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CHAPITRE III

L'Apologétîciue de l'iiiiinaiieiice et les miracles «lu Clii*ist.

En somme, lorsque X Apologétique demande autre chose aux païens que de mettre fin à leurs violences contre la religion chrétienne, lorsqu'elle veut leur faire accepter l'idée chrétienne, elle leur propose deux raisons de croire : l'antiquité des Ecritures unie à leur sublimité, le témoignage des puissances spirituelles. Mais Tertullien constata sans doute que cette dernière preuve ne faisait pas entrer la conviction dans les esprits. Quant à l'antiquité et à la sublimité des Ecritures, il reconnaissait lui-même que ce motif de crédibilité supposait de longues et patientes investigations, et que, dès lors, il n'était pas accessible à la moyenne des intelligences. Au début de son livre sur le Témoignage de l'àme, le docte apologiste revient sur cet inconvénient de la preuve empruntée à l'antiquité des Ecritures. Faisant allusion aux travaux de Tatien et de Clément d'Alexandrie, il dit :

« Il faut beaucoup de recherches et de lecture, pour extraire des écrits des philosophes et des poètes et, en général, des ancêtres de la sagesse païenne, des témoignages favorables à la religion chrétienne et capables de confondre nos persécuteurs. Quelques-uns parmi nous, il est vrai, très versés dans la littérature antique, ont écrit des traités où, remontant aux origines, ils ont prouvé que nos doc-

trines, loin d'être nouvelles, avaient pour elles l'appui des documents publics. Mais l'esprit humain est. si endurci qu'il abandonne ses maîtres les plus autorisés, dès qu'il saisit sur leurs lèvres des pensées favorables à notre religion... Ne faisons même pas appel aux autorités reconnues par le chrétien, pour ne pas nous exposer à essuyer un affront. Tous, en effet, ne connaissent pas nos Ecritures, et ceux qui les connaissent ne sont pas toujours à même de contrôler leurs assertions. On ne peut pas demander aux hommes de commencer par croire à nos saints Livres, attendu que, pour y croire, il faut déjà être chrétien {lanlo abesi ut nosf7^is IHten's aiinuant honunes, ad quas iieino venit nisi jani christianits). »

Comment donc s'y prendre pour faire accepter le christianisme aux païens ? Comment les convaincre et les transformer en disciples du Christ ? Tertullien mentionne quelque part, dans X Apologétique xvii, ce qu'il appelle « le témoignage de l'âme ». Il s'écrie même : « O témoignage de l'âme naturellement chrétienne ! {o iestimonium animae iiaiiiraliter christianae) ». Mais il passe outre sans s'arrêter. Pour savoir ce qu'il entend parla et quelle sorte' de démonstration se cache derrière cette formule, il faut consulter un petit livre, à qui la formule elle-même sert d'enseigne et dont on a déjà lu un extrait dans les lignes qui précèdent. Voici comment s'exprime le traité du Témoignage de l'âme. «

L'ame naturellement chrétienne (De Testim., i-6). ]

« J'invoque un nouveau témoignag-e ; témoignage 1 plus ancien que les livres, plus important que tous

