‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 25 sur 49 · I. La Prière · texte numérisé non relu

I. La Prière

C'est sur Dieu seul que doit reposer notre foi et notre fierté. Il ne faut pas jurer par son nom. Il faut le bénir en tout et ne pas murmurer, ne rien mettre avant son amour et celui du Christ; faire non notre volonté, mais la sienne. Quand on a été victime d'un traitement injuste on doit rester patient, et laisser la vengeance à Dieu. Il faut prier avec persévérance. (St Cyprien, Témoignages 10, 12, 14, 18, 19, 106, 120.),

Cette invitation à la prière constante et persévérante, fréquente dans l'Évangile se retrouve souvent dans les

traités de nos moraHstes. Tertullieo dans son opuscule Sur la prière a commenté le Pater, et saint Cyjprîen n'a pas fait autre ch,ose dans le traité de Y Oraison Dominicaiè, c%St-à-dirè de la. Prière du Maîtredivih.

TertuUien commence par marquer l'originalité et le caractère divin de cette prière, que devait nous enseigner le Christ à nous qui sommes les nouveaux disciples du Testament nouveau :

Là ausai, dit-il, il fallait que « le vin nouveau fût enfermé dans des outres nouvelles » et « qu'un drap nouveau ïfût cousu à un nouveau vêtement)). Aussi bien, tout ce qui avait existé auparavant ou a été changé, comme la circoncision, ou complété, comme le reste de la loi. On accompli comme la prophétie, ou porté à sa perfection comme la foi elle-même. La grâce nouvelle a rendu spirituel ce qui était charnel eu faisant passer comme une éponge sur toute la vieillerie antérieure... Jèàn aussi avait appris à ses disciples à prier. Mais Jean ne faisait que préparer les voies au Seigneur, Quand le Seigneur eut grandi, comme l'annonçait la parole du même Jean, « 11 faut qu'il croisse, et que moi je diminué (1) )>, l'œuvre entier de son précurseur passa dans le Seigneur avec Teàprit qui l'animait. Les paroles mêmes se sont perdues par lesquelles Jésus apprenait à ses disciples à prier ; parce que ce qui était de là terre a fait place à ce qui était du ciel. « Celui qui est de la terre, selon l'Écriture, dit

(1) lOHAN., 3, 30.

des choses de la terre, et celui qui vient du ciel, dit ce qu'il a vu (i) ». Et qu'y a-t-il qui ne soit céleste, dans ce qui est de Notre-Seigneur, comme cette règle de la prière? (Tertullien, . De oratione, 1.)

Ensuite Tertullien, commente sommairement le Pater, et insiste plutôt sur la prière en général. Gyprien le commente de façon plus développée et plus précise. Son traité a plus d'unité. C'est lui que nous citerons désormais. Bien qu'il n'ait point assez scruté les profondeurs de la divine prière, ni indiqué les maux que déchaîne sur le monde l'oubli du précepte de modération dans le désir des biens d'ici qui s'y trouve, son commentaire peut être encore aujourd'hui utilement médité.

Dans le traité àeV Oraison Dominicale y saint Gyprien commence par rappeler ce que nous devons aux enseignements de l'Evangile, en particulier ce que Notre- Seigneur lui-même a dit à ses disciples sur la manière dont nous devons prier. Avant d'entrer dans le détail des demandes du Pater, il rappelle la manière dont il convient de s'adresser à Dieu.

Nous devons prier avec calme et respect.

Quand nous prions, faisons-le avec calme et respect ; pensons que nous sommes en présence de Dieu; il nous faut nous rendre agréables auxyeux divins par notre tenue, et la modération de notre voix ; si c'est le fait d'un effronté de pousser des cris, en revanche il appartient à un homme respectueux de faire entendre une prière modeste. Enfin l'enseignement divin nous invite à prier en secret, dans des endroits

(1) lOHAN., 3, 31.

retirés et écartés, dans nos chambres mêmes.

C'est là ce qui convient le mieux à la foi. Nous savons, en effet, que Dieu est présent partout, qu'il entend et voit tous les hommes, qu'il remplit de sa majesté les lieux les plus retirés, et pénètre ce qui est caché. 11 est écrit en effet : « Je suis un Dieu près de vous, et non un Dieu de loin. Quand l'homme [serait caché dans les lieux les plus secrets du monde, est-ce que je ne le verrais pas? est-ce que je ne remplis pas le ciel et la terre (1)?» Et encore : «Partout les yeux de Dieu sont ouverts sur les bons et sur les méchants (2). » Quand nous nous réunissons pour célébrer le divin sacrifice avec le prêtre de Dieu, nous devons ne pas oublier le respect et la modestie, ne pas jeter à tous les vents des paroles sans ordre, ni présenter à Dieu tumultueusement des prières dont la modestie doit faire tout le prix. Dieu écoute non la voix, mais le cœur, et n'a pas besoin qu'on l'avertisse par des cris, lui qui voit les pensées. C'est ce que le Seigneur montre quand il dit : « Pourquoi avez-vous de mauvaises pensées dans vos cœurs (3) ? » Et en un autre endroit : « Toutes les églises sauront que je scrute les reins et le cœur(4) ». (St Cyprien, Deoratione dominica,^.)

