‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 28 sur 49 · IS · texte numérisé non relu

IS

(S) I Reg., 11, 23.

(4) lOB., 1, 12.

(5) lOHANN., 19, 11. .

l3o LES DEVOIRS !ÏU CtiRÉtïËNi

demande que nous faisons de n'être pas induits en tentation nous rappelle notre faiblesse et notre infirmité, pour nousiaire éviter Forg^ueil^ la présomption arrogante, la fierté déplacée que nous pourrions tirer de notre confession oii de nos souffrances. Le Seigneur dit, nous recommandant l'humilité : c< Veillez et priez pour ne pas être induits en tentation : l'esprit à la vérité est prompt, mais la chair est faible (1) ». Ainsi quand on confesse humblement sa iiliisère, et qu'on rapporte tout à Dieu, il accorde miséricordieusement ce qu'on lui demande avec une crainte respectueuse.

Mais délivrez-nous du mal.

Après tout cela^ au terme de l'oraison^ vient une demande qui renferme en raccourci toutes nos prières. Nous disons en finissant : « Mais délivrez-nous du Malin ». En ces mots nous enfermons toutes les hostilités que l'ennemi peut exercer contre nous en ce monde, et contre lesquels nous pouvons être garantis efficacement, si pieu nous en délivre^ s'il accordé son assistance, -en écoutant les appels de notre prière.

Quand nous avons dit : « Délivrez-nous du Malin », il ne reste plus rien à demander^ puis-

(1) MaTT., 26, 41.

qtie nous avons 4e|]^^n4<^ une fois pour toutes la protection 4Mne ©oiitre le Msilin, graÇês à lar quelle nous somiftes en sûreté et garantis Contre tout ee que peuvent faire }e diable et le mon^e. Quelle cyaii^te^ en effetj y a-t-il à avoir du siècle, quand) dans le siècle, on a E)ieupour dé*fenseur?

L'ëraison d0tniiliëâl0 réguitié de l'Évangile.

Quoi d'étonnaiit, frères très chers, que cette prière ^it si belle : C'est Dieu înéine qui nous l'a apprise, et qui a résumé, dans sa sagesse^ en quelques mots tout ce que nous pouvons lui demander pour notre salut. C'est ce qu'avait prédit déjà le prophète ïsâïe^ quand, plein der l'Esprit, il parlait de la majesté et de la bonté de Dieu : « SOn verbe j disait-il, est un abrégé de toute justice, et il le répaÀdrà dans le monde entier en un court résumé (1) ». Le verbe de Dieu, Notre^Seigneur Jésus-Christ est venu pour tous dans ce monde; il rassemble les sàvantis et les ignorants; après avoir donné des préceptes pour tOùt sexe et tout âgé, il en a fait un résume, afin que la mémoire n'ait pas de peine à retenir les enseignements célestes, mais apprît vite ce qui est nécessaire à une foi simple et sans étude.

(1) IS., 10, 22 sq.

i32 LES DEVOIRS DU CHRÉTIEN.

Ainsi, quand il enseignait ce qu'est la vie éternelle, il a enfermé le mystère de la vie dans la brièveté d'une grande et divine formule : « La vie éternelle c'est vous connaître, vous Dieu unique et véritable, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ (1) ». De même, cueillant dans la Loi et les Prophètes, les préceptes importants et essentiels r « Écoute, dit-il, ô Israël : le Seigneur ton Dieu est le seul Seigneur (2) ». Et encore : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton pouvoir. Voilà le premier commandement, et le second est semblable à celui-là. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Dans ces deux préceptes sont renfermés la Loi et les Prophètes (3) », Et encore : « Le bien que vous souhaitez que les autres vous fassent, faites-le leur vousmêmes : voilà la Loi et les Prophètes (4) ».

Nous devons prier constamment.

Ce n'est pas seulement par ses paroles, c'est encore par ses actes que Dieu nous a appris à prier : il a prié fréquemment lui-même, et nous a montré par là ce que nous devons faire. Il est écrit : « Il allait se retirant dans la soli^

(1) lOHAN., 17, 3.

(2) Marc, 12, 29 sq.

(3) MaTT., 22, 40.

(4) Matt., 7, 12.

