‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 22 sur 49 · XV · texte numérisé non relu

XV

^ II. La pudicité.

Non moins que la patience la pudicité est Une vertli de force qu'ont prêchée à l'envi nos deux moralistes Africains. Tertullien, devenu montaniste a écrit un ï)e Pudiûitià, oû il attaqué violemment l'indulgence, excessive selon lui, des Psychiques c'est-à-dire des catholiques qui ne considéraient pas comme absolumiènt jfrémissibleslespècliés de la chair. Saint Cyprien a rappelé souvent les textes de l'Écriture qui interdisent la fornication et l'adultère, et il a insisté dans VAd Donàtum, on l'a vu plus haut, sur les dangers du théâtre païen à ce point de vue. Il y revient dans sa correspondance. Sur ce même sujet du spectacle antique et de ses dangers pour la vertu, Tertullien a publié le JDe Spectaculis. Nous en citerons tantôt ce qui reste encore actuel; voici d'iabord comment il se représente les effets de la pudicité, et la difficulté de sa pratique pour ses contemporains.

Bienfaits et difficulté de la chasteté.

La pudicité est la fleur des mœurs, l'honneur dés corps, la parure des sexes, l'intégrité du sang, la garantie de la race, le fondement de la sainteté, là marque pour tous d'une âme en bon état. Elle est rare sans doute^ difficilement parfaite, malaisément continuelle : elle peut cependant, en quelque mesure se ren-

contrer dans le siècle, si la nature y prédispose, si l'éducation y forme les cœurs, si la censure y oblige. Mais comme le mal l'emporte (signe de la fin des temps), le bien ne peut plus naître, tant les semences sont corrompues, ni se développer par l'éducation, tant les études sont abandonnées, ni s'imposer par la contrainte, tant les lois sont désarmées. Bref, la vertu que nous abordons, est tellement tombée en désuétude, que ce n'est pas le renoncement absolu aux passions, mais la modération dans leur usage que Ton appelle pudicité, et que l'on est tenu pour suffisamment chaste quand on n'est pas trop chaste.

{De pudicitia.)

Une des causes de ce dévergondage des mœurs, était le caractère immoral des représentations du théâtre et des jeux du cirque. Les spectacles, chez les anciens, étaient une institution d'état. Ils se donnaient sous la présidence ou la surveillance des magistrats ; à l'occasion ou avec accompagnement de solennités religieuses. Y assister, quand on était chrétien était presque un acte d'idolâtrie.. Aussi TertuUien est-il extrêmement sévère à cet égard. Certains arguments employés par lui pour en détourner les fidèles n'ont plus la même valeur aujourd'hui ; d'autres au contraire doivent au dévergondage des mœurs un regain d'actualité.

Dangers du théâtre.

11 nous est prescrit d'écarter loin de nous toute impudicité. Ge précepte nous tient donc éloignés du théâtre, siège particulier de la

DEVOIRS ENVERS SOI-MÊME. 8l

dissolution, où rien n'est approuvé que ce qui est désapprouvé ailleurs... Que si nous devons avoir en horreur toute espèce d'impureté, pourquoi nous serait-il permis d'entendre ce qu'on ne doit point dire, quand nous savons d'ailleurs que la bouffonnerie et toute parole inutile est condamnée par Dieu? Pourquoi nous serait-il permis de regarder ce que c'est un crime de faire? Pourquoi ce qui « sortant de la bouche souille l'homme » semblerait-il ne pas le souiller quand il le reçoit par les oreilles ou par les yeux, alors que les yeux et les oreilles sont les informateurs de l'âme, et qu'il est difficile qu'elle soit pure, lorsque les organes qui la servent sont souillés. Voilà donc le théâtre interdit de par l'interdiction portée contre l'impudicité. {De Spectaculis, XVII.)

Nous renonçons également à vos spectacles, autant qu'à la superstition à laquelle nous savons qu'ils doivent leur origine, et nous restons étrangers aux choses mêmes auxquels ils se rapportent. Nous n'avons rien à dire, à voir, à entendre, dans les extravagances du cirque, dans les obscénités du théâtre, dans les atrocités de l'arène, dans la vanité du stade. (Tertullien, Apologeticus, XXXVIII.)

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