II. La Fidélité
Les gloires de la fidélité.
Comme la prière, la fidélité constante fait partie de nos devoirs envers Dieu. Elle s'impose avec une nécessité particulière en temps de persécution.
Dans le discours sur les Lapsi qu'il a prononcé au Concile du printemps de 251, au moment où la paix allait succéder à la persécution, saint Cyprien commence par souligner le fait que « le jour objet de tous les vœux est enfin arrivé, et qu'après l'horreur d'une longue nuit de ténèbres la divine lumière rayonne, et éclaire le monde ». Il continue, en exaltant ceux qui ont tenu bon dans la persécution les confesseurs de la foi. L'allégresse le rend lyrique.
Les confesseurs qu'un fier témoignage rend illustres, et que leur courage et leur fidélité couvrent de gloire, nous les voyons de nos yeux ravis ; dans de saints embrassements nous les serrons sur nos cœurs, après une longue absence, avec une tendresse divine et insatiable. La voici la brillante cohorte des soldats du Christ; de la persécution qui les pressait, ils ont, dans une attitude d'inébranlable résistance^ brisé la fureur impétueuse, prêts à supporter les rigueurs de la prison, à souffrir la mort. Vous avez courageusement
combattu contre le siècle, vous avez donné a Dieu un glorieux spectacle, à vos frères un exemple à suivre é
Votre voix, religieusement, a prononcé le nom du Christ, et confessé que vous lui aviez à jamais engagé votre foi. Vos mains glorieuses, qui ne se consacrent qu'à des œuvres saintes, se sont refusées à des sacrifices sacrilèges. Vos bouches sanctifiées par la nourriture céleste du corps et du sang de Jésus- Ghrist ont refusé de toucher aux restes des victimes immolées aux idoles. Votre tête est restée libre, et n'a point porté le voile impie et criminel dont on couvrait les têtes captives de ceux qui sacrifiaient. Votre front est resté pur avec le sceau divin et n'a point porté la couronne du diable; il s'est réservé pour la couronne du Seigneur.
Avec quelle joie l'Eglise votre mère vous reçoit dans ses bras; avec quelle allégresse elle vous ouvre ses portes, pour que vous entriez en bataillons serrés, avec les trophées de votre victoire sur un ennemi abattu. Faisant •cortège au triomphe des hommes, voici venir des femmes qui ont vaincu le siècle et la faiblesse de leur sexe, voici venir des vierges portant une double couronne, des enfants qui ont montré des vertus supérieures à leur âge.
Une multitude d'autres que la persécution n'a point fait tomber marche après vous dans
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la gloire ; elle suit dé pi*ès vos pas avec des titres ati trioifiphe tout semblables. Ils oiît dans leur cœur la même fidélité pléôiërë, dâiis léîir foi, la même intégrité et là mêiftë vigueur.
Appuyés sur lé fondement inébranlable dès préceptes célestes, fortifiés par les enseignements évangéliques, ni l'exil affiché^ ni làtdri» ture préparée^ ni là perte des biensy ni les supplices corporels n'ont pîi les faire trembler» Pour l'épreuve de leur fidélité^ on fixait des jours : mais le- chrétien qui se souvient qu'il a renoncé au siècle ne connaît pas les Jours du siècle, et l'on ne compte pas les heures dé la terre quand on attend dé Dieu l'étërâité.
L'àttachéthént aux biëiis d^ici-bàs, causé d'âpôstàsiè.
Après ees éloges donnés aux confesseurs de fait ou d'intention, saint. Gyprien passe à ceux qui sont tomlfés, aux Lapsi, comme on les appelait, et fait un tableau laméhtsiblè dés défaillances d'iià trop grand nombre. Il indique ensuite les causes toujours actuelles dé ces lâchetés.
Il ne faut pas^ ifteS frères^ dissimuler la vérité,ni taire les causes de hdë blêssiires. Plusieurs Se sont laissé sédiiifé par un àttâehëôiéHt âVëùgle à leur patrimoine; lêttifs biens, qui les tenaient comîôé dès entravés, né les lais^ Sàiënt ffâs disposés à se retirer, on libres de le Mrë. Vêilà léâ liens qiîi les êinpêchèrèiit de
DÊV@ifèS ENVERS BiÉÛi i5i
partir^ les chaînes qui àrrêtèfënt l'essor 4e leur eoui'àgéi tinrent lëiir foi captive, îeiir èGéiïr lie, lètir âme férniée. Attachés âiix choses dé là terre, le serpent qtïi faange la terre selon la sentence du Seigneur^ a fait d'eux sa proie et sa nourriture. Voilà pourquoi Notre-Seigneur, qui est le maître des biens, et qui veut donner des avertissements pour l'avenir : « Si vous voulez^ dit-il, être parfait^ vendez tous vos biens, et donnez-en le prix aux pauvres, ce qui vous préparera un trésor dans le cieiv et alors venez et suivez-moi (1). »
Si lès riches répondaient à cette invitation, ils ne périraient point à cause dé leurs richesses ; mettant leur trésor dans le ciel ils n'auraièiit pîoiht en lui un ennemi domestique ; leur cœur, îeUr âme, leur esprit serait dans le ciel si ieuF trésor y était ; et celui-là ne pourrait être vâinôu par le siècle, qui n'aurait pas dans le siècle de quoi être vaincu. 11 suivrait le Seigneur, sans que rien ne l'embarrasse, comme les apôtres et après eux tant d'autres, qïii laissant là biens et parents se sont attachés âti Ghrist par des liens indissolubles.
Mais comment pbûrfait^ôîi suivfB le Ghrist, qUàlid On est ténii par les liens de la fortune ? Comment peut-on tendre vers le ciel et monter dâhâ lès hâuteUï*s^ quand on est appesanti par
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une cupidité. toute terrestrePOn croit posséder et l'on est plutôt possédé soi-même? On est esclave de ses biens; on n'est plus le maître de sa fortune : on en subit la servitude.
Le reste du traité est consacré à établir la nécessité de la pénitence pour les Lapsi.