CHAPITRE PREMIER
La controverse juive.
Parmi les ouvrages que contient le recueil des écrits de Tertullien, il en est un, le traité Conire les Juifs, qm, comme son nom l'indique, est adressé aux enfantsd'Israël ; quatre autres, à savoir : V Apologétique, l'appel Aux Nations, la lettre A Scapiila et le Témoignage de l'àme sont destinés aux païens. C'est dans ces livres que nous devons chercher comment le grand docteur de Carthage a défendu l'idée chrétienne, comment il a compris son rôle d'apologiste.
Quand Tertullien parle aux Juifs, le but vers lequel convergent tous ses efforts est de démontrer que le Messie, dont ils attendent la venue, est arrivé, et que ce Messie est celui qui, naguère, fut crucifié à Jérusalem : Jésus-Christ. La preuve messianique — c'est ainsi qu'on appelle ce travail de démonstration — avait été fondée par les apôtres et avait reçu, au cours du second siècle, divers développements. Venu après Clément d'Alexandrie, saint Justin et pseudo-Barnabe, Tertullien utilise les résultats obtenus par ces docteurs. Il commence par établir que toutes les institutions mosaïques avaient, dans le plan divin, un caractère transitoire et figuratif; que la circoncision charnelle préludait à une circoncision spirituelle ; que les sacrifices grossiers offerts dans le temple de Jérusalem annonçaient un sacrifice pur et universel ; que le sabbat
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hebdomadaire était l'ombre d'un sabbat éternel. Ces trois points établis par de nombreuses attestations scripturaires, il poursuit :
Les. prophéties de l'abrogation de la loi mosaïque
(Adv. Jifdaeos, 6).
« Puisque les prophéties ont distingué un sabbat temporel et un sabbat éternel, une circoncision charnelle et une circoncision spirituelle, une loi temporelle et une loi éternelle, des sacrifices charnels et des sacrifices spirituels ; il s'ensuit que l'ère des préceptes charnels imposés aux Juifs doit faire place à une ère différente, marquée par la disparition des vieilles cérémonies, des anciennes lois, et parla présence des institutions annoncées, des sacrifices spirituels... Nous avons donc à montrer maintenant que l'ancienne loi est aujourd'hui abrogée, et que nous somm.es sous le réorime de la nouvelle loi annoncée par les prophètes. Tout d'abord, il nous faut chercher s'il y a encore lieu d'attendre le législateur de la nouvelle loi, l'héritier du Xouv^eau Testament, le prêtre des nouveaux sacrifices, le purificateur de la nouvelle circoncision, le fondateur du nouveau sabbat, celui qui doit abolir l'ancienne loi , établir le Nouveau Testament, offrir les nouveaux sacrifices, supprimer la vieille circoncision avec son sabbat, annoncer une nouvelle ère destinée à subsister toujours. Il nous faut, dis-je, porter nos regards vers ce législateur, vers ce fondateur, vers ce prêtre, vers ce maître, pour voir si, oui ou non, il est venu. S'il est arrivé, nous devons nous mettre à son service. S'il n'a pas
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encore fait son apparition, nous devons l'attendre, en partant de ce principe que sa venue doit mettre fin à l'ancienne loi et inaug-urer la nouvelle. »
Ici TertuUien passe en revue les prophéties messianiques. La première qui se présente à lui est le texte d'Isaïe où le Seigneur nous est montré prenant son Messie par la main, pour le mener à !a conquête des nations. Cet oracle lui suggère l'éloquente tirade que voici :
La prophétie de la coxversion du monde (Adv.Judaeos, 7).
