MÉTHODE A SUIVRE POUR CONNAITRE LES ENSEIGNEMENTS
DU Christ (Praesc, i5 et 21).
« Les hérétiques manœuvrent avec les Ecritures et cherchent des arguments dans l'Ecriture... Ma thèse est qu'on ne doit jamais les laisser s'embarquer dans des discussions scripturaires... Ces sortes de discussions n'aboutissent en efîfet qu'à époumonner
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et à fatiguer en pure perte. Tel livre de l'Ecriture n'est pas admis par l'hérésie. Tel autre n'est admis par elle qu'avec des additions et des amputations arbitraires. Et, quand elle n'en corrompt pas le texte, elle en fausse le sens... Que ferez -vous avec toute votre exégèse, alors qu'on rejettera vos assertions et qu'on ne tiendra aucun compte de vos réfutations ? Vous arriverez pour tout résultat à vous égosiller et à vous échauffer la bile... Il ne faut donc pas en appeler à l'Ecriture. Il ne faut pas placer la discussion sur le terrain où la victoire est nulle ou incertaine. »
« D'ailleurs, quand même les discussions basées sur l'Ecriture ne seraient pas stériles, la première question à résoudre serait encore la suivante : A qui appartient la foi ? A qui sont les Ecritures ? D'où vient la doctrine qui fait les chrétiens ? Par qui a-t-elle été transmise ? A qui a-t-elle été confiée ? Là, où nous constaterons que la foi chrétienne a sa demeure, nous conclurons que là aussi se trouvent les Ecritures, avec leur texte authentique et leur véritable interprétation ; nous conclurons que là se trouvent toutes les traditions chrétiennes. »
« Que Notre-Seigneur Jésus-Christ me permette ici de faire abstraction de sa personne. Je ne cherche donc ni ce qu'il est, ni de quel Dieu il est le fils, ni dans quelle mesure il est homme, ni quelle foi il a enseignée. . . Ce qui est sûr, c'est qu'il a expliqué tout cela pendant qu'il était sur la terre, soit au peuple en public, soit dans les entretiens secrets qu'il avait avec ses disciples. Parmi ceux-ci, il en choisit douze
qu'il s'attacha spécialement et à qui il confia la mission d'enseigner les nations,,. Les apôtres se répandirent dans l'univers, enseignèrent aux nations une doctrine qui était partout la même, et fondèrent des églises dans les villes. C'est de ces églises que le plant de la foi {iraditceîn- fidei), qn&Xs. semence de la doctrine a passé aux autres églises qui se sont fondées et se fondent encore tous les jours. C'est pour ce motif que ces autres églises sont considérées, elles aussi, comme apostoliques. La communauté d'origine est nécessairement un principe d'unité. Aussi, la première église fondée par les apôtres et dont toute les autres dérivent, fait que toutes constituent une seule et même église. Toutes sont donc apostoliques : tout le temps du moins qu'elles maintiennent le lien de l'unité, c'est-à-dire, tout le temps qu'elles s'envoient mutuellement la paix, qu'elles fraternisent, et qu'elles pratiquent, à l'égard les unes des autres, les devoirs de l'hospitalité {diLin est illis contmiuiicatio pacis et appcllatio frateruitatis et contesseratio hospitalitatis). Or tous ces gages d'union ont pour principe l'unité de doctrine. »
« Voici maintenant la prescription que je dégage de ces prémisses. Puisque Notre-Seigneur Jésus- Christ a envoyé les apôtres prêcher la foi, on ne doit pas recevoir d'autres prédicateurs que ceux qui ont été institués parle Christ. Il n'y a, en effet, à connaître le Père que le Fils et ceux à qui le Fils l'a révélé. Or le Christ n'a pas pu vraisemblablement communiquer cette révélation à d'autres qu'aux apôtres, puisque
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c'est à eux qu'il a donné la mission de prêcher ce qu'il avait révélé. »