DEVOIRS ENVERS DIEU. l35

tude et priant (1) », ou encore : « Il se rétira sur la montagne, et passa la nuit à prier Dieu (2) ». Que si celui-là priait qui était sans péché, combien plus les pécheurs ne doiventils pas le faire, et si il veillait la nuit entière en une prière ininterrompue, combien plus ne devons nous pas veiller pour nous appliquer à la prière. r

Nous devons prier en union d'âmes avec nos frères.

Notre-Seigneur priait, non pour lui-même — qu'aurait-il pu demander pour soi, lui qui était

innocent? mais pour nos fautes. Il le dit

lui-même en parlant à Pierre : « Voici que Satan a demandé à vous passer au crible comme le froment. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point (3) ». Plus loin, on le voit qui prie son père pour tous : « Je ne prie pas pour ceiix-ci seulement, mais pour tous ceux qui, éclairés par leur parole, croiront; en moi, afin que tous soient un, et que, comme toi, mon père, tu es en moi, et moi en toi, eux aussi soient en nous (4) ».

Singulière bonté de Dieu dans l'intérêt qu'il

(1) Luc, 5, 16.

(2) Luc, 6, 12.

(3) Luc, 22, 31.

(4) lOH., 17, 20.

î34 LES DEVOIRS DU CHRÉTIEN,

porte à notre salut! Non content de nous racheter au prix de son sang, il priait encore pour nous. Or voyez où tend sa prière : comme le Père et le Fils sont un, ainsi il veut que nous persévérions dans l'unité. On peut par là mesurer l'énormité de la faute de celui qui rompt l'unité et la paix, pour lesquelles le Seigneur a prié. Il voulait le salut de» son peuple, sachant bien que la discorde ne peut avoir accès au royaume de Dieu.

Nous devons prier avec ferveur.

Quand nous sommes en station pour la prière, frères très chers, c'est de tout cœur que nous devons nous y appliquer. Que toute pensée profane et charnelle soit loin de nous, et que l'esprit ne songe qu'à la prière qu'il fait. Voilà pourquoi le prêtre, avant la prière solennelle, prépare les esprits en chantant la préface.

« Les cœurs en haut, dit»il », et le peuple répond : « Nous les tenons élevés vers le Sei^ gneur ». Par là, le peuple chrétien est averti qu'il ne doit penser qu'au Seigneur. Que notre cœur soit fermé à l'Adversaire, ouvert à Dieu seul; et qu'il ne se laisse pas aborder tandis qu'il prie, par l'ennemi de Dieu. Il se glisse souvent, il s'insinue près de nous, et détourne nos prières de Dieu : ainsi nous avons Une chose sur les lèvres, une autre dans l'esprit,

DEVOIRS ENVERS DIEU, i35

alora que notre attention doit être sans mélange, et que c'est, non la voix, mais le cœur et l'esprit qui doivent prier. Quelle faiblesse d'ailleurs de nous laisser distraire et prendre par des pensées frivoles et profanes, quand on s'a4resse au Seigneur, comme s'il y avait quelque chose à qui l'on doive penser plutôt qu'à ce que l'on dit à Dieu!

Gomment pouvezrvous demander à Dieu de voiis eatendre, lorsque vous ne vous entendez pas vous-même? Voulez-vous que Dieu se souvienne de vous, quand vous vous oubliez vousmême? Mais c'est là vraiment négliger toute précaution contre l'Ennemi, c'est, au moment même où l'on prie Dieu, offenser la majesté de Dieu par une prière négligente, c'est veiller dés yeux et dormir du cœur, alors que le chrétien lorsqu'il dort des yeux doit veiller du Goéur. C'est en effet ce que dit l'Épouse, figurant l'Église, dans le Cantique des. cantiques : « Je dors, mais mon cœur veille (1) ». Voilà pourquoi l'Apôtre prend tant de soin de nous avertir. «Appliquez-vous, ditril, à la prière, et soyez-y vigilants (2)». Il veut dire que ceux-là obtiennent de Dieu ce qu'ils lui demandent, qu'il voit vigilants quand ils lui adressent leur prière.

(1) Gant. 5, 2.

