I. L'Amour du prochain
Le précepte d'aimer le prochain comme soi-même revient souvent chez- nos deux moralistes. Ils y voient le grand commandement de la loi nouvelle, complétant et corrigeant la loi ancienne.
Au cinquième livre contre Marcion, TertuUîen, combattant les fausses idées de cet hérétique sur Dieu, écrit ceci :
Que diras-tu si l'Apôtre confirme la Loi, comme il le doit, en disant : « Toute la Loi est accomplie chez nous en ce seul commandement : tu aimeras ton prochain comme toi-même »
ou bien s'il entend en disant « elle est accomplie » qu'elle n'est plus à accomplir, c'est qu'il ne veut plus que j'aime le prochain comme moi, et que ce précepte est abrogé avec la Loi. Mais non, il faudra toujours l'observer... Quand l'Apôtre dit encore : « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi de Jésus-Christ (1); » si on ne le peut faire qu'en aimant le prochain comme soi-même, il est bien évident que le « tu aimeras ton pro-
(Ij GaL., 6, 2.
cfaain comme toi-même » qui équivaut à « Por» tez les fardeaux les uns des autres » est la loi duGhrist...
Cette loi de la charité et de l'aide mutuelle ne doit pas seulement se traduire par la patience et le support des défauts ou mauvais traitements d'autruî, mais encore et surtout par des services positifs, et en particulier par l'aumône. Saint Gyprien, au temps de la peste de Carthage a écrit sur ce sujet un traité spécial: le De opère et eleemosynis.
IL L^Aumône.
La pratique des œuvres de miséricorde est au premier rang des devoirs que noua devons accomplir à l'égard de nos frères malheureux. Saint Gyprien, dans le mandement où il développe cette ^èse, commence par un rappel des bontés de Dieu et de Notre-Seigneur.
L' Aumône couvre la multitude des fautes.
« Ils sont nombreux et importants, frères très chérs, les bienfaits par lesquels Dieu le Père et le Christ, dans leur grande bonté, travaillent à notre salut. Pour nous sauver, nous donner la vie, le père a envoyé son fils, afin de nous rendre notre dignité. Le fils a accepté sa mission ; et a voulu être appelé le fils de l'homme pour ndus faire enfants de Dieu. Il s'est abaissé, pour relever son peuple qui était abattu ; il a été blessé pour guérir nos blessures ; il s'est fait esclave, pour tirer son peuple de l'escla-
Iî6 LES DEVOIRS 1317 GHRE'TIENi
vage et 1© mettre en liberté. 11 a souffert la mort, peur nous donner rimmortalité. Voilà les nombreux et importants bienfaits de la miséricorde divine* Mais, déplus^ quelle marque nouvelle de sa providence et de sa bonté. : il veille sur rhomme qu'il ar^aeheté, et il avise encore par de bienveillantes dispositions a,ux moyens de le sauver, Le §eigneur yenu sijç la terçe, ayant guéri les blessures d'Adam, conjuré le venin de l'antique serpent, avait imposé une loi à l'homme revenu à la santé, et lui avait recommandé de ne plus pécher à l'avenir, s'il ne voulait pas tqjoaber dans des maux plus graves : nous étions donc à Tétroit, et condamnés à vivre toujours dans l'innocence, si de nouveau la divine bonté versant à. notre secours ne nous avait montré les œuvres de justice et de miséricorde, et ouvert une voie de salut en nous enseignant la pratique de l'aumône pour nous laver de nouvelles souillures. (St Gypiiiejs, De opère et eïe^mosynis, 1.)
L'aumône est prescrite par l'Esprit Saint^ et elle cou-, vre la multitude des fautes : Saint Gyprien l'établit par des textes et des faits tirés de la Sainte Ecriture. Il s'applique ensuite à répondre aux objections.
L'Aumône n'appauvrit pas.
Mais vous craignez, vous redoutez que si vous vous mettez à pratiquer généreusement
liÉVÔlRS ENVERS LA SOeiÉTé. 477
l'œuvre de miséricorde votre patrimoine à force de largesses ne se trouve épuisé, et que vous ne vous voyiez réduit à l'indulgence : soyez sans crainte sur ce point, soyez tranquille. Gela ne s'épuise pas dont on prélève dépense pour le service du Ghrist, pour accomplir une œuvre divine. Ge n'est pas de moi-même que je vous fais cette promesse; c'est le témoignage des Saintes Ecritures, l'autorité d'une assurance donnée par Dieu, qui me permettent de le faire. Par la bouche de Salomon le Saint-Esprit nous dit : « Gelui qui donne au pauvre ne sera jamaià dans l'indulgence ; celui qui au contraire en détourne son regard, sera dans une grande misère (l) ». Il nous fait voir que ceux qui pratiquent les œuvres de charité né peuvent tomber dans l'indigence, et qu'au contraire les ' avares au cœur sec finissent par devenir pauvres. Le bienheureux apôtre Paul, rempli de la grâce d'une inspiration divine dit à son tour : « Gelui qui donne la semence au semeur et donnera aussi le pain à celui qui a besoin de manger, celui-là multipliera votre semence, et fera croître la moisson de vos fruits de justice : ainsi vous serez riches de toutes sortes de biens (2). »
Et encore : « La dispensatioh de cette libéra» lité ne pourvoit pas seulement aux besoins des
(1) PrOV., 28, 27.