« Nous avons sous les yeux l'accomplissement de cette prophétie. Quel est celui que Dieu a pris par la main, sinon Jésus-Christ son fils ? Quel est-il, sinon celui en qui toutes les nations ont cru, et qui a envoyé des apôtres dont David a dit dans les psaumes, que leur voix s'est fait entendre à toute la terre, et que leur parole est allée jusqu'aux extrémités du monde? Qui a obtenu la foi des peuples, sinon le Christ, qui naguère a fait son apparition parmi nous ? Parthes, Mèdes, Elamites ; habitants de la Mésopotamie, de l'Arménie, de la Phrygie, de la Cappadoce, du Pont, de l'Asie, delà Pamphylie, de l'Egypte, de la Cyrénaïque ; Romains et Juifs ; tous ces peuples et d'autres encore, à qui croient-ils? A qui croient les bandes des Gétules et des Maures ; les diverses provinces de l'Espagne et de la Gaule ; le pays des Bretons, fermé aux Romains mais soumis au Christ ; toutes les peuplades des Sarmates^ des Daces, des Germains, des Scythes ; toutes ces multitudes répandues dans les provinces ou dans les îles et qu'on ne
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saurait énumérer ? Dans toutes ces régions, le Christ, celui qui est venu jadis, règne en souverain. C'est devant lui que, selon le langage des prophètes, les portes des cités se sont ouvertes et que les verrous de fer, qui les retenaient fermées, se sont brisés. Parlons sans métaphore : tous les cœurs que les démons tenaient fermés par diverses manœuvres, se sont ouverts à la foi chrétienne. L'oracle du prophète s'est donc réalisé, puisque les sujets du Christ se trouvent partout. Pour régner ainsi, ne fallait-il pas être le Fils de Dieu, celui dont les prophètes ont annoncé l'empire universel et éternel ? Salomon n'a exercé sa puissance que sur la Judée ; son royaume s'étendait de Dan à Bersabée et n'allait pas plus loin. Darius a commandé aux Babyloniens et aux Parthes ; il n'a pas assujetti d'autres peuples à ses lois. Les Pharaons ont été les maîtres en Egypte ; mais leur pouvoir ne s'est guère étendu au delà. Nabuchodonosor a dû arrêter ses conquêtes, ainsi que celles de ses lieutenants, devant l'Inde et l'Ethiopie. Alexandre n'a pu maintenir sous sa domination l'Asie et les divers pays dont il s'était rendu le maître. De même, les Germains n'ont pas encore pu franchir leurs frontières ; les Bretons sont enfermés derrière leur océan comme derrière un mur. Les Maures et les sauvages Gétules ne peuvent sortir du cercle que leur a tracé la puissance romaine. Que dire des Romains, qui ont besoin de leurs légions pour faire respecter les frontières de leur empire, et qui ne peuvent songer à de nouvelles conquêtes ? Le Christ, au contraire, étend partout son empire et son noai.
Tous les peuples dont on vient de faire l'énuniération lui donnent leur foi, leurs hommag'es, leur soumission, leurs adorations. Tous sont égaux à ses yeux. Devant lui, le roi n'est pas plus que le barbare ; il ne reconnaît de privilège ni aux honneurs, ni à la naissance; pour tous il est le même, roi, juge, seigneur et Dieu. Vous ne pouvez refuser de me croire, puisque mes assertions reposent sur les faits. »
Mais la conversion du monde n'a pas eu seule le privilège de fixer le regard des prophètes. Daniel n'a-t-il pas annoncé qu'après soixante-dix semaines d'années la justice descendrait sur la terre et que le Saint des saints serait oint ? Isaïe n'a-t-il pas prédit qu'une vierge mettrait aumondele divin Emmanuel ? L'Ecriture ne déclare-t-elle pas ailleurs que le Messie sera persécuté et qu'il mourra victime de la malice des hommes î Tertullien s'arrête sur ces divers oracles et leur demande de compléter la preuve messianique.
Dans la prophétie de Daniel, la période de soixantedix semaines, à peine annoncée, est partagée en trois sections dont la dernière est d'une semaine et dont les deux premières comprennent respectivement sept et soixante-deux semaines. Tertullien, dont les données chronologiques sont imparfaites, se persuade que le prophète reçut sa vision quatre cent trente-sept ans avant la naissance du Christ, et que, de cette naissance à la ruine de Jérusalem, il s'écoula seulement cinquante-deux ans et demi. Sa conception historique ne pouvait manquer d'influer sur son exégèse. Voici comment il explique la prophétie.
La prophétie des soixante-dix semaines (Adv. Jnd.^ 8).