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les systèmes, plus connu que toutes les doctrines, plus grand que l'homme, car il comprend l'homme tout entier. Viens, ô àme ! Viens ici. Si j'en crois plusieurs philosophes, tu es quelque chose de divin et d'éternel ; à ce compte, tu es incapable de mentir. Epicure, qui se sépare des autres, soutient que, loin d'être divine, tu es mortelle ; dans cette hypothèse, tu pourrais encore moins mentir. Que tu viennes du ciel ou que tu sortes de la terre ; que tu sois le produit des nombres ou du groupement des atomes ; que tu sois engendrée en même temps que le corps, ou que tu fasses ton entrée en lui quand déjà il est organisé ; d'où que tu viennes et qui que tu sois, c'est toi qui fais de l'homme un animal raisonnable, toi qui lui donnes la connaissance et la science. Toutefois, ô àme, je ne te prends pas quand déjà tu es marquée à l'empreinte des écoles, quand tu t'es frottée aux bibliothèques, quand tu t'es farcie de la science des académies ou des portiques de la Grèce ; je te veux avec ton ingénuité native étrangère à toute culture. Je te prends, telle que tu es chez ceux qui n'ont que toi, telle que je te rencontre dans les carrefours et sur la voie publique... O àme, tu n'es pas chrétienne, que je sache. En effet, on ne naît pas chrétien, on le devient [Jiun/, non nascnntiir ckrisiiani). Eh bien ! c'est ton témoignage que demandent les chrétiens. Toi, à qui nous sommes étrangers, dépose contre les tiens ! Peut-être rougiront-ils, quand ils te verront partager des croyances pour lesquelles ils nous poursuivent de leur haine ou de leurs sarcasmes. »

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« On nous repousse, parce que nous proclamons l'existence d'un Dieu unique, auteur et maître de l'univers. Dépose à ton tour et fais connaître ton sentiment. Nous t'entendons prononcer des paroles comme celles-ci : « Plaise à Dieu ! Si Dieu le veut. » Ces paroles, tu les prononces partout, sur la place publique comme dans le secret des maisons, avec une liberté que, nous autres, nous n'avons pas. Or, quand tu tiens ce langage, ne laisses-tu pas entendre qu'il existe un Dieu à qui tu attribues la souveraine puissance, la souveraine domination, un Dieu auprès de qui ne sont rien toutes les divinités que tu appelles Saturne, Jupiter, Mars ou Minerve ? En réservant ainsi à cet être le nom de Dieu, tu affirmes que lui seul possède la divinité... Tu n'es pas non plus sans connaître les perfections de ce Dieu que nous proclamons. Tu dis : « Dieu bon ! Dieu bienfaisant 1 » Tu ajoutes : « Méchant homme ! » En prononçant ces formules contraires, tu laisses entendre que l'homme est méchant, parce qu'il s'écarte de Dieu. Nous qui considérons le Dieu de bonté comme la source de toute bénédiction, nous exprimons cette croyance dans un usage sacré qui domine nos entretiens. Or, cet usage, je le retrouve chez toi ; tu dis : « Dieu vous bénisse », tout comme font les chrétiens... »

«lien est qui, tout en admettant l'existence de Dieu, refusent de voir en lui un censeur et un juge. Et c'est surtout par là qu'ils se séparent de nous, car c'est la crainte du jugement futur qui nous a fait embrasser la relig-ion chrétienne. Ils croient trouver

Dieu, en écartant de lui les soucis de la providence et du o-ouvernement du monde. Ils refusent même de lui attribuer la colère... D'où vient donc à l'àme cette crainte (ju'elle éprouve à l'égard de Dieu, si Dieu ne se fâche pas ? Pourquoi craindre celui que les offenses n'atteignent pas ? La crainte nesupposet-elle pas la colère ? La colère va-t-elle sans l'intention de punir ? Le châtiment peut-il être infligé sans jugement préalable ? Pour juger, ne faut-il pas avoir l'autorité souveraine ? Et l'autorité souveraine peutelle appartenir à un autre qu'à Dieu ? C'est pour cela, ô âme ! qu'il t'arrive de t'écrier en public comme en particulier, et cela sans que personne y trouve à redire : « Dieu le voit ! A la garde de Dieu ! Dieu vous le rende ! Dieu sera notre juge ! » Où a tu pris ce langage, toi qui n'es pas chrétienne ? quand le tiens-tu ? Le plus souvent, quand tu portes les bandelettes de Cérès, quand tu as le manteau de Saturne et le voile de la déesse Isis. C'est dans les temples de tes dieux que tu sens le besoin d'un autre Dieu ! Il est véridique, ce témoignage qui est rendu en faveur des chrétiens jusque chez les démons ! »