(2) II Cor., 9, 10.
Saints : mais elle est encore une source abondante de nombreuses actions de grâces envers le Seigneur (1) ». En effet, tandis que des actions de grâces, en raison de vos aumônes et de vos œuvres de charité, montent vers Dieu avec la prière des pauvres, votre créance monte au livre de la charité divine. Le Seigneur, dans l'Évangile, ayant en vue les cœurs de tels hommes, et s'adressant aux gens de peu de foi, leur dit : « Ne vous préoccupez pas, disant : Que mangerons-nous, que boirons-nous, comment nous vêtirons-nous. Ces soins sont ceux des Gentils. Quant à vous, votre Père sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroit (2) ». Il dit que tout est donné à ceux qui cherchent le royaume de Dieu et sa justice; il déclare que ceux-là, au jour du jugement, seront admis à jouh" du royaume qui auront dans l'église pratiqué les œuvres de miséricorde.
La perte des biens est moins grave que celle de l'âme.
Vous craignez de voir fondre votre fortune, si vous en tirez d'abondantes aumônes, et vous ignorez qu'en craignant de compromettre votre
(1) II Cor., 9, 10.
(2) Matt., 6, 31. *^
avoir, c^est votre vie même et votre salut que vous compromettez. Vous vous appliquez à ne pas diminuer vos revenus, et vous ne voyez pas que c'est vous-même que vous diminuez en préférant la fortune à votre âme. Vous craignez de perdre votre patrimoine et au lieu de votre patrimoine c'est vous même que vous perdez. Aussi l'Apôtre a-t-il bien raison de déclarer : « Nous n'avons rien apporté en ce B|iEp4^r Gt nous ne pouvons en emporter rien. Ayant; doîfic le moyen de nous nourrir et de nous CQUvrè?v 83^chons-nous en contenter. Ceux qui veulent dev®ttij riches, tombent dans la tentation, dans des plèg^, et des désirs multiples et funestes qui pré(»]|it^nt dans la perdition et la ruine. La passion de> l'argent est la source de tous les maux, et pour s'y être abandonnés, certains se sont éloignés de la foi, et plongés dans un abîme de tourments (1) ».
Mais enréali^ l'aumône ne ruine pas. Saint Cyprien y insiste et multiplie les exemples et les textes bibliques.
Vous craignez de voir fondre votre fortune, si vous en tirez de quoi faire d'abondantes aumônes? Mais quand donc le juste a-t-il pu manquer de ressources? N'est-il pas écrit :
« le Seigneur ne laissera pas mourir de faim l'homme juste » Elie, au désert, a des corbeaux
(1) I TiM., 6, 7.
iSo tirs 0sveLiR§ sv §iii^JTiiff;
qui lui apportent la aourriture, Daniel, ei^fermé dans la fosse ajiix lions, reçoit ses alinieiits d'une façon merveilleuse, et vous redoutez, quand vous faîtes raumône, et serve? le Seigneur eomme il l'aime, de nianquep du nécessaire! Mais lui-niéme, dans , son Évangile fait des reproches, à ceux qui ont le coeur hésitaot, et la foi vacillante, en disant : << Voyez les oiseaux du ciel : ils ne- sèment, ni neiftoisson^ nent, ni ne mettent de récolte dans des greniers : et cependant votre Père du ciel les nourrit, N'êtes vous donc pas plus qu'eux à ses yeux(l)? »
Dieu nourrit les oiseaux, il donne aux passereauxleurpâture quotidienne ; ceux qui n'ont aucune idée du divin ne manquent ni de boisson, ni de nourriture; et vous, chrétien, vous serviteur de Dieu, vous l'homme des bonnes œuvres, vous le disciple chéri de son Maître, pouvez-vous croire que quelque chose vienne jamais à vous manquer?
Ce manque de confiance est impie et pharîsaïque.
Groyez-vous donc que celui qui nourrit le Christ n'est pas à son tour nourri par lui, ou que les biens de la terre manqueront à celui à qui sont accordés les biens du ciel? D^où vient donc cette incrédulité, cette "façon de
(1) Matt., 6, 26.