« Remarquons que, d'après l'oracle, si les Juifs
reçoivent le Messie, leur patrie doit être rétablie et une nouvelle ère doit briller pour eux, au bout de soixante-dix semaines. Mais, prévoyant que, loin de recevoir le Christ, les Juifs le persécuteraient et le mettraient à mort. Dieu se reprend. Il déclare que le Saint des saints naîtra et sera oint dans soixantedeux semaines. Il ajoute qu'après sept semaines et demie le Christ souffrira et que la ville sera détruite. , . Comment prouverons-nous que le Christ est venu après soixante-deux semaines et demie ? Nous prendrons pour point de départ la première année de Darius, c'est-à-dire le moment même où Daniel fut favorisé de la vision divine. Il entend, en effet, ces paroles : «Ecoute et comprends bien le discours que je vais tenir. » Ceci démontre que la computation des semaines d'années doit partir de la première année de Darius, puisque la vision eut lieu à cette date. Comptons maintenant les années qui vont de là à la naissance du Christ... Nous trouvons quatre cent trente-sept ans et six mois, qui donnent soixantedeux semaines et demie d'années. On voit donc que les soixante-deux semaines et demie ont pour point d'arrivée la naissance du Christ... Maintenant que ce résultat est acquis, voyons à quoi répondent les sept semaines et demie qui ont été détachées du chiffre primitif de soixante-dix. Auguste survécut c^uinze ans à la naissance du Christ. Tibère César, son successeur, exerça le pouvoir pendant vingt-deux ans, sept mois et vingt jours. Ce fut la quinzième année de son règne que le Christ souffrit, à l'âge d'environ trente ans. Caïus César, surnommé Caiigula,
régna pendant trois ans, huit mois et treize jours ; Néron César, pendant neuf ans, neuf mois et treize jours ; Galba, pendant sept mois et six jours ; Othon, pendant trois mois et cinq jours ; Vitellius, pendant huit mois et dix jours. Vespasien, qui régna neuf ans, fit la guerre aux Juifs la première année de son règne. Les soixante-dix semaines prédites par Daniel furent donc accomplies le jour où les Juifs furent vaincus. »
La prophétie d'Isaïe n'était pas sans soulever, du côté des Juifs, plusieurs difficultés. Comment prêter au prophète l'idée étrange d'annoncer une conception virginale ? Et puis, comment reconnaître dans l'humble et doux Jésus, le belliqueux Emmanuel d'Isaïe, qui devait s'emparer des dépouilles de Damas et de Samarie ? Telles étaient les objections des disciples de Moïse, quand on leur mettait sous les yeux l'oracle de la vierge-mère. Ecoutons la réponse de Tertullien.
La prophétie de la vierge-mère (Adv. Jud., 9).
« Le mot hébreu Einnianuel veut dire : Dieu avec vous. Or, je demande si ce mot n'a pas reçu sa réalisation dans le Christ. Vous ne pouvez le nier, car ceux de votre race qui ont passé dans nos rangs, depuis le jour où ils ont commencé à croire au Christ, traduisent, eux aussi, Emmanuel par : Dieu avec nous. On doit donc reconnaître que l'Emmanuel annoncé est arrivé, puisque nous av^tîs Dieu avec nous. De même, les Juifs concluent que le Messie doit être un conc]uérant, sous prétexte qu'il est représenté s'emparant des dépouilles de
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Damas et de Samarie. Ils ne remarquent pas que, d'après l'Ecriture, l'enfant doit accomplir ces exploits avant de connaitre son père et sa mère. Cet âge décide de tout, et prouve que, dans cet endroit, le Christ, loin d'être présenté sous les traits d'un guerrier, ne nous apparaît même pas comme un homme. Les vagissements d'un enfant appellerontils les soldats sous les armes ? Ses hochets servirontils de trompettes pour donner le signal du combat ? Le voit-on ayant, en guise de cheval de bataille, le dos ou le cou de sa nourrice, pour aller à la recherche de l'ennemi ?... La nature ne permet pas d'être général avant d'être homme, et de s'emparer de Damas avant de connaitre son père. On doit donc conclure que cet endroit du prophète est une métaphore. »