(1) HiEREM., 23, 23.

(2) PrOV., 19, 3.

(3) Matth., 9, 4,

(4) ApOC, 2, 23,

Saint GyprieR appuie ces rèeommandatioDS de l'exemple de sainte Anne, mère de Samuel (5), et du publicàin (6) ; il rappelle alors en la citant entièrement, là prière dominicale ; puis il aborde l'explication de chacune de ses parties.

Notre père qui êtes aux cieux.

Avant tout le docteur de la paix, le maître de l'unité, n'a pas voulu que la prière eût un caractère personnel et privé, que chacun, en priant, ne songeât qu'à soi. Nous ne disons pas : « Mon père, qui êtes aux cieux : donnezmoi aujourd'hui mon pain, chacun de nous ne demande pas que sa dette lui soit remise, il ne prie point pour obtenir pour lui seul de n'être point soumis à l'épreuve et d'échapper au mal : notre prière est publique et commune, et quand nous prions, ce n'est pas pour un seul, mais pour le peuple tout entier, car notre peuple tout entier ne fait qu'un. Le dieu de la paix, le maître de la concorde, qui nous a enseigné l'unité, a voulu qu'ainsi qu'un seul priât pour tous comme lui-même en un seul nous portait tous.

Cette loi de la prière a été observée par les trois enfants dans la fournaise ardente : leurs voix étaient à l'unisson comme leurs âmes étaient d'accord. L'écriture divine en porte témoignage et en montrant comment priaient ces saints enfants, elle nous donne un modèle à

c DEVOIRS ENVERS DIEU» 40^

suivre dans nos prières pour leur ressembler» « Alors, dit-elle, tous les trois, comme d'une seule bouche, chantaient un hymne et béniss«iient Dieu (i)^ » Ils parlaient comme d'une seule bouche, et pourtant le Ghrist ne leur avait pas encore appris à prier. Et donc leur demande fut exaucée^ parce que le Seigneur était tôu^ ché d'une prière faite avec simplicité, venant de coeurs unis, et vraiment spirituelle. C'est ainsiencore que nous voyons les apôtres et les disciples après l'Ascension^ prier en commun : « Ils étaient, dit41, assidus à prier d'un même cœur, avec les autres femmes et en particulier Marie mère de Jésus, et ses frères » (2). Us ne cessaient de prier d'un seul cœur, et montraient par la ferveur et l'accord de leur prière que Dieu « qui fait habiter dans la même maison ceux dont les cœurs sont unis »

n'admet dans la demeure divine et éternelle que ceux qui n'ont qu'un cœur et qu'une âme dans la prière. (St Gyprien, De ùrationedomi» nicaj 8.)

Que vous dire, frères bien aimés, des enseignements sacrés de l'oraison dominicale!

Qu'ils sont nombreux, qu'ils sont grands, qu'ils sont brefs dans la formule qui les résume, mais féconds en efficacité spirituelle. Rien de ce qui peut entrer dans nos prières qui ne s'y

(1) Dan., 3, 51.

ti^ouve rassemblé dans un résumé de doctrine céleste! « Yoici, dit-il, comme, vous devez prier : Notre père, qui êtes aux cieux ».

L'homme nouveau, rendu à son Dieu par la grâce qui l'a fait renaître, dit d'abord « Père », car il est désormais son fils. « Il est venu, dit l'évangéliste, dans son propre domaine et les siens ne Font point reçu. Ceux qui l'ont reçu il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, ceux qui croient en son nom (1) ». Celui donc qui a cru en lui, et est devenu son fils, doit commencer par lui rendre grâces, et se proclamer fils de Dieu, disant qu'il a un père au Ciel qui est Dieu ; il doit aussi attester dès les premiers mots qu'il prononce après sa nouvelle naissance, qu'il a renoncé à son père de la terre et ne connaît et n'a plus qu'un père qui est aux cieux. Il est écrit en effet : « Ceux qui disent à leur père ou à leur mère : je ne vous connais pas; et qui ont oublié leurs propres enfants, voilà ceux qui ont observé vos préceptes et gardé vos commandements (2) » . De même Notre-Seigneur dans son évangile nous a recommandé de ne donner à personne le nom de père sur la terre, parce que nous n'avons qu'un père qui est dans les cieux. Au disciple qui avait parlé de son père qui venait de mourir, il répondit : « Laissez les morts

(1) lOHAN., 1, 11, sq.

