SAINTETE
On a vu(3)comment Tertullienarrachaauxgnostiques le texte évangélique : « Qui est ma Mère ? » dont les adversaires de l'Incarnation se faisaient une arme. Sa tirade ne pouvait manquer de piquer l'attention des érudits. Sans doute, l'auteur du traité De la chair du Christ et des livres Contre Marcion établit péremptoirement que le Christ n'a pas renié sa mère. Mais à quel prix obtient-il ce résultat ? N'accuse-t-il pas la Sainte Vierge d'avoir été incrédule ? Pamélius, qui avait renoncé à défendre le Nuptura post partum et le Virum passam, prit ici une autre attitude. Il expliqua que le réquisitoire de TertuUien contre Marie portait, non sur son infidélité, mais sur son peu d'assiduité à aller entendre les prédications de son divin Fils (4). Petau, au contraire, sortit alors de la réserve qu'on a constatée plus haut. « Vous voyez, dit-il, que notre docteur attribue l'incrédulité à la mère du Christ aussi bien qu'à ses frères (5). » Petau fut suivi par l'évêque d'Avranches. Arrivé à la question de lamarialogied'Origène, Huet crut devoir dire un mot sur la marialoo^ie de TertuUien. Il cita le texte du De carne Christi que nous connaissons. Il lui adjoignit le commentaire de
(1) De Incarnat.^ \\v. 3, 3.
(2) Voir : DOM Ceillier, il, 52i (édit, 1730).
(3) Voir p. 91.
(4) Note au texte du De Carne, 7.
(5) De Iiicarn., xi\', 1,7.
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Paraélius. Après quoi, prenant lui-même la parole, il dit : « La tentative de Pamélius est aussi vaine qu'elle est louable. Que peut-on, en effet, alléguer contre un texte aussi clair que celui-ci : « Leur incrédulité apparaît en cet endroit » ?... TertuUien fait manifestement retomber son reproche d'incrédulité sur la Vierge aussi bien que sur les frères du Seigneur (i;. » Ici encore les théologiens sont restés à l'écart et n'ont pas pris part au débat.
VIRGINITÉ in pariu.
Ils se sont moins désintéressés d'un autre problème. On se rappelle la description réaliste de la naissance du Sauveur que nous avons rencontrée dans le livre De la chair du Christ (2) . TertuUien croyait-il donc que Xotre- Seigneur avait subi, lors de sa venue au monde, les humiliations de la loi commune ? Ignorait-il la virginité iu partu ? Pamélius crut pouvoir interpréter bénignement les formules du fougueux polémiste (3). Mais Petau s'inscrivit résolument en faux contre cette interprétation. « Quelques docteurs, dit-il, ont cru jadis que Marie avait enfanté le vSauveur à la manière des autres femmes. Le représentant le plus incontestable de cette opinion est TertuUien. En effet, dans le De carne Christi, il tient le langage suivant... dans lequel il enseigne clairement que Marie a cessé d'être vierge quand elle a enfanté (4). » Le sentiment de Petau fut adopté par Huet (5). On le retrouve chez quelques théologiens. D'autres néanmoins préfèrent se mettre du côté de Pamélius. La plupart, d'ailleurs, parmi ceux-là même qui portent la question de
(i) Origetiiana, il, 2, qu. 4, 3.
(2) Voir p. 85.
(3) Paradoxa, 22.
("4) De Incarn., xiv, 5, 4.
(5) OHg-., II, 2, qu. 4, 2.
la virginité in partu sur le terrain patristique, ne mentionnent pas l'auteur du De carne Christi.
VIRGINITÉ ante partum.
Si Tertullien a pu paraître aux érudits les plus consciencieux l'adversaire de la sainteté de Marie et de sa virginité post par tu m ainsi que in part//, personne ne saurait suspecter son ortliodoxie dans la question de la virginité ante part/un. L'auteur de \ ApoIogétiq//e et des Prescriptions a proclamé hautement la conception virginale du Christ. Témoin, entre beaucoup, les textes suivants :
« Le rayon de Dieu, conformément aux prophéties, est descendu dans une vierge et il s'est fait chair dans son sein (i). L'apôtre dit que Dieu a envoyé son Fils fait d'une femme ; mais cette femme, quoi qu'en dise Hébion, était vierge (2). — La règle de foi dit que... le Verbe... est entré dans la Vierg-e Marie, qu'il s'est fait chair dans son sein, et qu'il est né d'elle sous le nom de Jésus-Christ (3). Il ne convenait pas que le Fils de Dieu eût un père humain. S'il avait été fils de l'homme dans le sens complet du mot, il n'eût pas été le Fils de Dieu (4). »
Eve et Marie.
Notons enfin que le parallèle d'Eve et de Marie auquel les Pères, depuis saint Justin, se sont souvent complu , se présente à iious dans le livre De la chair di/ Christ, « Dieu, pour arracher au diable son image et ressem-
(i) ApoL, 2\.
(2) De virg. vel., 6.
(3) De praescr., ij.
(4) De carne Christi, 18.
blance, employa les mêmes procédés que le diable. Eve était vierge quand le verbe messager de la mort entra en elle ; c'est dans une vierge que devait entrer le Verbe de Dieu, messager de la vie. Il fallait, en effet, que le sexe qui avait amené sur nous la ruine, nous amenât aussi le salut. Eve avait cru au serpent ; Marie crut à Gabriel. Le péché commis par la foi de l'une fut effacé par la foi de l'autre (i)... »
(l) De carne, 17.