« Mais^ disent les Juifs, la nature ne permet pas à une vierge d'enfanter, et pourtant, d'après vous, on doit croire le prophète. Parfaitement. C'est que, dans cet endroit, Isaïe me propose une chose qui doit servir de signe ; il me laisse ainsi entendre qu'il me demande de croire à une chose impossible. Il dit : « C'est pourquoi, un signe vous sera donné ; voici qu'une vierge concevra et enfantera un fds. » Un signe donné par Dieu ne peut être qu'*une nouveauté étonnante ; autrement, ce n'est pas un signe. Pour enlever à cet oracle toute sa force et séduire les âmes simples, vous avez recours au mensonge ; vous prétendez que l'Ecriture a ici en vue la grossesse et l'enfantement, non pas d'une vierge, mais d'une jeune femme. A^ous oubliez qu'il arrive tous
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les jours à des femmes d'être grosses et d'enfanter, et qu'un événement ordinaire ne saurait servir de signe : voilà ce qui vous réfute. Nous avons donc raison de croire qu'une vierge-mère nous est proposée comme signe. On ne peut en dire autant d'un enfant guerrier ; ici, il n'y a pas de signe... Il n'y a pas de signe non plus, dans l'endroit où nous lisons que l'enfant mangera du miel et du beurre : ceci est un phénomène de l'enfance. »
« Toutefois, il y a un signe admirable là où le prophète parle de la puissance de Damas renversée et des dépouilles de Samarie enlevées aux Assyriens. Retenez bien l'âge de l'enfant, et vous trouverez le sens de la prophétie. . . vous la comprendrez, en même temps que vous en constaterez l'accomplissement. Le Christ enfant a pris la puissance de Damas et les richesses de Samarie. Accordez-nous que les mages de l'Orient ont offert au Christ nouveau-né de l'or et de l'encens et nous aurons devant nous un enfant qui s'est rendu maître de la puissance de Damas sans combat et sans armes... Tout le monde sait, en effet, que la puissance de l'Orient, c'est-à-dire, sa force, réside dansson or etdanssesparfums... Quant aux dépouilles de Samarie, ce sont les mages eux-mêmes. En apprenant à le connaître, en lui offrant leurs présents, en s'agenouillant devant lui, pour l'adorer comme leur seigneur et leur roi, ces hommes, guidés par l'étoile, sont devenus les dépouilles de Samarie, c'est-à-dire del'idolàtrie qu'ils ont quittée pour croire au Christ...»
« Mais, objectent encore les Juifs, puisque le Christ annoncé par les prophètes ne reçoit jamais le nom
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de Jésus, pourquoi celui qui est venu s'appelle-t-il Jésus-Christ ?. . . Je vais vous démontrer votre erreur. Quand Osée, le fils de Navé, est appelé à succéder à Moïse, il reçoit un nouveau nom et s'appelle Jésus. Vous en convenez. Sachez donc que ceci est une figure de l'avenir. Jésus-Christ devait prendre les nations perdues dans le désert du siècle, et les introduire dans la terre promise où coulent le lait et le miel, c'est-à-dire dans la vie éternelle. Ceci devait être accompli, non par Moïse, mais par Jésus ; non par la discipline de l'ancienne loi, mais par la grâce de la nouvelle... Voilà pourquoi l'homme qui était destiné à symboliser ce mystère, a reçu le nom du vSeigneur et a été appelé Jésus. Aussi, en s'adressant à Moïse et, par son intermédiaire, au peuple, le Fils de Dieu — c'est bien lui qui apparaissait, puisque personne n'a pu voir Dieu le Père et vivre — le Fils de Dieu, dis-je, s'exprima ainsi : « J'envoie mon ange devant ta face (c'est-à-dire devant la face de mon peuple)... écoute-le et sois-lui soumis... c-as monnoui est sur lui. » C'était, en effet, Jésus (Josué) et non Moïse qui devait introduire le peuple dans la terre promise... Josué s'est donc appelé Jésus à cause du mystère futur de ce nom. Et le Christ confirma ce nom, car il voulut qu'il s'appelât non pas ange, non pas Osée, mais Jésus. Vous voyez donc que le Christ de Dieu, outre le titre de Christ, devait aussi porter le nom de Jésus. »
Tertullien passe maintenant au drame du Calvaire et il montre que les souffrances de Jésus ont été annoncées par l'Ancien Testament.
Les prophéties de la Passion (Adv. Jtid.^ lo).
« Vous objectez la passion du Sauveur.