« Je viens de parler des démons. De quel droit ?... Tes imprécations attestent qu'ils existent et qu'ils sont digfnes de la malédiction. Tu donnes le nom de démon à tout homme qui s'est rendu coupable d'un crime que nous attribuons aux démons et qui provoque la haine. Tu abhorres Satan, tu l'as en horreur; nous, nous le tenons pour un ange mauvais, pour l'artisan de l'erreur, pour le corrupteur

du genre humain, pour l'être qui a séduit le premier homme, l'a mis en état de révolte contre Dieu, et a été cause que celui-ci, condamné à mort, a transmis sa condamnation à toute sa postérité empoisonnée dans sa source. Tu as donc quelque idée de celui qui t'a perdu. Et, si les chrétiens sont les seuls à bien le connaître, toi cependant tu le connais assez pour le haïr, »

« Nous abordons maintenant le problème de ta destinée. Nous affirmons que tu continueras d'exister après la mort, et que tu attendras le jour du jugement, où tu recevras, selon tes mérites, un châtiment éternel ou un rafraîchissement éternel. Nous affirmons que^ pour recevoir ce châtiment ou ce rafraîchissement, tu reprendras le corps que tu as aujourd'hui avec les facultés que tu possèdes, attendu que, sans le concours de la chair, tu ne saurais être sensible au bien ou au mal {(juod et boni ac inali nihil sentrre possis) et que le jugement n'a pas de raison d'être, si celui qui l'a mérité fait défaut. Notre doctrine est certes plus noble que celle des pythagoriciens, qui te transforme en bête ; plus complète que celle des platoniciens, qui te refuse la résurrection de ton corps ; plus consolante que celle d'Epicure, qui te fait mourir. Et néanmoins, parce qu'elle est professée par les chrétiens, on la traite comme une niaiserie, comme un préjugé. Or, ce préjugé, nous n'en rougissons pas, car tu le partages avec nous. En effet, quand tu penses à un mort, tu dis : « Pauvre homme ! » T'apitoierais-tu sur son sort, s'il ne sentait plus rien ? Ce n'est pas tout. Tu mau-

dis, comme s'il vivait encore, celui dont le souvenir t'est pénible. Tu veux que la terre lui soit pesante et t^ue sa cendre souffre dans les enfers. wSi la mort est la tin du sentiment et de la vie, si tu retombes dans le néant à la sortie du corps', pourquoi te mens-tu à toi-même, comme si tu pouvais encore éprouver des impressions après la mort? Mais, que dis-je, pourquoi crains-tu la mort, si, après la mort, il n'y a plus pour toi de sentiment, donc plus rien à craindre ? »

« Diras-tu que ce qui te fait craindre la mort, ce ne sont pas les maux qu'elle amène à sa suite, mais les biens dont elle prive ? Je réponds que, dans la vie, les peines l'emportent de beaucoup sur les joies. . . On ne doit pas regretter des biens dont la perte est compensée par un bien supérieur, je veux dire par la disparition des maux qui nous affligent. On ne doit pas craindre ce qui nous délivre de tous les sujets de crainte. D'ailleurs, si ce sont les agréments de la vie qui te font redouter de la quitter, tu ne dois pas redouter la mort, si tu ne sais pas si elle est mauvaise. Pourtant tu la crains. Tu sais donc qu'elle est un mal. Or, tu ne le saurais pas et tu ne la craindrais pas, si tu ne savais qu'il y a, après la mort, quelque chose qui la rend redoutable... Parlons maintenant des espérances que l'on place après la mort. Presque tous les hommes ont le désir inné de faire parler d'eux après leur mort. .. Qu'est-ce qui ne travaille pas à sauver sa mémoire de l'oubli, à attacher son nom, soit à une œuvre littéraire, soit à une vie respectable, soit à un tombeau qui attire l'attention ?