DEVOIRS ENVERS LA SOClÉtÉ. i^i
penser impie àt sacrilège? que fait dans la maison de Dieu un cœur incroyant? Que dire quand on voit celui qui ne croit pas le moins du mondé à la parole du Christ appelé chrétien et tenu pour tel? Le nom de Pharisien vous conviendrait mieux. A l'endroit où le Seigneur dans l'évangile parle de Taumône, et nous donne le conseil fidèle et salutaire de nous faire par les charités prévoyantes à l'aidé de revenus terrestres, des amis qui nous reçoivent un jour dans les demeures éternelles, l'Écriture ajoute : « Les Pharisiens qui étaient avides de richesses, écoutaient tous ces discours et se moquaient (1) »♦ Nous voyons encore maintenant dans l'église certains pharisiens dont les oreilles fermées, les cœurs aveugles ne laissent jamais pénétrer la lumière des avertissements salutaires. Il ne faut point s'étonner de les voir dans leurs œuvres mépriser le serviteur quand nous voyons que ceux à qui ils ressemblent ont méprisé le Seigneur lui-même.
Le souci de l'avenir est une vaine excuse.
Pourquoi vous complaire en ces considérations fausses et folles comme si c'était l'appréhension de l'avenir qui vous empêchât de faire l'aumône? Pourquoi ces vains prétextes^ cette
(1) Luc, 16, 14.
l82 LES DEVOIRS DU CHRÉTIEN. «
fantasmagorie d'excuses sans solidité PGonîessez plutôt la vérité, et, ne pouvant tromper ceux qui savent, livrez le secret caché dans votre cœur : votre âme s'est endurcie et enténébrée, la lumière de la vérité a fui d'un cœur trop charnel et un nuage épais d'avarice vous empêche de voir clair. Vous le captif, l'esclave de votre argent, les liens de la cupidité vous enchaînent; ;le Christ vous avait délivré, et vous vous êtes laissé de nouveau mettre des entraves. Vous conservez un métal qui ne vous sauvera pas; vous accumulez des richesses dont le poids vous accable; et vous ne vous souvenez pas de la réponse que Dieu à faite au riche qui s'applaudissait sottement de l'abondance de ses revenus : « Insensé, lui dit-il, cette nuit même^ on te reprend ton âme, et ces biens que tu as amassés, à qui serontils (1)? » Pourquoi couver jalousement vos trésors^ pourquoi faire monter votre fortune pour en être accablé et tourmenté, pour devenir d'autant plus pauvre devant Dieu, que vous aurez été plus riche devant le monde.
Associez le Christ à votre fortune d'ici-bas, pour qu'il vous associe à son héritage céleste.
(l) Luc, 12, 20.
DEVOIRS ENVERS LA SOCIÉTÉ. l83
La richesse véritable n'est point celle de la terre.
On se trompe, on se fait illusion quand on se croit riche ici-bas. Écoutez la voix du Seigneur adressant dans l'Apocalypse de justes remontrances à des hommes qui étaient dans ce cas : « Vous dites : je suis riche, j'ai amassé des biens, rien ne me manque; et vous ne voyez pas que vous êtes misérable, pauvre aveugle et nu. Je vous conseille de m'acheter de l'or éprouvé par le feu pour être riche, une robe blanche pour vous en couvrir, et ne laisser point voir la honte de votre nudité, un collyre pour oindre vos yeux et voir (1) ». Vous donc qui êtes riche et dans l'opulence, achetez au Christ de l'or éprouvé par le feu, afin que vos souillures étant consumées par le feu vous soyez un or pur, et sans alliage grâce à l'action purifiante d'œuvres de charité et de justice. Achetez-vous une robe blanche, vous qui étiez nu et trembliez à la façon d'Adam, afin de revêtir le vêtement blanc du Christ. Et vous, matrone riche et dans l'opulence, oignez vos yeux non du fard du diable mais du collyre du Christ, pour vous mettre en état de voir Dieu, en lui étant agréable par vos mœurs et votre charité.
(1) ApOC, 3, 17.
Aussi bien dans l'état où vous êtes vous ne sauriez pas niême faire une œuvre de charité dans Féglise. L'indigent, le pauvre échappe à des yeux cerclés de noir, obscurcis par des couleurs mensongères. Riche et dans l'opulence, croyez-vous célébrer le jour du Seigneur, vous qui ne regardez pas même le tronc, vous qui venez au sacrifice sans y apporter votre offrande, qui prenez même une part de celle que le pauvre a apportée? Considérez dans TéA'^angile cette veuve docile aux préceptes divins. Dans la gêne de l'indigence, elle faisait cependant une bonne -œuvre et, n'ayant que deux oboles, les jetait dans le tronc !
