourne impudique. Et puis, quelle ruine pour les mœurs, quel encouragement aux crimes honteux, quel aliment au vice, que le spectacle des gestes des histrions...

Et pour mieux assurer la perte des mœurs, on accompagne le vice et ses appâts d'exemples qui l'autorisent, en représentant une Vénus impudique, un Mars adultère, un Jupiter supérieur à tous moins par sa royauté que par ses vices, aussi brûlant que sa foudre de terrestres amours... Jugez après cela, si Ton peut assister à de telles scènes et rester vertueux et chaste : on imite les dieux que l'on trouve, et les turpitudes mêmes, ô misèr^, deviennent des actes de religion!

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