CONDITION DES AMES
Pendant qu'elles habitent les enfers, les âmes sont-elles heureuses ou malheureuses ? Sur cette question, la pensée de TertulHen a évolué : Pamélius lui-même en convient (3). Le docteur de Carthage crut d'abord que la sensibilité de l'âme est subordonnée à son union avec le corps, et donc que les âmes ne peuvent éprouver ni joie, ni souffrance jusqu'à la résurrection. Telle est la doctrine que nous avons rencontrée dans V Apologétique et le Témoignage de l'âme. Mais le De anima et le De resurrectione nous ont mis en présence d'un autre ordre d'idées. Là, nous avons appris que l'âme séparée du corps est douée d'une sensibilité réelle, bien qu'imparfaite, et qu'il y a dans les enfers des rafraîchissements et des souffrances, acomptes de la félicité et des supplices
(i) De anima, 55.
(2) Ibid. Voir plus liaut p. i33.
(3) Paradox., 8.
qui suivront la résurrection (i). Il y a donc^ sous le nom générique d'enfers, deux séjours à distinguer : une hôtellerie et une prison ; celle-ci pour les méchants, celle-là pour les bons. Le séjour des bons s'appelle le sein d'Abraham ; le séjour des méchants n'a pas d'autre dénomination que celle d'enfers. Outre sa signification générique, ce mot désigne donc plus particulièrement le lieu où sont les âmes des méchants. Le traité Contre Marcion , qui s'attache à cette dernière signification, enseigne que le sein d'Abraham est au-dessus des enfers, sans toutefois être un lieu céleste (2). — N'oublions pas que, selon Tertullien, les âmes qui sont dans les enfers ne reviennent jamais parmi les vivants, et que les prétendues évo cations des morts sont dues à des fantômes produits par les artifices des démons (3).