‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 27 sur 49 · M ATT · texte numérisé non relu

M ATT

(2) IIOHANN., 1, 8 sq.

séricorde du père, et son pardon à la suite de nos prières.

Il a ajouté à la vérité une condition à laquelle il nous astreint : il veut que nous demandions d^obtenir la remise de nos dettes, de la même manière que nous les remettons à nos débiteurs, sachant bien que nous ne pouvons obtenir ce que nous demandons pour nos fautes à moins que nous n'en fassions autant à l'égard de ceux qui ont péché contre nous.

Voilà pourquoi il dit encore en un autre endroit : « La mesure dont vous vous serez servi, sera celle dont on se servira à votre égard (1) ». Et le serviteur, qui après que son maître lui avait fait remise de toute sa dette, ne voulut pas faire de même à son compagnon, est chargé de liens et conduit en prison. Parce qu'il ne voulut pas être bon à l'égard de son compagnon ir perdit ce que Dieu, dans sa bonté, lui avait accordé. C'est la recommandation, que le Christ nous adresse avec plus de force encore, et de vigueur : « Quand vous serez debout pour prier, si vous avez quelque chose contre quelqu'un pardonnez-le lui, pour que votre Père qui est aux cieux vous remette vos fautes. Si vous ne pardonnez pas, votre Père des cieux ne vous pardonnera pas non plus (2) ». Il ne vous restera aucune excuse au jour du

(1) MatT., 7, 2.

(2) Marc, 11, 25.

jugement, puisque vous serez jugé selon votre propre sentence, et que vous serez traité comme vous aurez traité les autres. Dieu nous a commandé d'être en paix, en accord dans sa maison, et de demeurer tel que nous a faits notre seconde naissance, restant en vrais fils de Dieu dans la paix de Dieu, et n'ayant qu'un cœur et qu'une âme comme nous n'avons qu'un Esprit. Dieu n'accepte pas l'offrande de celui qui nourrit des sentiments de haine, et quand il veut revenir à l'autel, il l'invite à aller d'abord se réconcilier avec son frère.

L'offrande agréable à Dieu, c'est notre paix, notre concorde, l'union du peuple chrétien dans l'unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Dans les sacrifices qu'Abel et Gain furent les premiers à offrir, ce n'est pas à leurs offrandes, mais à leurs cœurs, que Dieu faisait attention, et celui-là devait lui plaire en son présent qui lui.plaisait en son cœur. Abel, le pacifique, le juste, en offrant à Dieu un sacrifice innocent,, instruit les autres, lorsqu'ils veulent offrir leur présent à l'autel, à y venir avec un cœur simple, avec la crainte de Dieu, avec la paix avec leurs frères. C'est donc justement, qu'étant tel dans son sacrifice à Dieu, il devint plus tard lui-même une offrande à Dieu. Le premier il a suivi la route du martyre, et, par l'effusion de son sang, il a figuré la passion du Seigneur, lui qui avait possédé la justice de Dieu et la

paix. Voilà enfin ceux qui seront couronnés^ voilà ceux que le Seigneur, au jour du jugement, réclamera comme siens. L'homine de discorde, qui ne garde pas la paix avec ses frères, ne peut pas, au témoignage du bienheureux Apôtre et de l'écriture, même s'il venait à être mis à mort pour le noiii du Christ, échapper au châtiment de son crime. Il est écrit en effet : « Celui qui hait son frère est homicide (1) », et un homicide n'arrive pas au royaume du ciel, et ne vit pas avec Dieu.

Celui-là ne peut être avec le Christ, qui a mieux aimé imiter Judas que le Christ. Quelle est grande la faute que le baptême de sang ne peut laver, le crime qiie le martyre même ne saurait expier !

Et ne nous laissez pas succomber à là tentation^

Cette autre demande encore doit jiécéssàirement être adressée à Dieu comme il nous en avertit : « Et ne souffrez pas que nous soyons induits en tentation » . Où l'on voit que notre adversaire ne peut rien contre nousv à moins que Dieu ne le lui permette ; et ainsi nos craintes^ nos résolutions doivent se tourner vers Dieu, puisque le malin n'a aucun droit de nous tenter à moins que le pouvoir ne lui

(1) I lOHANN., 3, 15.

en soit donné par Dieu. C'est ce qu'établit l'Écriture :

« Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint devant Jérusalem et y mit le siège, et le Seigneur la fit tomber entre ses mains (1) ». Or, c'est à cause de nos péchés que le Malin à quelque pouvoir contre nous. Il est écrit en effet : « Qui a livré au pillage Jacob et Israël, qui les amis entre les mains de leurs ennemis? N'estrce pas Dieu, contre qui ils avaient péché, ne voulant pas marcher dans ses voies, ni observer sa loi. Il a fait tomber sur eux tout le poids de sa colère (2) » . Nous voyons la même remarque, quand Salomon pèche et s'écarte des voies du Seigneur : « Le Seigneur excita l'ennemi contre Salomon (3) ».

Le pouvoir contre nous est donné au démon de deux manières, pour notre châtiment quand nous péchons, pour notre gloire quand nous sommes soumis à l'épreuve. C'est ce que nous voyons qui est arrivé à Job. Dieu nous l'apprend en disant : « Tout ce qu'il a, je le livre entre tes mains ; mais ne touche pas à sa personne (4) ». Et Notre-Seigneur au moment de sa passion :

« Tu n'aurais pas, dit-il, de pouvoir contre moi, s'il ne t'avait été donné d'en haut (5) ». La

(1) II Reg., 24, 11.

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