- « Seconde prescription. Pour savoir ce que les apôtres ont prêché, ou si l'on veut, ce que le Christ leur a révélé, on n'a d'autre ressource que de s'adresser aux églises fondées par les apôtres [ju'sî per easdein ecclesias quas ipsi apostoli condiderimi) et que les apôtres ont enseignées, d'abord de vive voix, puis par des lettres. Ceci posé, il est clair que toute doctrine qui a pour elle les églises apostoliques, celles qui sont les matrices et les sources de la foi, est conforme à la vérité. Ce qu'elle enseigne, en effet, c'est ce que les églises ont reçu des apôtres, ce que les apôtres ont reçu du Christ, ce que le Christ a reçu de Dieu. En revanche, on reléguera au rang des mensonges toute doctrine différente et qui contredit la vérité venue des églises, des apôtres, du Christ et de Dieu. »
« Reste à démontrer que notre doctrine, celle dont j'ai donné plus haut le formulaire, vient des apôtres et que les autres viennent du mensonge. La preuve que la vérité est chez nous, la voici : nous communiquons avec les églises apostoliques ; les autres doctrines n'en sont pas là. »
Après avoir établi le principe de rapostolicité de la doctrine chrétienne, Tertullien discute les objections auxquelles ce principe est en butte de la part des hérétiques. Ces hommes prétendent que les apôtres n'ont peut-être pas connu la doctrine du Christ intégralement et dans toute sa pureté ; ou que l'ayant connue, ils n'en ont peut-être communiqué qu'une partie aux églises, et
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ont réservé le reste à un enseignement ésotérique ; ou que les églises n'ont pas su garder fidèlement ce que les apôtres leur avaient confié. Voici les principaux extraits de la réponse du grand docteur :
Pureté de la doctrine apostolique et de sa
TRANSMISSION (PraeSC, 22, 27, 28).
« A moins d'avoir perdu l'esprit, qui croira à l'ignorance de ceux qui ont été établis maîtres par le Christ ; de ceux dont le Christ a fait ses compagnons, ses disciples, ses amis !... Comment Pierre a-t-il pu ignorer quelque chose, lui qui a été appelé la pierre sur laquelle l'Eglise devait être édifiée, lui qui a reçu les clefs du royaume des cieux, et avec elles le pouvoir de lier et de délier au ciel ainsi que sur la terre ? Comment Jean a-t-il pu ignorer quelque chose, lui que le Seigneur aima particulièrement et qu'il admit à reposer sur sa poitrine ?... On croit prouver l'ignorance des apôtres en rappelant l'histoire de la réprimande infligée par saint Paul à Pierre et à ceux qui étaient avec lui... Mais si Pierre fut repris... ce fut pour une erreur de conduite et non pour une erreur de doctrine... \''oyons maintenant si les églises ont faussé l'enseignement qu'elles ont reçu des apôtres... On rappelle que saint Paul a réprimandé les églises, qu'il a dit : O Galates insensés, qui donc vous a aveuglés... qu'il a appelé les Corinthiens des gens charnels... Mais on doit croire que ces églises se sont corrigées. D'ailleurs, il y a d'autres églises qui n'ont reçu que des éloges de l'apôtre, pour leur foi, leur science, leur conduite. On doit au moins s'atta-
cher à celles-là. Or ces dernières sont unies de communion avec celles que l'apôtre a reprises. »
« Accordons cependant ce qu'on nous demande. Donc, toutes les églises se sont trompées. L'apôtre s'est trompé quand il a rendu bon témoignage de quelques-unes d'entre elles. Le Saint-Esprit ne s'est nullement occupé de veiller sur elles pour les conduire dans la voie de la vérité. Lui qui avait été envoyé par le Christ et demandé au Père pour être le docteur de la vérité ; lui, l'intendant de Dieu et le vicaire du Christ, il s'est mal acquitté de sa charge et il a laissé s'implanter dans les églises une doctrine différente de celle que les apôtres avaient prèchée ! Est-i) vraisemblable que toutes ont versé dans la même erreur ? Une pareille uniformité eût été impossible. L'erreur aurait du varier avec les églises. Non, ce que le grand nombre s'accorde à admettre, ne vient pas de l'erreur, mais de la tradition. Aux hérétiques de voir maintenant si les apôtres, de qui vient la tradition, ont pu se tromper ! »