Et pourquoi l'àme serait-elle si préoccupée de s'assurer quelque chose après la mort, si elle n'avait quelque pressentiment de survivre au corps ? »

« On dira peut-être que si nous pouvons avoir la certitude d'une vie future pour l'àme, notre doctrine de la résurrection est, elle du moins, un préjugé. Eh bien ! j'affirme que la résurrection elle-même est proclamée par l'àme. En preuve, c'est qu'on dit couramment d'un mort : « Il est parti ; il reviendra. »

« Tels sont les témoignages de l'àme : vrais, parce qu'ils sont simples ; simples, parce qu'ils sont vulgaires ; vulgaires, parce qu'ils sont communs ; communs, parce qu'ils sont naturels ; naturels, parce qu'ils sont divins. Qu'on réfléchisse à la majesté de la nature à laquelle l'àme emprunte son autorité, et l'on ne sera pas tenté de mépriser ces témoignages comme frivoles et vains. L'àme est à l'école de la nature. Si l'on a confiance dans le maître, il faut bien avoir confiance dans le disciple. D'ailleurs, tout ce que l'une enseigne, tout ce que l'autre apprend, tout cela vient de Dieu qui est le docteur suprême. .. »

« Il y a des hommes, cependant, pour qui ces cris de l'àme ne sont pas dictés par la nature et ne sont pas les produits innés de la conscience. Ils préfèrent y voir des opinions créées et colportées par la littérature, des locutions vicieuses dont l'usage a fait une habitude invétérée. Comme si l'àme n'était pas antérieure à la littérature ! Comme si les livres n'étaient pas venus après la parole, les expressions après la pensée, les philosophes et les poètes après l'homme !

Dira-t-on que, avant l'apparition et les progrès de la littérature, les hommes ignoraient les formules que je viens de mentionner ? Personne ne parlait de Dieu, de sa bonté, de la mort, des enfers?... Comment donc la littérature a-t-elle pu découvrir et faire entrer dans la circulation des expressions dont l'esprit humain n'avait jamais eu l'idée, que la langue humaine n'avait jamais prononcées, que l'oreille humaine n'avait jamais entendues ?D'ailleurs, puisque nos divines Ecritures, qui sont aussi celles du peuple juif — sauvageon sur lequel nous avons été greffés — sont de beaucoup antérieures à la littérature profane, comme nous l'avons montré, si l'àme a puisé ces formules dans les livres, c'est aux nôtres qu'elle a fait ses emprunts et non aux vôtres. Peu importe, après cela, que les sentiments de l'âme viennent de Dieu ou des livres dictés par Dieu. Comment donc, ô homme, oses-tu assigner une source humaine à des pensées dont l'usage nous est si familier ? »

« Crois donc à tes livres : mais crois surtout aux nôtres qui sont divins. Crois au témoignage de l'àme. Par lui, tu croiras à la nature. Choisis, parmi ces sœurs de la vérité, celle qui te parait la plus fidèle. Si tu doutes de tes livres, sache que Dieu et la nature ne sauraient mentir. Et, pour croire à la nature et à Dieu, crois d'abord à l'àme... Quand tu redoutes de devenir chrétien, interroge ton àme. Demande-lui pourquoi elle, qui adore un dieu, en invoque un autre... pourquoi elle emploie les formules des chrétiens, race dont elle ne veut pas entendre parler, qu'elle ne veut même pas voir ; pourquoi