(3) Col. 4^ 2,

Saint Cyprien termine son mandement sur l'Oraison dominicale en recommandant au peuple chrétien, de Carthage d*unir à la prière les œuvres de charité, et de ne pas cesser de prier ni le jour, ni la nuit,

TertuUien, à son commentaire, ajoute un résumé très suggestif et indique dans quelles dispositions nous devons réciter la prière divine et toute autre prière. Les considérations qu'il développe ensuite nous ont paru apporter au Traité de saint Cyprien un complénient utile.

Dans ce fésumé de quelques mots, que de mots d'ordre des prophètes, des évangélistes, des apôtres; que de discours du Seigneur, de paraboles, d'exemples, de préceptes! que de devoirs accomplis ! Honneur rendu à Dieu appelé père, témoignage de foi dans la glorification de son nom, offrande de soumission à sa volonté, dont on demande l'accomplissement, rappel d'espérance à propos de son règne, demande de vie dans le pain, aveu des fautes dans la demande de pardon, précaution contre les tentations dajQS la demande de protection. Rien d'étonnant. Dieu seul pouvait nous apprendre la manière dont il voulait être prié. C'est donc lui-même qui a réglé la religion de la prière ; c'est animée de son esprit qu'elle est sortie des lèvres divines, et c'est ainsi qu'elle a le privilège de monter au ciel pour y faire agréer du Père les paroles du Fils. (Tertullien, Z)e oraiione 9.)

Cependant le Seigneur, qui prévoit les besoins de l'homme, a ajouté à part, après

DEVOIRS ENVERS DIEU. i37

avoir donné la formule de la prière : « Demandez et vous recevrez (l) ». Il y a d*autre part des choses qui se peuvent demander suivant les circonstances dans lesquelles chacun se trouve. On peut donc, quand on a récité et posé comme un fondement tout d'abord la prière officielle et ordinaire, y ajouter d'autres demandes, toutefois en se souvenant des préceptes. (Terttjllien, De oratione 10.)

Autant nous nous éloignerions desjpréceptes, autant nous resterions éloignés des oreilles du Seigneur. Le souvenir des préceptes nous aplanit le chemin du ciel. Le principal de ceux-ci, c'est, si nous avons avec nos frères quelque désaccord ou sujet d'offense, d'arranger la chose, avant de monter vers l'autel.

Qu'est-ce en effet que dé venir à la paix sans avoir la paix? à la rémission de nos dettes en retenant celles des autres? Gomment apaiser un frère, quand on a de la colère contre un frère, alors que toute colère nous a été interdite dès le commencement? Joseph au moment où il renvoyait ses frères pour ramener leur père leur dit : « Et ne vous querellez point sur le chemin ». C'était à nous qu'il faisait la recommandation — notre discipline ne s'appellet-elle -poiS chemin ? — de n'aller point, lorsque nous sommes sur le chemin de la prière, nous

(1) Matt. 7, 7.

l38 LES DEVOIRS DU CHRÉTIEN.

approclier du Père. avec notre colère. Ensuite^ Notre-Seigneur étendant la. loi, ajoute à l'homicide la haine contre un frère. Il ne permet même pas qu'on la satisfasse par une parole méchante. Si l'on doit se fâcher, cela ne doit pas durer au delà du coucher du soleil, selon la recommandation de l'Apôtre; Mais quelle témérité d'aller, ou bien passer la journée sans prier en tardant à donner satisfaction à son frère, ou bien perdre sa prière, en persévérant dans la haine! (Tertullièn, Ùe orationè il,) Mais ce n'est pas seulement de colère, mais de tout trouble d'âme que doit être exempte notre prière, elle qui doit être faite avec tin esprit tel qu'est l'Esprit vers lequel elle doit monter. Gomment un esprit souillé serait-il reconnu par un esprit sàiiil, un esprit sombre par un esprit joyeux, un esprit etnbarrassé par un esprit de liberté. Personne ne reçoit son antagoniste : on n'aCcUéille que son semblable. (Tertullièn, De ôrâtione 12.)

