‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 31 sur 49 · IV. Vamour de Dieu · texte numérisé non relu

IV. Vamour de Dieu

Prière, fidélité, pénitence, tout cela, même s'il n'était commandé par le divin précepte, naîtrait tout naturellement d'un cœur plein dé l'amour de Dieu. Cette reine des vertus, la charité, n'a fait l'objet d'un traité spécial ni chez Tertullien, ni ichèz saint Cj^jfjriisïi. Mais l'un et l'autre l'ont louée et recommandée en maints endroits de leurs ouvrages, presque toujours en Rappelant le

<1) Is., V, 18.

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précepte de randeane loi. C'est ce que fait Tertullien, au livre ÏII contre Marcion.

La loi Hdtîvélle.

Dans l'Evangile de la Vérité, un docteur de la Loi, abordant le Seigneur : « Que ferai-je, dit-il, pour avoir la vie éternelle? (1) » Dans l'Èvangilé de l'hérésie, on n'a mis que « la vie » sans l'épithète « éternelle » pour que le docteur parût avoir consulté sur cette vie, que dans la Loi, on promet longue, et le Seigneur avoir donc répondu selon la Loi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces », puisque c'était sur la vie de la Loi qu'on interrogeait. Mais à Goiip sûr le docteur de la Loi savait comment il pouvait obtenir cette vie de la Loi sans avoir à s'en enquérir, puisqu'il en enseignait la règle. Mais parce que des morts étaient ressuscites par le Christ, et que lui-même était rappelé à l'espérance de la vie éternelle en voyant la vie rendue à des morts, il le consulte sur les moyens d'obtenir la vie éternelle en pensant que peut-être de plus hautes espérances appelaient des observances plus sévères. Aussi le Seigneur, ne changeant pas lui-même, et n'introduisant pas d'autre précepte que celui qui importe principalement pour le salut, et pour l'une et l'autre vie, lui oppose le précepte ca-

(1) Luc, 10, 25.

pilai de la Loi, d'aimer de toute manière le Seigneur son Dieu... Quelle absurdité d'ailleurs de prétendre que, si Ton doit aimer celui qui promet une longue vie, on ne doit pas aimer davantage, celui qui promet une vie éternelle ! (Tertullien, Adversus Maixionen, IV, 25.)

Dans quel dessein Dieu a-t-il envoyé son fils? « Pour racheter ceux qui étaient sous le joug de la Loi », c'est-à-dire « pour rendre droites les voies tortueuses, et unies les voies raboteuses (1) », selon l'expression d'Isaïe; pour faire disparaître ce qui était ancien, et surgir ce qui serait nouveau : « La loi est sortie de Sion, et la parole de Dieu de Jérusalem (2) »; et afin que nous fût conférée l'adoption divine, à nous les Gentils qui n'étions pas les fils. « Lui-même, en effet, sera la lumière des nations, et c'est en lui que les nations mettront leur espérance. Aussi, afin qu'il fût bien établi que nous sommes des fils « il a envoyé en nos cœurs, son esprit qui crie : « Mon père, mon père (3) ». « Aux derniers jours, dit-il, je répandrai mon esprit sur toute chair (4) ». A qui la grâce, sinon à l'auteur de la promesse? Qui est père, si ce n'est celui qui est créateur? (Tertullien, Adversus Marcionen, V, 4.)

(1) Is., 40, 4.

(2) Cf. Is., 2, 3.

(3) Gal., 4, 6.

(4) Idel., 2, 28.

Au sujet des devoirs qui s'imposent au chrétien dans la vie en société, privée ou publique, nos moralistes Africains ont eu l'occasion de s'étendre sur l'obliga^ tion de l'aide mutuelle et de la soumission, aux pouvoirs établis. Mais il s'en faut de beaucoup qu'ils aient borné à cela leur préoccupation.

C'est ainsi qu'en ce qui concerne les rapports des parents avec leurs enfants, et ceux des enfants avec leurs parents,*^ les rapports des maîtres avec leurs serviteurs, saint Cyprien appuie sur des textes de l'Ecriture des recommandations brèves, mais nettes et précises. <c Les parents ont droit à l'obéissance de leurs enfants. Les pères ne doivent pas se montrer durs à l'égard de leurs fils. Les' esclaves, une fois devenus chrétiens n'en doivent être que plus dévoués au service de leurs maîtres d'ici-bas. Les maîtres, venus au christianisme, doivent se montrer plus doux à l'égard dé leurs esclaves. Chacun doit avoir davantage soin des siens et surtout des fidèles. » Telles sont les consignes que l'on peut lire au Livre III des Témoignagea, n"» 70-73.

Le mariage.

La société domestique se fonde par le mariage. Cette union pour les cteétièns doit être sacramentelle, conclue devant l'Eglise, bénie par le prêtre, accompagnée du sacrifice eucharistique : ainsi elle est ratifiée par le I^ère céleste. C'eât ce q;uB Tértùllien, dans le Traité dédié à sa femme, exprime clairement en célébrant la félicité des époux chrétiens.

Gomment suffire k exprimer le bonheur d'uti mariage que l'église consacre, que l'oblation du sacrifice confirme, que le Iprêtre bénit, que les anges annoncent âïi ciel, et que Diètl ratifie; Même dans le monde les enfants ne se peuvent marier régulièrement et légitimement sans le consentement de leurs parenté. Quelle alliance que celle de deux fidèles n'ayant qu'une espérance, une aspiration, une discipline, un même maître? Deux frères attachés au même service : nulle séparation de la chair ni de l'esprit. Oui, vraiment, ils sont a deux une même chair. Là où il n'y a qu'une chiair, il n*y à non plus qu'un esprit. Ils prient ensemble, dorment ensemble, ensemble ils observent les lois du jeûne. Ils s'instruisent, s'exhortent l'un l'autre. Ils sont de compagnie dans l'église de Dieu, de compagnie au banquet divin. Tristesses, consolations, tout est su à deux, tout est par-

DEVOIRS ENVERS t'A SCfCIÉÏÉ. V0

tagé, sa^s qtte l'un sait à charge à rautre.

C'est en toutç liberté q^erFon visite le malade^ qu'on aide l'indigent : leur aumône est sans tourment, leurs sacrifices sans inquiétude, leurs pratiques quotidiennes sans entraves. Point de signes dé croix furtifs, point d'actions de grâces tremblantes, point de bénédictions muettes. Ils font retentir de concert les Psaumes et les Hymnes, rivalisant à qui célébrera mieux leur dieu commun. Yoilà ce qu« lé Christ aime à voir et à entendre, (^c? uà^O' rem, II, 6.)

Gravité de l'adultère.

Saiot Cyprien qui a tant loué les Vierges adme^t cependant la légitimité et Topportunité du mariage. Gomme TertuUien il en proclame rindissolubilité. Poiir lui ço.HiiQei pour Iç, prêtre 4e Garthag% radultère. est un crime atroce, tout comme rhomiqide. Il admet cependant qu'il.ne soit pas irrémissible (ij.

Saint Gyprîen considère l'adultère comme plus cou-

Le cas d'un adultère est plus grave que ce^ lui d'un libellaljique; il comporte une mstlice pliais grançle, car l'adultère pèche parce qu'il le veut bien, tandis que Vautre s'est tiiQuvé dans une situation critique qui a entraîné sa chute II s'est laissé séduire par une erreur ^^

(1) Cf. A. d'Alès, Théologie de TertuUien, p. 275.

|»^§as#^(|$i'îl lui suffisait de n'avoir point sacrifie; Fa^r^i^e^Sfceiiyahi le mariage d'autrui... (Gypr. Lettre lv 2^)

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