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CHAPITRE VII

Eschatologie.

Nous avons entendu Tertullien proclamer et démontrer le dogme de la résurrection. Nous n'avons ici qu'à recueillir les renseignements qu'il a jetés en passant sur les autres articles de l'eschatologie.

Disons d'abord que notre docteur a professé le millénarisme. Dans sa pensée, la résurrection générale, celle qui servira de préface au jugement dernier, devait être précédée d'une résurrection particulière, dont les justes seraient seuls à bénéficier et qui leur permettrait de vivre heureux sur la terre, pendant mille ans, en attendant la résurrection des impies pour le jugement général. Saint Jérôme range positivement Tertullien parmi les partisans de la doctrine millénariste (i). Du reste le passage suivant du troisième livre Cotztre Marcion est décisif (i) :

«Nous confessons qu'un royaume nous est promis sur la terre ; mais avant le séjour du ciel et après l'ordre de choses actuel. Il sera précédé de la résurrection, durera mille ans et aura pour théâtre une Jérusalem faite par Dieu et venue du ciel. Cette Jérusalem, l'apôtre l'appelle notre mère d'en haut... Ezéchiel l'a connue, l'apôtre saint Jean l'a vue et la doctrine de la nouvelle prophétie (le montanisme), qui est l'objet de notre croyance, l'atteste. Du reste, elle

(i) Ad. Marc, 3, 24. Voir : Introduction p. xxxiv.

s'est montrée au cours de l'expédition d'Orient qui a eu lieu dans ces dernières années. Des païens euxmêmes, qui étaient alors en Judée, déclarent que, chaque matin pendant quarante jours, une ville, qui semblait venir du ciel, apparut dans les airs. Elle était pourvue de murailles qui disparaissaient au grand jour. C'est dans cette ville que, après la résurrection, les saints vivront au milieu des délices spirituelles. . . N'est-il pas juste que Dieu récompense sur la terre ses serviteurs qui ont souffert pour lui sur la terre ? Voilà la raison d'être du royaume terrestre. Il durera mille ans, au cours desquels les saints ressusciteront, les uns plus tôt, les autres plus tard selon leurs mérites {pro ineriiis lîtaiurùis vel tardius resitrgentiuui) . »

Toutefois on doit reconnaître que ce texte est le seul à s'étendre sur le royaume terrestre des justes. On retrouve ailleurs sous la plume de Tertullien deux ou trois mentions de la nouvelle Jérusalem et de ce qu'il appelle « la première résurrection », celle à laquelle le chrétien désirait d'avoir part (in prima resurrecHone consortium) {i). C'est tout. Ce millénariste voulait qu'on entendît dans le sens allégorique les descriptions pompeuses de la félicité messianique tracées par les prophètes ("2). Il a ainsi, inconsciemment, porté les premiers coups à la doctrine dont il était le partisan. D'ailleurs, le royaume terrestre, tel qu'il le conçoit, n'offrira à ses membres que des

(i) De resurr.^ 25 ; De 7nonog., lo; voir encore : De spectac, 3o.

{2) Adv. Marc, 3. 24 ; « D(^ restitutione Judeae quain et ipsi Judaei ita ut describitur sperant... quomodo allegorica interpretatio in Christum et in Ecclesiam... spiritaliter competat... in alio opère digestum ». — De resurr., 26.

délices spirituelles {omnium bonornm iitiqiie spiritualium). C'est donc Tertullien qui a purifié le millénarisme et lui a donné cette forme sous laquelle saint Augustin le déclarera acceptable.

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