‹ Tertullien et saint Cyprien [microform]Chapitre 9 sur 49 · Tert., de Corona militis, 3; g.^Ep. Lxxi · texte numérisé non relu

Tert., de Corona militis, 3; g.^Ep. Lxxi

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de voir l'appui qu'il demandait à la raison pour faciliter la pratique des règles de conduite, inscrites dans l'Ecriture ou dans la tradition.

Dans la proclamation et la détermination de ces règles, Tertullien incline toujours vers la rigueur-, et ne distingue pas assez entre ce qui est de conseil, et ce qui est d'obligation. 11 critique les secondes noces, en attendant qu'il les considère avec les montanistes, comme illégitimes ; il refuse au soldat chrétien d'aller recevoir les largesses impériales, une couronne sur la tête ; il blâme le serment militaire; il déclare certains péchés irrémissibles, refusant à Péglise, du moins après son adhésion au montanîsme, le pouvoir de les remettre, etc.

Cyprien en tout est plus raisonnable : même dans le cas d'apostasie, il accorde le pardon au repentir, suivi de la pénitence prescrite. S'il a des paroles sévères pour la guerre, s'il déplore comme un fait douloureux, et un vice du siècle que « l'homicide commis par des particuliers relève des tri-^ banaux, tandis que commis au nom d'un peuple, il s'appelle courage^ », il se garde bien cependant d'aller aux exagérations de Tertullien dans le traité J>e h Couronne du soîdat

Le ton dont il rappelle les règles du devoir et de la vie chrétienne n'a rien de l'âpreté du tofi dé

L Ad, Donati 6, -

Tcrtullien; l'ironie, fréquente chez ce dernier, est rare chez l'évêque de Carthage; il a moins de vigueur que d'onction, sauf quand une accusation injuste contre son peuple ou sa personne, le remplit d'une juste indignation i.

L'imagination, chez lui, peut-être d'ailleurs moins vive, moins brillante que chez Tertullîen, est tempérée par uiie raison plus sereine, etsoumise aux règles d'un goût plus raffiné.

Un exemple, entre autres, est caractéristique. C'est le portrait de Joh sur son fumier, tracé par Tertullîen, au traité De la Vatience, chap. xiv, et par saint Cyprien, dans le traité "Des Jlvantages de ta Patience, ch. xvin. On nous permettra de répéter ici ce que nous en avons dit ailleurs 2. « La peinture de Tertullien est toute en traits brusques et fiers, mais pleine d'éclat et de couleur et d'un réalisme hardi. Celle de son imitateur est plus discrète, les tons y sont moins vifs, mais mieux fondus, les traits moins vigoureux, mais disposés avec plus de régularité et une symétrie parfaite : le personnage ressort moins.

Là entre Dieu qui rit et qui triomphe, et le Malin, qui se tord de rage, nous voyons dans une lumière crue le Job de Tertullien, calme au milieu de ses souffrances, recueillant la vermine qui sort de ses plaies, et la faisant rentrer dans les trous oit

1. La Lettre lxvi, adressée à un ce-rtain Florentius qui ne cessait de le calomnier, a ce caractère, a. Latin de saint Cyprien, p. 33o-3ai.

eUe fourmille. ICes détails si crûment réalistes, saint Cypricn ou les supprime ou en réduit l'expression à des termes généraux ou a des périphrases : Jl ces maux, se joint le ravage d'ulcèresj et ce corps qui se dissout et coule est encore soumis au supplice d'une ver" mine qui le ronge.

Quant aux traits par lesquels Tcrtullien passionne sa peinture (M ! Dieu riait, etleMalin crevait de rage, quel trophée Dieu érigea de sa victoire sur le Diable, etc.), on ne les trouve pas dans le calme portrait, du Job de saint Cyprien. En revanche, la simplicité vive et rapide avec laquelle le premier résume d'avance ce qu'il va dire (a l'heureux Job qui déploya toutes les formes de la patience contre tes attaques du diable) se développe paisiblement chez son imitateur en deux phrases redondantes et symétriques où chaque pensée est exprimée deux fois. »

Et c'est ainsi qu'en dépit d'une éducation religieuse et littéraire semblable, et malgré un accord fondamental sur les principes de la morale chrétienne, la différence de caractère et de dons naturels se traduit chez nos deux moralistes par des jugements souvent divergents sur la discipline, et par une différence constante et immédiatement sensible dans leur façon de parler et d'écrire.

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