elle nous a prêté ou emprunté ces locutions ; pourquoi elle nous a donné des leçons ou enareçude nous. Un pareil accord dans le langage est sûrement l'indice de quelque mystère, surtout quand il contraste avec des habitudes si différentes. 11 serait puéril de limiter cet accord aux deux langues grecque et latine intimement liées, et de se refuser à y voir un phénomène naturel. Ce n'est pas seulement chez les Grecs et chez les Latins que l'àme vient du ciel. Partout nous trouvons le même homme sous différents noms, la même àme appelée de différentes manières, le même esprit désigné sous des vocables différents... Toute âme proclame hautement les vérités que, nous autres, chrétiens, nous n'avons pas le droit d'exprimer même tout bas. C'est donc à bon droit que toute came est à la fois responsable en même temps que témoin. Elle est, dis je, responsable de l'erreur dans la mesure où elle est témoin de la vérité. Quand, au jour du jugement, elle paraîtra devant le tribunal de Dieu, elle n'aura rien à dire. Elle restera muette en entendant ce réquisitoire : tu proclamais l'existence de Dieu, et tu ne le cherchais pas ; tu avais les démons en horreur, et tu les adorais ; tu en appelais au jugement de Dieu, et tu n'y croyais pas ; tu avais le pressentiment des supplices de l'enfer, et tu ne faisais rien pour y échapper ; tu pensais comme îes chrétiens, et tu poursuivais les chrétiens! »

Voilà donc ce que Tertullien entend par le témoignage de l'âme. Et voilà la démonstration qu'il désigne sous ce nom. Les autres preuves de la religion sont empruntées

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à l'érudition ; celle-ci a sa source dans l'âme humaine. Les autres voient dans le christianisme un fait historique ; celle-ci le considère comme un fait humain. Preuve simple s'il en fût, et qui, à la simplicité, unit l'élégance! Pourtant, preuve suspecte et discutée plus que toute autre ! Pendant de longs siècles, aucun apologiste ne sons:era à édifier le christianisme sur l'âme humaine. Et si de nos jours cette entreprise a suscité de nombreuses et ardentes sympathies, elle a surtout semé des inquiétudes et provoqué des colères. L'école de l'immanence ne rencontre dans toute la littérature ecclésiastique qu'un seul patronage : celui de Tertullien.

On remarquera que jusqu'ici il n'a pas été question des miracles du Christ. L'auteur de X Apologétique les auraitil donc oubliés? Non, il les mentionne, et voici en quels termes il en parle :

Les MIRACLES DU Christ (ApoL, 21).

« Les Juifs ne voulurent voir dans le Christ qu'un homme ordinaire, à cause des humbles apparences sous lesquelles il se montrait à eux. Ils furent ainsi amenés à mettre sur le compte de la magie tous ses prodiges. Jésus-Christ, en effet, chassait d'un mot les démons du corps des hommes ; il rendait la vue aux aveugles, purifiait les lépreux, rendait le mouvement aux paralytiques, ramenait les morts à la vie, commandait en maître aux éléments, apaisait les tempêtes, marchait sur les eaux. Par là, il se révélait comme le logos de Dieu, c'est-à-dire comme le Verbe primordial et premier-né, rempli de la puissance et de la raison de Dieu, soutenu par son esprit. Exaspérés par sa doctrine qui les confondait, jaloux

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d'ailleurs de voir que le peuple allait en foule à lui, les magistrats et les notables Juifs le livrèrent à Ponce-Pilate qui gouvernait alors la Syrie au nom des Romains, et ils lui commandèrent de le crucifier. 11 avait prédit lui-même qu'il mourrait ainsi, et, ce qu'il y a de plus fort, les prophètes l'avaient également prédit. Toutefois, quand il fut sur la croix, il rendit librement l'esprit, en poussant un grand cri et il prévint le bourreau. Au même moment, la lumière du jour subit une éclipse, bien que le soleil fût seulement à la moitié de sa course. Ceux qui ne savaient pas que ce prodige avait été prédit, crurent à un phénomène astronomique. Ensuite, on l'a nié, faute de pouvoir l'expliquer. Et pourtant, il est rappelé dans nos archives. »

