‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 24 sur 49 · I PETRI · texte numérisé non relu

I PETRI

Christ emploie pour désigner son peuple, du nom qu'il donne à son troupeau. Il nous donne le nom de brebis, pour que la douceur des chrétiens égale celle des brebis ; il nous appelle agneaux, pour que notre simplicité imite celle des agneaux. Pourquoi sous le vêtement des brebis, est-ce le loup qui se cache? Pourquoi celui qui se prétend chrétien déshonore-t-il le troupeau du Christ? Porter le nom du Christ, et ne pas marcher dans la voie du Christ, qu'estce autre chose que d'abuser du nom divin? que de déserter le chemin du salut? Il a dit en effet et enseigné que celui-là vient à la vie qui observe les commandements, que celui-là est sage qui écoute sa parole et la met en pratique, que celui-là est appelé le meilleur docteur dans le royaume des cieux qui enseigne et conforme sa vie à son enseignement, qu'un enseignement bon et utile ne sera utile à celui qui le donne que si les actes accomplissent ce que la bouche annonce, pr, y a-t-il quelque chose que le Seigneur se soit plus efforcé de persuader à ses disciples, quelque précepte qu'il leur ait plus recommandé d'observer que de nous aimer les uns les autres du même amour dont il a lui-même aimé ses disciples. Mais comment peut-on observer ce précepte de charité et de paix, quand l'envie empêche d'avoir la paix et la charité? (St Cyprien, De Zelo et livore, 12.)

lOO LES DEVÔmS PU GHRÉtlÈN,

La lutte contre Venvie couronnée ici-bas,

et au cieL

Après une invitation ardente à vivre d'une vie vraiment chrétienne, pour obéir aux enseignements du Sauveur, et gagner le ciel, saint Cyprien continue en ces termes :

C'est par de telles réflexions qu'il convient, frères très cliers, de fortifier notre âme, c'est par des pratiques de ce genre qu'il la faut affermir contre les traits du diable. Que la Sainte Écriture soit entre nos mains, la pensée du Seigneur dans nos esprits; que la prière, ne s'arrête pas, que les œuvres de salut ne con-r naissent pas d'interruption. Occupons-nous constamment d'oeuvres spirituelles : ainsi quand l'ennemi s'approchera, quand il tentera l'assaut contre nous, il trouvera notre cœur fermé et armé. Le chrétien n'a pas seulement la couronne qu'il reçoit en un temps de persécution : la paix aussi a ses couronnes, qui nous sont décernées quand dans de multiples rencontres nous avons renversé et vaincu l'ennemi. La victoire sur la passion donne la palme de la continence; la résistance à la colère, au désir de vengeance, procure la couronne dé la patience ; c'est un triomphe sur l'avarice que de mépriser l'argent; c'est l'exploit glorieux de la foi que de- supporter les adversités en comptant sur l'avenir céleste ; celui que la prospérité ne rend pas orgueilleux acquiert de la gloire par

DEVOIRS ENVERS SÔi-MÊMlS. lÔi

soii humilité; celui qui volontiers aide les pau^ vres obtient une rétribution sur le trésor du eiel, et celui qui ignore l'envie, qui est doux et ne fait qu'un avec ses frères, obtient la couronne de la paix et de la charité. Voilà le stade aux vertus où nous courons chaque jour, les palmes et les couronnes de justice que nous travaillons sans relâche à conquérir.

Pour y atteindre aussi, vous qui étiez en ^roie à l'envie et à la jalousie, rejetez toute cette malice qui était en vous ; par un mouvement de conversion salutaire revenez au chemin dé l'éternelle vie ; arrachez de votre cdèur épines et chardons afin que la semence divine y germe abondamment, ique spirituellement fécondé le sol y produise une moisson luxuriante; rejetez le fiel empoisonné, le venin de la discorde; purifiez Un coeur que l'envié infernale a infecté, et que là douceur du Christ en chasse l'àmertumô qui l'avait envahi. C'est de la croix et de son sacrifice que vous tirez votre nourriture et votre breuvage :lé bois qui près de Mora réussit à adoucir l'amertume de l'eau, n'était qu'une figuré, que là réalité adoucisse l'amertume de votre cœur, et vous n'aurez pas de peine à recouvrer la santé» Que lé remède naisse de votre blessure même. Aimez ceux que vous haïssiez ; chérissez ceux que l'envié vous faisait poursuivre d'une injuste hostilité. Imitez les bons, si vous pouvez marcher sur

leurs traces, si vous ne pouvez pas marcher sur leurs traces, réjouissez-vous du moins avec eux, et félicitez ceux qui sont meilleurs que vous ; devenez, par une affection qui vous unisse à eux, leur co-participant, devenez grâce à un lien de charité et de fraternité, leur cohéritier. Vos dettes vous seront remises, si vous remettez celles des autres; vos sacrifices seront accueillis si vous venez vers Dieu avec un cœur pacifique. Vos pensées et vos actes seront selon Dieu, si vous pensez à ce qui est saint et juste. Il est écrit : « Que le cœur de l'homme pense à ce qui est juste pour que]ses pas soient dirigés par Dieu ».

Vous avez beaucoup à penser : pensez au paradis où Gaïn ne rentra pas, qui par envie avait tué son frère. Pensez au royaume des cieux où Dieu n'admet que ceux qui ne font qu'un cœur et qu'une âme avec leurs frères.

Pensez que ceux-là seuls peuvent être appelés fils de Dieu qui sont pacifiques, qu'une naissance divine et une loi divine observée font ressembler à Dieu leur père et au Christ. Pensez que nous sommes sous les yeux de Dieu, que c'est sous son regard et en sa présence que nous parcourons la carrière de notre vie, que nous pourrons parvenir au bonheur ' de le contempler, si nous plaisons ici-bas à ses yeux par notre conduite, si nous nous montrons dignes de sa grâce et de son indulgence, si, des-

tinés à lui plaire en son royaume, nous lui plaisons d'abord en ce monde. (St Gyprien, De Zelo et livore, 16-18.)

La patience, la pureté, la résistance aux tentations d'envie et de jalousie sur lesquelles nos deux moralistes ont écrit spécialement n'épuisent pas la liste de leurs enseignements où de leurs préoccupations concernant la morale individuelle. Il s'en faut de beaucoup, comme le montre le résumé de.principes de vie chrétienne dont saint Gyprien a formé le III^ livre des Témoignages à Quirinus. On y lit en particulier « qu'il ne faut se glorifier de rien, puisque rien ne nous appartient en propre que l'on doit observer l'humilité et le calme en toute chose ; vaincre son humeur, pour n'être pas amené à pécher; ne point mentir; ni s'attacher trop à l'abondance des aliments ; ni à la possession des biens ou de l'argent «.Bref, avec la colère, l'impureté, l'envie, ce sont tous les autres péchés capitaux, orgueil, avarice, gourmandise, qui font l'objet des préoccupations de Gyprien moraliste.

Sur le point des devoirs que le chrétien doit remplir envers Dieu et son Église, nos moralistes ont surtout écrit des traités spéciaux (sur la Prière, l'Apostasie, la Pénitence), suivant les circonstances et les besoins de leurs communautés de fidèles. Mais on trouve çà et là chez Tertullien et Cyprien le rappel de certains autres devoirs de piété ou de religion. Saint Cyprien en a groupé l'essentiel au itl^ livre des Témoignages;

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