Tertullièn critique, ensuite certaines observance.s, que rien ne justifiait, et qui n'avaient pas pour elle l'autorité des préceptes du Seigneur ou des apôtres. Certains chrétiens se lavaient les mains avant de prier; d'autres étaient leurs manteaux; d'autres s'asseyaient à ia fin de la prière; d'autres en priant éievâient d'une façon démesurée là voix ou les bras; il y en àyait «jui s'abstenaient, après la prière f|dte en gpmiwupij (ie donner à leurs frères le baiser de paix, les jours de jeûne.

Le jéûiiê ne doit pas empêcher le baiser

de paix.

Une autre coutume s'est établie. Ceux qui jeûnent, après la prierai faite avec les frères, ne donnent pas le baiser çle paix, qui est le sceau de l'oraison. Pourtant quel meilleur moment pour donner la paix à nos frères et la recevoir d'eux que celui où notre prière monte vers le ciel avec la recommandation du jeûne, afin qu'eux-mêmes participent à notre œuvre, comme ils ont aimé faire part de leur paix à un frère? Quelle oraison est complète sans le baiser religieux? Que dire d'un sacrifice dont on sortirait sans la paix?

Quelque raison que l'on allègue^ elle ne sau^ rait prévaloir contre le précepte de cacher nos jeûnes; Or en nous abstenant du baiser, nous proclamons que nous jeûnons. Si cependant vous avez quelque bonne raison, vous pourrez, sans violer le précepte, vous abstenir de donner le baiser lorsque vous jeûnez chez vous, où il serait difficile de cacher ce que vous faites. Mais partout où vous pouvez cacher votre observance, il faut vous souvenir du précepte. De cette façon vous satisferez à la discipline nu dehors, et chez vous à la couttinpie. De même, lé jour de la Pâque, où la pratique du jeûne est commune à tous, noua

laissons à bon droit le baiser de côté ; nous ne nous préoccupons pas de cacher ce que nous faisons avec tout le monde. (Terïullien, De oj'atione 18.)

Le jeûne n*est point rompu par la Communion.

De même plusieurs, au sujet des jours de Station (1), pensent ne pas devoir assister ces jours-là aux oraisons de sacrifice, sous prétexte que la Station serait rompue en recevant le corps du Seigneur. L'Eucharistie empêchet-elle donc de rendre à Dieu de pieux hommage s, ou bien ne lie-t-elle pas plutôt davantage au Seigneur. La Station ne sera-t-elle pas plus solennelle, si tu es debout près de l'autel? En recevant le corps du Seigneur, et en le conservant, tout est sauf, la participation au sacri^ fice, et l'œuvre de mortification. Si le nom de Station vient de l'usage militaire (nous sommes la milice de Dieu) nulle joie, nulle tristesse n'empêche un soldat de faire sa station. La joie lui fera faire son service plus volontiers, la tristesse, plus attentivement. (Tertullien, De oratione, 19.)

(1) Par ce mot, il faut entendre des jeûnes prolongés jusqu'au soir. Le mot emprunté à la langue militaire, comme l'indique ici Tertullien, fait penser au soldat, montant la gùvdie debout.

De la modestie requise dans les églises.

Relativement au vêtement des femmes dans les réunions de fidèles, TertuUien se plait à rappeler que « Pierre animé du même esprit que Paul s'accorde avec lui pour proscrire « la pompe des habits, Forgueil de l'or, et la provocante coquetterie de la chevelure ». (Tertul- LiEN, De oratione, 20.)

Après avoir étudié la question du voile des jeunes filles dans l'église, TertuUien passe à d'autres pratiques de certains chrétiens de son temps. Là aussi il constate que l'usage est varié.

Il y a aussi variété d'observances pour l'agenouillement, par le fait de quelques-uns qui s'en abstiennent le samedi. Cette divergence de vue existant surtout entre diverses communautés. Dieu donnera sa grâce, pour que les uns cèdent ou que les autres suivent leur avis sans scandaliser ceux qui font autrement. Quant à nous, suivant notre tradition, c'est seulement le jour dé la résurrection du Seigneur que nous devons éviter non seulement ce geste d'inquiétude, mais tout autre de même nature, pour ne point donner prise au diable. De même devonsnous agir au temps de la Pentecôte, qui se célèbre avec la même joyeuse solennité. Mais pour le reste qui donc hésiterait à se prosterner

142 LES DEVOIRS tïU CHBitieN.

devant Dieu, du moins à la première prière qui ouvre pour nous le jour? Aux jours de jeûne et de station, aucune prière ne se doit faire sans agenouillements, et autres exercices d'humilités Car alors nous ne cherchons pas seulement à obtenir des grâces mais à écarter des maux et à donner satisfaction à Dieu, notre Maître. (Tertullien, De oratione, 23.)