« Quand il fut descendu de la croix et mis dans le sépulcre, les Juifs établirent près de lui une garde militaire, pour empêcher ses disciples d'enlever son cadavre, et de faire croire à sa résurrection qu'il avait annoncée. Mais, le troisième jour, le sol se mit soudain à trembler ; la pierre qui fermait le sépulcre en fut arrachée ; le poste militaire se dispersa sous l'empire de la frayeur ; et, bien que les disciples ne se montrèrent pas, on ne trouva dans le sépulcre que des linges. Cependant les chefs, intéressés à faire croire à un crime et à maintenir leur influence sur un peuple tributaire, répandirent le bruit que le cadavre du Christ avait été enlevé par ses disciples. Quant au Christ, il ne se montra pas en public, et voulut ainsi laisser les impies dans leur erreur, et permettre à notre foi de mériter la récompense qui

lui est réservée. Il demeura quarante jours dans la Galilée avec quelques disciples, à qui il apprit ce qu'eux-mêmes auraient ensuite à enseigner. Puis, après leur avoir donné l'ordre de prêcher dans tout l'univers, il s'enveloppa dans une nuée et monta au ciel. Ceci est plus sûr que l'ascension de Romulus que des Proculus sont seuls à vous garantir. »

« Tous ces renseignements sur le Christ furent transmis à l'empereur Tibère par Ponce-Pilate qui, dans son for intérieur, était chrétien. D'ailleurs, les empereurs auraient cr u au Christ, si le monde avait pu se passer d'empereurs, ou s'il avait été possible d'être à la fois empereur et chrétien. Dociles à l'ordre de leur maître, ses disciples serépandirentdansl'univers. Après avoir été persécutés par les Juifs, ils vinrent à Rome, où la cruauté de Néron répandit le sang chrétien. D'ailleurs, nous vous apporterons des témoins du Christ dignes de votre confiance puisque vous les adorez ...»

Remarquons l'attitude de TertuUien. Il déclare que le Christ a fait des miracles et que ces miracles l'ont révélé aux hommes comme le logos de Dieu. Il estime donc que les prodiges accomplis par le Sauveur étaient capables de prouver non seulement sa mission céleste, mais sa divinité elle-même. Mais, d'autre part, il constate que les compatriotes du Christ, qui furent témoins de ses prodiges, les mirent sur le compte de la magie. Il avoue ainsi implicitement que la preuve des miracles n'a pas de prise sur les Israélites. Et c'est sans doute pour cela que, dans son traité Contre les Juifs., il la passe sous silence. Aura-t-elle du moins quelque prise sur les

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païens ? Oui, lorsque, préalablement, on aura pu les convaincre de la réalité des faits allégués. Mais comment leur donner cette conviction ? Comment leur procurer la certitude que le Christ a rendu la vue aux aveugles, la vie aux morts, que le soleil a pris le deuil au moment de sa mort, et qu'il est sorti vivant du tombeau ? Tertullien ne voit d'autre moyen d'arriver à ce but que de renvoyer ses lecteurs aux Archives et aux Actes de Pilate. Et, quand il a ainsi fait connaître ses références, comme s'il n'osait compter sur leur efficacité, il ajoute, en s' appuyant sur le témoignage des puissances spirituelles : « Nous vous apporterons des témoins du Christ dignes de votre confiance, puisque vous les adorez. » On le voit, les miracles évangéliqnes sont aux yeux de Tertullien, des motifs de crédibilité tout à fait accessoires. Il leur appliquait sans doute cette observation qu'il fait dans le De Testimoiiio au sujet de l'Ecriture : « Pour y croire il faut déjà être chrétien (i). »

(i) Voir plus haut, page 3o. Noter aussi : Adv. Marc, i, i : ^<. Ego negabo hanc illi speciem (la preuve des miracles) ad lesiimonium rompetisse guam el ipse postinodutn exauctoravii. « Voir encore : IJe praescript. 44. Toutefois dans De rame Christi, 5, on lit que les miracles prouvent la présence de l'esprit de Dieu dans le Christ : « Virilités spiritum Dei. »

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