Le Seigneur la vit et la remarqua. Estimant la valeur de son offrande non d'aprèsla somme, mais d'après la générosité de son cœur, considérant non ce qu'elle avait donné, mais ce sur quoi elle l'avait prit, dit en parlant d'elle : « En vérité, je vous le dis : cette veuve a mis plus que totis les autres dans les trésors de Dieu. Tous les autres ont pris sur leur superflu ce qu'ils ont mis dans les trésors de Dieu. Mais elle, elle a donné de son indigence, tout ce qu'elle avait pour vivre (1) ». Heureuse femme et glorieuse,qui avant le jour du jugement a mérité d'être louée de la bouche de juge! Que les riches
(1) Luci, 21, 3.
DEVOIRS ENVERS tA SÛGIÉtÉ. l85
rougissent de leur manque de générosité. Voici une veuve, et pauvre, qui fait Taumône; les aumônes sont distribuées aux orphelins et aux veuves, et celle-ci donne quand elle devrait recevoir. Nous voyons par là quel châtiment est réservé au riche avare, puisque d'après cet exemple, les pauvres eux-mêmes doivent faire des bonnes œuvres. Pour nous faire comprendre que le bien que l'on fait ainsi est fait à Dieu, ot que celui qui le fait devient agréable à Dieu, le Christ emploie l'expression : « les trésors de Dieu », et dit que la veuve a mis dans les trésors de Dieu deux petites pièces de monnaie. Par là se manifeste davantage la vérité de cet adage : « qui donne au pauvre, prête de Dieu ».
On ne doit pas se di8i>enser de l'aumône sous prétexte de famille à élever.
Mais, mes très chers frères, cette autre considération non plus ne doit pas détourner un chrétien des œuvres de justice et de charité, qu'il a l'excuse d'enfants à élever. Dans nos dépenses de charité, c'est au Christ que nous devons penser, car c'est lui qui reçoit, comme il l'a dit lui-même* Ce ne sont pas nos frères de misère, c'est Dieu que nous faisons passer avant nos enfants. Il nous l'enseigne lui-même : « Celui, dit-il, qui aime son père ou
l86 LES DEVOIRS DU CHRÉTIEN.
sa mère plus que moi n'est pas digne de moi.
Et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi (1) ». Pour confirmer notre foi, et notre amour de Dieu, nous trouvons la même idée exprimée dans le Deuté^ ronome. « Ceux qui disent à leur père, et à leur mère : je ne vous connais pas; et qui n'ont pas reconnu leurs enfants, voilà ceux qui ont gardé vos commandements, et observé votre testament (2) ». En effet, si nous aimons Dieu de tout notre cœur, nous ne devons préférer ni parents, ni enfants à Dieu. De même, Jean dans son épitre déclare que ceux-là n'ont point en eux l'amour de Dieu que nous voyons refuser de faire la charité au pauvre. « Celui qui aura les biens de ce monde, et qui, voyant son frère dans le besoin, lui fermera son cœur, comment l'amour de Dieu serait-il en lui? (3) » Si l'aumône qu'on fait au pauvre *est un prêt fait à Dieu, si ce qu'on donne au plus humble est donné au Christ, il n'y a vraiment pas lieu de préférer la terre au ciel, et les biens humains aux biens divins.
Ainsi agit la veuve dont il est question au troisième livre des Rois. Dans un temps de sécheresse et de famine, ayant consommé toutes ses provisions, avec un peu de farine et d'huile
(1) Matt., 10, 37.
(2) Deut., 33, 9.
(3) I loh., 3, 17.
qui lui restait, elle s'était fait cuire un pain sou? la cendre. Ce pain mangé, elle n^avaitplus qu'à mourir avec ses enfants. Survient Élie ; il demande qu'on le lui donne d'abord à manger^ et que le reste «erve à la mère et aux enfants. Elle n'hésite pas à obtempérer à sa demande ; mère, elle ne fait pas passer ses enfants avant Élie dans sa détresse et dans sa faim. Que dis-je? elle fait sous le regard de Dieu un geste bien propre à plaire à Dieu ; elle présente aussitôt et de bon cœur ce qu'on lui demande, et ce n'est pas de son superflu qu'elle donne part à Élie, mais de son nécessaire qu'elle donne le tout. Ses enfants ont faim et c'est un étranger à qui elle donne à manger d'abord. Dans la détresse et la faim elle pense à la charité avant de penser à la nourriture, nous montrant ainsi que quand on méprisé la vie du corps pour une bonne œuvre, on sauve la vie de l'âme.