(2) Deut., 33, 9.

bEVOIkS ENVERS DIEU. 111

ensevelir leurs morts (1) ». Il avait dit en effet que son père était mort, alors que le père de ceux qui croient vit toujours (St Gyprien, De dom. orai,^ 9).

En disant notre père, nous nous distinguons des Juifs réprouvés. Mais puisque Dieu nous permet de l'appeler père, nous devons vivre comme de dignes enfants de Dieu :

Quelle bonté de la part de Nôtre-Seigneur, quelle indulgente libéralité à notre égard d'avoir voulu nous voir prier ainsi en présence de Dieu, appeler le Seigneur notre père, et être appelés du même nom que le Christ, fils de Dieu.

Ge nom nous n'oserions pas même le prononcer dans nos prières si lui-même ne nous avait autorisés à prier ainsi. Nous devons donc nous souvenir, frères très chers, et ne pas oublier que quand nous appelons Dieu notre père nous devons vivre en fils de Dieu, afin que si nous sommes contents d'avoir Dieu pour père, il soit, lui aussi, content de nous. Gomportons-nous comme des temples de Dieu, pour que l'on voie bien que Dieu habite en nous. Que notre conduite ne démente pas l'esprit que nous avons reçu ; nous sommes fils de l'esprit et du ciel ; ce qui est spirituel et céleste; voilà ce qui doit faire l'objet de nos

(1) MaTTH., 8, 22.

il 2 LES DEVOIRS ptJ ^H^ÉTIÈNi

pensées, et inspirer tous nos actes. C'est Notre-^ Seigneur lui-même qui a dit ; « Ceux qui mé glorifient^ je les glorifierai, et ceiix qui me mépriseront seront méprisés (1) ». Le bienheureux Apôtre dit aussi dans une de ses épitres : « Vous n'êtes plus à vous-mêm^ès :

vous avez été achetés très cher. Glorifiez Dieu, et portez-le dans votre corps (2) ».

Que votre nom soit sanctifié.

Nous disons ensuite : « Que votre nom soit sanctifié », non que nous souhaitions que Dieu soit sanctifié par nos prières, mais c'est que nous demandons au Seigneur que son nom soit sanctifié en nous. Aussi bien qui pourrait sanctifier celui de qui vient la sainteté? Mais c'est qu'il a dit lui-même : « Soyez saints, car moi-même je suis saint (3) », nous demandons que la sainteté que nous avons reçue du Baptême demeure en nous, et nous renouve-^ Ions cette prière chaque jour. Nous avons en effet besoin d'une sanctification quotidienne, pour nous purifier de nos fautes quotidiennes. Quant à la sanctification que la divine bonté daigne nous accorder, l'Apôtre l'annonce dans les termes suivants : « Ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés,

(1) Reg., 12, 30.

(2) I Cor., 6, 19.

(3) Lev., 11, 14.

lïEVOmS lENVERS DIEU. 11$

ni les infâmes, ni les voleurs, ni les faussaires, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les ravisseurs n'obtiendront le royaume des cieuXi Vous avez été tout cela à la vérité, mais vous avez été lavés, justifiés, sanctifiés au nom de Notfe-Seigneur Jésus-Christ, par l'esprit de notre Dieu (1) ». Il dit que notis avons été sanctifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ par l'esprit de notre Dieu : c'est cette sainteté dont nous demandons la persévérance en nous, et parce que Notre-Seigneur en juge, parlant à celui qu'il venait de guérir et de justifier, lui recommande avec menace de ne plus pécher, de peur que quelque chose de pire liè lui arrive, nous né cessons de prier Dieu ainsi, de lui demander jour et nuit que cette sainteté et cette vie que la grâce confère, il nous aide à la conserver.

Que votre règne arrive.

L'oraison dit ensuite : « Que votre règne arrive ». Que le règne de Dieu arrive, c'est pour nous que nous le demandons comme c'est en nous que nous demandons que son nom soit sanctifié. Quand, en effet, Diçu ne règnet-il pas, quand commencerait pour lui ce qui a toujours été et ne cesse pas d'être? C'est notre

(1) I Cor., 6, 9 seq.

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