‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 14 sur 49 · MISÈRE DE LA VIE DU SIÈCLE. 4I · texte numérisé non relu

MISÈRE DE LA VIE DU SIÈCLE. 4I

Les hontes de là vie privée.

O si vous pouviez, du haut de cet observatoire, plonger vos regards dans les endroits secrets, ouvrir les portes des chambres à coucher, et voir, à la lumière, les parties les plus intimes des logis : vous verriez des impudiques faire ce qu'un oeil honnête ne peut même pas regarder, vous verriez ce qu'on ne peut voir sans crime, vous verriez dès choses que dans leur frénésie de vice des déments nient avoir fait, et s^empressent de faire. Des choses sont faites qui intervertissent l'ordre de la nature, et ne sauraient plaire à ceux qui les font. Je suis un menteur, si celui qui se condîait ainsi ne flétrit pas les autres, si infâme comme il est il ne blâme pas les infâmes, et ne croit pas rester sans témoin, comme si sa conscience n'était pgs un témoin suffisant. Il accuse les autres en public, il est coupable en son particulier, censeur à la fois et criminel envprs lui-même : il condamne au dehors, ce qn'il fait chez lui ; il commet volontiers la faute qu'il blâme, après l'avoir commise : il a klu fois l'audace qui favorise le vice, et l'impudence qui convient aux impudiques. Ne vous étonnez pas, je vous prie, de son langage :

toute p£^role coupable l'est moins que ce qui sort de sa bouche.

Les lois et la justice corrompues.

Mais après les routes infestées d'embuscades, les batailles livrées çà et là dans le monde entier; après les spectacles cruels ou honteux, après les turpitudes des mauvais lieux, et celles des maisons privées, où le secret qui recouvre la faute encourage l'audace, le Forum peut-être paraitra-t-il préservé, libre de ces méfaits, à l'abri de la contagion : tourne tes regards de ce côté, tu y trouveras plus d'actes révoltants, et tu seras plus pressé encore d'en détourner les yeux. Les lois ont beau être gravées sur douze tables, le droit écrit sur un bronze public attaché à des murs : auprès des lois mêmes on commet des délits, on commet des fautes dans le sanctuah'e du droit, et l'innocence ne règne pas au lieu même où l'on en poursuit la défense. Des gens en désaccord se démènent les uns contre les autres, et la guerre sévissant sous la toge, le forum retentit des vociférations d'une chicane insensée. La pique, le glaive, le bourreau sont là, l'ongle de fer qui laboure, le chevalet qui écartèle, le feu qui consume, plus d'instruments de supplice pour un seul homme qu'il n'a de membres ! Qu'estce qui viendra au secours de la vérité? L'avocat? il est prévai^icateur et trahit;, le juge? il vend sa sentence. Celui qui siège pour faire

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