Aussi Élie, préfigurant le Christ, et montrant qu'il rend ce qu'on donne par charité, prit la parole et dit : « Voici ce que dit le Seigneur : La farine qui est dans le pot ne manquera point, et l'huile qui est dans la cruche ne diminuera point jusqu'au jour où le Seigneur fera tomber de la pluie sur le sol (1) ». Selon la promesse divine, cette veuve vit se multiplier ce qu'elle avait donné; son œuvre de justice et de misé*
(1) I Rbg., Î7, 14.
iSS LES DEVOIRS DU GHRÉTIENé
ricorde fût, payée avec usure, et les vases. de farine et d'huile furent remplis. Cette mère n'ôta pas à ses enfants ce qu'elle donna à Élie ; mais plutôt son geste de charité et de bonté profita à ses enfants. Et pourtant, elle ne connaissait pas le Christ^ elle n'avait pas entendu ses commiandements, elle n'avait pas été rachetée par sa croix et sa passion et ce n'était pas en échange de son sang qu'elle donnait un peu de nourriture et de boisson. On voit par là combien le fidèle est coupable qui, se préfé^ rant lui-même et ses enfants au Christ, garde son argent, et ne donne point part de sa richesse aux indigents.
Au contraire plus on a d'enfants, plus on a de raisons de faire la charité.
Mais, direz-vous, vous avez beaucoup d'enfants dans votre maison, et le grand nombre dé vos fils vous empêche de donner beaucoup aux bonnes œuvres. Or vous devez au contraire donner d'autant plus à la charité que vous avez plus d'enfants. Plus nombreux en effet sont alors ceux pour qui vous devez prier; vous avez plus de fautes à racheter, plus de consciences à purifier, plus d'âmes à libérer. De même que dans la vie ordinaire, l'entretien, l'éducation des enfants demande que plus leur nombre est grand, plus grande soit la dépense, de même dans la vie spirituelle, plus graEid
fiEVQrtlS ENVERS LA S0GIÉTÉ. 189
est le nombre des enfants que l'on a, plus grande doit être la part donnée aux bonnes oBUvres. C'est ainsi que Job offrait de fréquents sacrifices pour ses enfants^ et que plus le nombre de ceux-ci était grand, plus grand était le nombre des victimes offertes à Dieu. Et parce qu'aucun jour ne se peut passer sans qu'on ge rende coupable au regard de Dieu, chaque jour des sacrifices avaient lieu, destinés à expier des fautes. L'Écriture le montre, qui dit : « Job homme intègr<5 et juste eut sept fils et trois filles. Il les sanctifiait en offrant pour eux des victimes au Seigneur en même nombre ^ et de plus un jeune veau pour l'expiation de leurs fautes (1) ». Si donc vous aimez vraiment vos enfants, si vous voulez leur montrer toute la tendresse d'une affection paternelle, vous devez multiplier vos charités en leur faveur, afin de les rendre agréables à Dieu.
Le vraii père est celui qui avise aux intérêts éternels de ses enfants.
Ne considérez pas cojûme le vrai père de vos enfants ce père faible et mortel que vous êtes, mais celui-là qui est éternel et fort, le père de la famille spirituelle. Consignez entre ses S^ins les biens que vous conservez pour vos héritiers; qu'il soit Icrtuteur de vos enfants
(1) lOB., 1, 2, 3, 5.
190 LÈS fiEVÔIRS Ï>U CHRETIEN.
Igia^ eurateur; qu'ils aient contre les dangers du slèeîjerlat^ïotec.tion de sa divine puissance. Le patrîmoîite^ CQitô4 à Dieu, l'état ne peut l'enlever, ni le fisc îe eoix^^^MSUËv^i 1^^ procès le ruiner. L'héritage est assura ^e^KisUi garde. Voilà ce qui s'appelle pourvoir pour I^ai^olr aux intérêts de ses enfants, aviser avea uit dévouement paternel au sort de ses futurs héritiers. C'est ce dont la Sainte Écriture porte témoignage : « J'ai été jeune et je suis devenu vieux, et je n'ai jamais vu le juste abandonné ni sa postérité mendiant son pain. Chaque jour il se montre compatissant, il prête, et sa postérité sera bénie (1) ». Et encore : « Celui qui vit dans l'innocence, sans reproche, laissera des enfants heureux (2) ». Yous êtes donc un père prévaricateur, et traître, si vous ne pourvoyez fidèlement à l'avenir de vos fils, si vous n'avisez à leur salut avec un dévouement religieux et sincère. Pourquoi tenez-vous plus à un patrimoine terrestre qu'à un patrimoine céleste? Aimez-vous donc mieux recommander vos fils au diable qu'au Christ? Vous êtes deux fois coupable, vous commettez une double faute, et parce que vous ne ménagez pas à vos fils la protection du Père (Ju ciel, et parce que vous apprenez à vos fils à aimer plus leur patrimoine que le Christ.
(1) Ps., 36, 25.
(2) ProV., 20, 7.