Vous prétendez que la mort du Messie sur la croix n'a pas été prédite. Vous ajoutez même que Dieu n'a pu abandonner son Fils à une pareille mort, lui qui a dit dans l'Ecriture : Maudit soit l'homme qui est attaché au bois... Mais cette sentence ne s'applique pas au Christ. L'homme qui est maudit de Dieu, c'est celui qui est attaché au bois pour ses crimes. Or, le Christ... a subi ce genre de mort, non pas pour lui-même, mais pour accomplir les prophéties qui avaient prédit les traitements que vous lui infligeriez. C'est ainsi que, dans les psaumes, l'esprit du Christ dit : « Ils m'ont rendu le mal pour le bien. — J'ai payé ce que je ne devais pas. — Ils ont percé mes pieds et mes mains. — Ils ont mis du fiel dans mon breuvage et, pour me désaltérer, ils m'ont donné du vinaigre. — Ils ont tiré mes vêtements au sort... »
« On lit dans l'Ecriture que le jour où Jésus (Josué) livra bataille à Amalec, Moïse pria assis et les mains étendues. Pourquoi cette attitude, alors qu'il aurait dû prier à genoux, le front dans la poussière, en se frappant la poitrine de ses mains ? C'est que, là où combattait le nom de Jésus qui devait un jour terrasser le démon, l'attitude du Christ sur la croix s'imposait, puisque la croix devait être pour Jésus l'instrument du triomphe... »
« Voyez encore. Vous avez lu dans les psaumes cette parole : « Dieu a régné par le bois. » Comment comprenez-vous cela ? Allez-vous appliquer ce passage
à un roi qui aurait été crucifié ? N'est-ce pas plutôt le Christ qui est désigné ici, lui qui, après sa passion, a vaincu la mort et a régné ?... Et, quand Isaïe dit : « Un fils nous est né, dont la domination repose sur son épaule », quel est le roi qui répond à ce portrait ? Ce n'est pas sur l'épaule que les rois portent les insignes de leur puissance ; ils les portent sur la tète, dans leur main ou sur leurs vêtements : ils ont un diadème, un sceptre ou des ornements. Mais, par un privilège unique, le nouveau roi des siècles, le Christ Jésus a porté sur son épaule l'instrument de sa puissance et de sa gloire, je veux dire sa croix ; et ainsi s'est accomplie la prophétie du psalmiste : « Dieu a régné parle bois. »
« C'est encore à ce bois que Dieu fait allusion, quand il suggère à Jérémie de rapporter cette parole devospères:« Venez, mettons le bois sur son pain...» En réalité, le bois fut mis sur son corps. Mais le Christ nous a donné la clef de cette expression, le jour où il a donné au pain le nom de son corps. Il nous a fait comprendre alors que le prophète avait désigné son corps sous le symbolisme du bois... »
Après avoir relevé toutes les prophéties de la passion du Christ, l'illustre apologiste revient à la conversion du monde et, sur le point de terminer son livre, il la remet de nouveau sous les yeux des Juifs. Il leur dit :
« Vous, qui constatez que les nations ont passé de l'abîme de l'erreur au Dieu créateur et à son Christ, vous ne pouvez nier que ce fait a été prédit ; car si vous osiez le nier, immédiatement se dresserait
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devant vous cette promesse du Père que j'ai déjà mentionnée : « Tu es mon Fils ; je t'ai engendré aujourd'hui ; demande-moi et je te donnerai les nations en héritage et ton empire s'étendra jusqu'au bout de la terre. » Vous ne pouvez non plus prétendre que cette promesse s'adresse au fils de David, Salomon, plutôt qu'au Christ Fils de Dieu. Salomon n'a, en effet, régné que dans la Judée, tandis que le Christ a déjà éclairé l'univers entier des rayons de son Evangile.. Les peuples accourent aujourd'hui au Christ qu'ils ignoraient autrefois. Vous ne pouvez ajourner à l'avenir ce qui est sous vos yeux. Dites donc que ce qui se voit n'a pas été prédit, ou que ce qui a été prédit n'a pas été accompli. Ou, si chacun de ces deux expédients est impossible, convenez donc qu'il y a eu des prophéties et que celui qu'elles visaient est venu les accomplir. »