Du temps et des heures de la prière.

Quant au temps de la prière, rien ne nous a été prescrit, sinon 'de prier en tout temps et en tout lieu. Mais comment en tout lieu, s'il nous est interdit de prier en public? En tout lieu, dit l'apôtre^ qu'indiquera Topportunité^ ou la nécessité. On né considère pas^ en effets comme ayant enfreint le précepte^ ni les apô^ très qui en prison adressaient à Dieu des prières et des chants entendus des gardes, ni Paul qui fit le sacrifice d'actions de grâces^ sur le navire, en présence de tout le monde. (Tertul=î LIEN, De oratione, 24.)

Au sujet du temps, il ne sera pas oiseux d'obr server aussi certaines heures, j'ehtènds ces heures, communément observées, qui marquent les divisions du jour, tierce, sexte, none^ qui réparaissent souvent dans les Écritures^ Ii'E&= prit-Saint descendit pour la première fois sûr les disciples assemblés à la troisième heure.

Pierre^ le jç^ur qù il gut la vision de toute une coigniunsiuté variée daaa Fobjét descendant du ciel {l)î était monté à la sixième heure sUr le toit^ pour y prier. Le même Pierre avec Jean vers la neuvième hgure arrivait au temple, où il rendit la ganté au paralytique. Gela s'est passé simplefaent, sans qu'on cherchât à accomplir une QbseryanGe prescrite : il pourrait être bon cependant que cela constitue un précédent, qui précise le moment où l'on doit prier, et arrache^ comme d'après une règle ^ aux aiFaires profanevS. Ainsi, comme nous le voyons pratiqué par Daniel à coup sûr d'après la disci^ pline d'Israël, nous n'adorerons pas moins de trois fois par jour : nous le devons aux trois personnes de la Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Nous mettons naturellement à part lés prières officielles» qui, sans avoir besoin qu'on lés rappelle, doivent être récitées^ au commencement du JQ^ur et de la nuit. (Tertul- LiEN, De pratione^ 25.)

On dait ptïet avant le rèjpàs.

U convient encore que les fidèles fassent une prière avant de prendre leur repas où leur bain : il faut en effet faire passer la nourriture et le rafraîchissement de l'esprit avant ceux du

(1) Ce vascùlum avait ta forme d'une nappé. Cf. Actes des Ap.^ ch. x.

corps, car ce qui est céleste est avant ce qui est terrestre. (Tertullien, De oratione, 25.) Quand un frère entre dans ta maison, ne le laisse pas partir sans une prière {Tu as vu, est-il dit, ton frère, tu as vu ton Seigneur)^ surtout si c'est un étranger car ce pourrait être un ange. Reçu toi-même par des frères, ne fais pas passer les rafraîchissements de la terre avant ceux du ciel : on reconnaîtra aussitôt ta foi. Et comment diras-tu, suivant le précepte « Paix à cette maison », si tu n'es pas en paix avec ceux qui sont dans la maison. (Tertu- LiEN, De oratione, 26.)

Notre prière doit se présenter à Dieu comme une victime de choix.

Des gens qui cherchent à bien prier ajoutent à leurs prières l' Alléluia, et des formules psalmodiques de ce genre, auxquelles répond l'assistance, et à coup sûr la pratique est excellente qui, pour honorer Dieu, tend à lui présenter une prière plénière, comme une sorte de victime opime.

C'est en effet ici la victime spirituelle, celle qui a aboli les sacrifices d'autrefois : « Que me font vos multiples sacrifices? Je suis rassasié de vos holocaustes de béliers, et ne veux plus de la graisse des agneaux, ni du sang des taureaux et des boucs. Qui est-ce qui vous a de-

mandé ces victimes (1)? » Ce que Dieu demande révangilê nous l'apprend : « L'heure viendra, est-il dit, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Dieu en effet est esprit (2) », et réclame des adorateurs de même nature.