DEVOIRS ENVERS LA SOCIÉTÉ. igi
Le père qui veut être vraiment un père chrétien, doit l'être à la façon de Tobie, et s'inspirer des recommandations de celui-ci à son fils.
Soyez plutôt, à Tégard de vos fils, un père comme Tobie. Donnez à vos enfants des avis salutaires comme ceux qu'il donna à son fils, faites à vos fils les recommandations qu'il faisait quand il disait : « Et maintenant mes fils, voici ma recommandation : servez Dieu loyalement, faites ce. qui lui plaît, et recommandez à vos fils de pratiquer la justice et l'aumône; de n'oublier pas Dieu, mais de bénir son nom en tout temps. » Et encore : « Tous les jours de votre vie, ô mon fils, ayez Dieu présent à votre pensée, et n'enfreignez pas sa loi. Pratiquez la justice tous les jours de votre vie, et ne marchez pas dans une voie d'iniquité : si vous agissez honnêtement, on aura égard à vos œuvres.
Prenez sur votre avoir pour faire l'aumône, et ne détournez jamais votre face du pauvre.
Ainsi Dieu ne détournera pas non plus sa face de vous.
Beauté de l'aumône aux regards de Dieu.
Donnez selon vos ressources : si vous avez beaucoup, faites une aumône plus généreuse ; si vous avez peu, partagez ce peu avec l'indigent, et ne craignez rien quand vous faites l'aumône : c'est une précieuse récompense que vous
49^ LÉS ÛEVÔÏRS HlJ GHRETIÉI^;
VOUS préparez pour le jour de l'épreuve, cai* l'aumône délivre de la mort, et ne laisse pas l'âme descendre dans les ténèbres. L'aumône sera un beau spectacle, pour ceux qui la fônt^ devant le Dieu souverain (1).
Qu'il est beau, mes très chers frères, le spec^ tacle, qui se donne sous le regard de Dieuî Daiis les spectacles des païens^ il semble glo* rieux d'avoir pour assistants des proconsuls et des empei-eurs; ceux qui les donnent font de grands préparatifs et de [grands frais pour plaire à de grands personnages : combien l'hon-^ neur n'est%il pas plus éclatant d'avoir pour spectateurs Dieu et le Christ; combien alors les préparatifs et la dépense ne doivent-ils pas être plus considérables pour un spectacle où viennent les vertus des cieux, où viennent totis les anges, où celui qui le donne né cherche pas à obtenir un quadrige ou un consulat, mais où l'on gagne la vie éternelle, où l'on ne brigue pas la vaine et passagère faveur du peuple, mais où l'on reçoit l'éternelle récompense du royaume céleste !
Et dans un tableau saisissant, saint Cyprien oppose la conduite des chrétiens sans générosité à la générosité déployée dans les pompes du démon.
Pour que les avares, les durs à la détente,
(1) TOB., 14, 10 sq.
DEVOIRS ENVERS LA SOCIÉTÉ. igS
pour que ceux que la passion de l'argent empêche de faire des œuvres de salut rougissent de leur conduite, pour que la honte de leur infamie leur imprime une flétrissure, que chacun se représente le diable avec ses serviteurs, c*està-dire avec le peuple des réprouvés, s'avançant au milieu du peuple chrétien, et le provoquant, sous les yeux du Christ, témoin et juge de tout, à un examen comparatif. « Moi, je n'ai pas, pour rendre service à ceux que tu vois près de moi, ni reçu de soufîlets, ni subi de flagellation, ni porté une croix, ni versé mon sang, ni racheté mes serviteurs au prix de ma vie ; pas plus que je ne leur promets un royaume céleste, ni ne les rappelle au paradis en leur rendant l'immortalité; et pourtant quelles fêtes ils me donnent, quelles fêtes coûteuses et magnifiques; quelle peine ils prennent pour les préparer à grands frais, engageant leurs biens ou les vendant à cette fin; et si le spectacle ne leur fait pas honneur, ils sont poursuivis par les injures ou les sifflets, et parfois même la fureur populaire menace de les lapider. Montre, ô Christ, tes donneurs de spectacles ; ces riches, qui nagent au sein des trésors, donnent-ils, en ta présence et sous tes yeux, dans ton église, un spectacle de ce genre, engageant ou dépensant pour cela leur fortune, ou pour mieux dire en faisant l'heureux transfert dans les trésors célestes. Dans mes spectacles frivoles et ter-
TEaTULLtEN. 13
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restres, il n'y a ni aliment ni vêteinent ppui' personne, ni nourriture ou boisson pour.so^l|g^er la misère. Tout périt entre la folie de celui qui les donne, et l'égarenient de ce spectateur, toiit est dépensé dans la vanité déplaisirs t^-ompeurs. Dans ton église, toi tu es nourri et vêtu dans tes pauvres, tu promets la vie éternelle à ceux qui font l'aumône : et c'est à peine si tes disciples, à qui tu donnes un prix div|n^ peuvent soutenir la comparaison avec ceux qui dépensent tout en pure perte ».
Ce que Ton fait aux pauvres, c'est à Jésus-Christ même qu'on le fait.
Que répondre^ frères bien aimés? Ges coeurs de riches plongés dans une sorte de nuit ténébreuse, dans une stérilité sacrilège, comn^eç^t les défendre? Gomment les excuser? Nous sommes au-dessous des serviteurs du diable, nous qui, même dans des choses peu importantes, ne donnons rien au Ghrist en éch^ge de sa passion et de son sang. Il nous a donné ses préceptes, il nous a instruits de ce que doivent faire ses serviteurs ; en promettant une récompense à ceux qui feraient de bonnes œuvres, en menaçant du supplice ceux qui seraieiit sans miséricorde, il a fait connaître sa sentence, il a prononcé d'avance son jugement. Quelle excuse alléguer si l'on ne fait rien, quelle défense
DEyplJtl f NVÇRS L4 SO.GIEtE. 19^
présenter si on deqieure insensible. Il reste que le serviteur ne faisant pas ce qui lui est prescrit^ le Maître fera ce dont il le menace. 11 dit en effet : « Quand le fils de l'homme viendra dans sa gloire, et ses anges avec lui^ il s'asseoira sur le trône de sa gloire. Tous les peuples se r^ssen^bleront devant lui. Alors il les séparera les uns des autres, comme le pasteur sépare les brebis des boucs * Il mettra les brebis à sa droite^ les boucs à gauche.
Alors il dira à ceu:^ qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, entrez en possession du royaume qui vous a été préparé dès Torigine du monde. J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à bqire. J'ai été étranger et vous m'a-vez pfFert l'hospitalité, nu et vous m'ayez vêtu, malade et voiis m'avez visité, emprisonné et vous êtes venu me visiter. Les justes lui répondront : Seigneur, quand dpnc nous avons vous vu avoir faim et vous avonsnous donné à manger, avoir soif et vous avQnsnous donné à boire? Quand vous avons-nous yu sans gîte et emmené chez noiis, sans vêtement et vous ayonsrnpus vêtti? Qu.and yous ayons-nous vu malade, en prison, et sommesnous venus ypu^ visiter? Alors le roi preiiant la parole leur dira : « En vérité, je vous le dis : Quand vous avez fait cela aux plus humbles de mes frères, c'est à moi que vous
Favez fait. Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : allez-vous en, maudits, au feu éternel, que mon père a préparé pour le diable, et pour ses anges. J'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger, soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; j'ai été étranger et vous ne m'avez pas emmené chez vous, nu et vous ne m'avez pas vêtu, malade et en prison et vous n'êtes pas venu me visiter. Et eux à leur tour lui répondront : Seigneur, quand nous avons-vous vu avoir faim ou soif, être sans gite ou sans vêtement, malade ou en prison, sans venir à votre secours? Et il leur répondra :
En vérité, je vous le dis : Toutes les fois que vous n'avez pas fait cela à l'un ou l'autre des humbles que voici, vous ne l'avez pas fait à moi non plus. Et ceux-ci s'en iront au feu éternel, et les justes à la vie éternelle (1) ». Le Christ pouvait-il promulguer un édit plus formel? Nous pousser plus fortement à la pratique des œuvres de justice et de miséricorde, qu'en nous disant : « C'est à moi qu'est donné tout ce qui est donné à l'indigent et au pauvre; c'est moi que l'on offense quand on ne fait rien pour le pauvre et l'indigent. Celui que l'intérêt de son frère ne touche pas, dans l'église, qu'il se laisse du moins toucher par la pensée qu'il voit en lui le Christ, et
(1) Matt., 25, 31.
celui qui oublie la misère et l'indigence de sou compagnon de pèlerinage, qu'il pense du moins que le Seigneur est présent dans la personne de celui qu'il dédaigne.
Donc, frères bien-aimés, nous qui avons au cœur la crainte de Dieu, nous qui ayant méprisé et foulé aux pieds le monde, tenons notre esprit élevé vers ce qui est élevé et divin; à force de foi, de piété, de bonnes œuvres, efforçons-nous de plaire au Seigneur. Donnons au Christ un vêtement sur la terre pour recevoir de lui un vêtement au ciel, donnonslui nourriture et boisson, pour être admis dans le ciel au festin d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Pour éviter de n'avoir qu'une maigre moisson, semons abondamment. Avisons à notre sécurité éternelle, à notre salut, tandis que nous en avons encore le temps : L'apôtre Paul nous en avertit : « Pendant que nous en avons le temps, faisons du bien à tous, et surtout à ceux qui sont dans la maison de la foi. Ne nous lassons pas de faire le bien : la moisson viendra en son temps (1) ».