C'est nous qui sommes ces vrais adorateurs, et ces vrais prêtres, nous qui, priant en esprit, offrons en esprit à Dieu dans notre prière une victime qui lui est propre, et agréable vu qu'il l'a demandée, et se l'est assurée. C'est cette victime, offerte de tout cœur, nourrie de foi, et de sincérité> tout entière innocente, et pure, couronnée de charité fraternelle, qu'avec un cortège de bonnes œuvres, et au milieu des psaumes et des hymnes, nous devons conduire à l'autel, où elle nous obtiendra de Dieu toutes sortes de biens. (Tertullien, /)e oratione, 28.)

Efficacité de la prière chrétienne.

Que peut en eflet refuser à une prière faite en esprit et en vérité un Dieu qui la réclame? Nous lisons, nous entendons, nous voyons les preuves de son efficacité. La prière d'autrefois délivrait des flammes, des bêtes, de la faim, et pourtant elle n'avait pas reçu sa forme du Christ. Combien plus est opérante la prière

(1) Is., 1, il.

(2) lOHAN., 4, 23.

446 LES DEVOIRS JJU €Hl&Éf lEN.

Ghrétienne ! Elle ne met pai§ ftu iftilieii des flammes un ange qui y répande le rosée; el|e ne ferme pas la gueule aux lions, et ne donne pas à des affamés le repas de canipagaards ; elle ne détourne jamais, par une ayançe de gr^ée, le sentiment de la souffrance; m^is, Igii^sant souffrir, sentir, pâtir, elle instruit par la $puîîranee, elle augmente la grâce |l prppQrtipii diu courage, et ainsi la foi sait ce qu'elle pbtjenf de Dieu, en sentant ce qu'elle spuffre pour lui.

Mais de plus la prière d':au|irefpis infligeait des maux, taillait en pièces des armées gnner mies, empêchait les pluies de répandre leur^ bienfaits. Maintenant la prière de justice dér tourne la colère de Dieu, veille pour les ennemis, supplie pour des persécuteurs. Faut=il s'étonner qu'elle sache tirer les eaux du çiêl, elle qui a pu en faire - descendre le feu? La prière seule fait obéir Dieu : mais le Christ n'a pas voulu qu'elle etit aucun effet mauvais :

toute l'efficacité qu'il lui a conférée est de bienfaisance. Aussi tout ce qu'elle sajt faire, c'est de retirer les âmes des défiints du chemin de la mort, de remettre en fprme les infirmes j de guérir les mal^^des, d'exorciser les pps^é^éis du démon, d'ouvrir les portes de la priiapnj de <ié^ nouer les liens des innocents.

C'est elle encore qui efface les fautes, repousse les tentations, éteint le feu des persécutions, console les affligés, charme les

cœurs magnanimes; elle guide les voyage^urs, apaise les flots, effraie les brigands, nourrit lés pauvres, fait marcher droit les riches, relève ceux qui ont glissé, arrête dans leur chute ceux qui tombent, maintient ceux qui sont debout.

La prière est le rempart de la foi, notre armure offensive et défensive contre l'ennemi qui nous observe de pjirtout. Ne nous avançons jamais sans armes. Le jour songeons à la station, la nuit à la veillée d'armes. Gardons sous les armes l'étendard de notre chef, attendons dans la prière la trompette de l'ange.

(Tertullîen, De oratione, 29.)

Tout prie dans le ciel et sur la terre.

Tous les anges aussi prient, ainsi que prie toute créature; lés animaux domestiques et sauvages prient ; ils plient le genou, et, en sortant de leurs étables ou de leurs tanières, ils lèvent des regards et une tête attentive Veirs le ciel, et y lancent leurs aspirations à leur manière.

Les oiseaux même, en prenant l'essor le matin, montent vers le ciel, ils tendent leurs ailes en formant une croix comme on tend les bras, et ils disent quelque chose qui semble une prière^

Pourquoi parler davantage de la pratique

14^ LES DËVOms bu CHRÉTIEN.

de la prière? On a vu prier Notre-Seigneur lui-même! A lui soit honneur et puissance dans les siècles des siècles.

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