Les œuvres de charité et les premiers chrétiens.
Songeons, frères bien-aimés, à ce qu'était le peuple chrétien au temps des apôtres,
(1) GaL., 6, 10. . .
19^ LÈS bËVOIRS DU CHRÉTIEN,
quand, en cette auroi'ê, les âmes dépldyaiéiit de plus grandes vertus, quand là foi dès ndèlëà avait encore là ferveur dés premiers jours.
Ils vendaient leurs maisons, et leurs terrés, et ils véiiaient en apporter dé bon édeur et généreusement le prix aux apôtres pôiir le distribuer aux pàuvi'es. Ils véhdàieht leur patrimoine d'ici-bas et le dépensaient, pour ië tranéférér là où ils le posséderaièiit éternellement, pour acheter des demeures où ils habiteraient à tout jamais. L'aumône, à son apogée, était en rapport avec l'union des cœurs dans la charité. Nous lisons en effet dans les actes des Apôtres : « La foule de ceux qui croyaient n'avait qu'un cœur et qu'une âme ; il n'y avait pas de différence entre eux, personne ri'éstiinait posséder en propre quoi que ce fût de ses biens, mais tout était commun entre eux (i) ». Voilà qui est devenir vraiment fils de Dieu par une naiséance spirituelle, et imiter conformément à la consigne divine l'iiiapiâi^tialité du Dieu qui est notre Père. Tout ce qui est à Dieu nous est commun pour l'usage; personne n'est exclu de ses bienfaits et de ses dons, mais la famille humaine tBut entière jouit également de la bonté et dé là générosité divine. C'est ainsi qu'également pour tous le jour luit, le soleil brille, la pluie arrose, le
DEvbmis ENVEfeS LA iSÔCIEtl. I99
vent sÔTiftlë ; ceux qui dôrniént oui Te même sommeil; i'ëèlât des étoiles et de la lune est ébinihun à tous. Selon cette tormiile d'egalite, celui ï][ùi, possédant ici-bas dés sources de revéiiUis, partage avec ses îrèi-és, se montrant Juste et égal pour tous dâiis la distribution dé ses largesses, celui-là imite le Père céleste.
Bienfaits de l'aumône daiis le temps et dans l'éternité.
Quelle- sera, frères bien-aimés, la gloire dé ceui qui se seront montrés charitables, coimbién grande leur joie, quand le Seigneur fera le rèc'éiiséttieht de soii peuple. Alors, couronnant nos mëritéâ, attribuant à nos (deuvrës les récoittperises proiliisés, il nous donnera les biens du ciel ^our céùi de la terre, les biens éternels jibur ceux du temps, pour dés biéiis sans valeur dés biens précieux. Il nous présentera à sôli père, à cjui il nous aura restitués éh iibus Sanctifiant, il nous donnera l'immortâiité, et la vie éternelle, pour laquelle il hbiiâ àiirà revivifiés par son sang, il nous râînènfera au paradis, nous ouvrira le royaume déà ciélix, suivant soû infaillible promesse.
Gravons fôrténàéht la pensée de ce bonheur dans nos esprits, c6ncév^hs-le âveb une foi entière, attachons-nous-y de tout iibtré cœiir, achetons-le au prix d'une pratique constante
d'œuvres de charité. L'aumôue, frères bieijaîmés, est une grande et belle chose : c'est une œuvre de charité salutaire, la grande consolation des fidèles, la garde de notre sécurité, le fort de notre espérance, la garantie de notre foi, le remède du péché. C'est une chose qui dépend uniquement de celui qui la fait, une chose grande et facile; couronne de la paix sans l'épreuve de la persécution, don de Dieu important et magnifique, nécessaire aux faibles, glorieux aux forts, dont l'aide rend le chrétien digne de la grâce divine, lui fait apaiser le Christ son juge, escompter Dieu comme débiteur. Pour obtenir cette palme de la charité, luttons de bon cœur et résolument, prenons tous part à cette course de sainteté qui a pour spectateurs Dieu et son Christ.
Plus grands que le monde et le siècle, ne laissons aucune passion du siècle et du monde retarder notre course. Si nous sommes légèrement chargés, si nous courons agilement dans cette lutte des bonnes œuvres, quand viendra pour nous le jour de la mort ou du martyre, Dieu ne faillira point à récompenser nos mérites : vainqueurs dans la paix, nous recevrons de lui une couronne blanche, pour nos œuvres de charité; vainqueurs dans la persécution, une couronne rouge comme notre sang répandu.