Les développements qu'on vient de lire roulent autour de deux points : la pureté de l'enseignement donné par les apôtres et la fidélité des églises à conserver l'enseignement qu'elles ont reçu des envoyés du Christ. A vrai dire, malgré l'insistance qu'il met à écarter de la prédication apostolique toute trace d'erreur, Tertullien n'éprouve de ce côté aucune inquiétude sérieuse. La fidélité des églises à garder l'enseignement apostolique, ou, si l'on veut, leur indéfectibilité dans la foi le préoccupe davantage. Sans doute il la tient pour incontestable, et on vient de voir quelle preuve il en donne. Mais quelle
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peut bien être la force de cette preuve auprès des hérétiques ? Vont-ils l'accepter ? Et s'ils ne l'acceptent pas, ne vont-ils pas dire que l'enseignement apostolique, altéré par les églises, « matrices et sources de la foi, »a trouvé un refuge chez eux ? Pour parer à ce danger, Tertullien fait abstraction de l'indéfectibilité des églises et dresse contre les hérétiques une autre barrière : celle de l'antiquité. Il vient de dire qu'une doctrine, qui réunit autour d'elle le grand nombre, a sa source dans la tradition et non dans l'erreur. Il continue :
Première marque de la vérité : l'antiquité (Praesc, 29).
« Mais, soit. On s'est trompé. L'erreur a donc régné jusqu'au jour où l'hérésie a fait son apparition. La vérité attendait que des marcionites et des valentiniens vinssent la délivrer. Pendant ce temps, défectueuse était la prédication, défectueuse la foi, défectueux tous ces baptêmes donnés par milliers !... L'hérésie a donc précédé la vraie foi ? Mais partout la vérité vient avant l'image ; celle-ci ne fait que suivre. Il serait bizarre que l'hérésie eût précédé la vérité alors que celle-ci nous a justement mis en garde contre les hérésies à venir ! C'est elle qui a dit : Anathème à l'ange lui-même qui viendrait du ciel vous enseigner un autre évangile. Où était alors le pilote du Pont, Marcion le Stoïcien ? Où était le platonicien Valentin ? On sait, en effet, qu'ils n'appartiennent pas à une antiquité très reculée. Ils vécurent sous le règne d'Antonin et professèrent d'abord la doctrine catholique dans l'église romaine, durant l'épiscopat du vénérable Eleuthère. Mais leur curio-
site inquiète, qui allait jusqu'à leur faire éviter la société de leurs frères, fut cause qu'on les chassa itérativement.. . Mais je reviens au principe delà priorité de la vérité sur le mensong-e. Nous en trouvons la preuve dans la parabole du bon grain semé par le Seigneur et auquel le diable plus tard mêla l'ivraie. Cette parabole désigne bien les doctrines, car la parole de Dieu nous est présentée ailleurs sous le symbole de la semence. Ainsi, l'ordre des temps nous montre que la priorité appartient à la vérité venue du Seig^neur et que l'erreur vient, comme une étrangère, se surajouter après coup. Voilà le principe qui confond toutes les hérésies apparues dans la suite des temps. Aussi l'assurance leur fera toujours défaut, quand elles voudront se présenter comme l'expression de la vérité. »
Avant d'aller plus loin, résumons l'arg-uraent que Tertullien vient de développer. Cet argument, le voici : Quand même les églises apostoliques auraient pu altérer l'enseignement qui leur a été transmis par les apôtres, l'hérésie n'en serait pas plus avancée et n'aurait encore aucun litre à se présenter comme l'interprète de la vérité. Elle est venue, en effet, après coup ; elle est une innovation ; voilà ce qui la marque du sceau de l'erreur ; voilà ce qui la condamne.
Cet argument est, comme on l'a déjà dit, une seconde barrière destinée à contenir l'hérésie, que n'aurait pu arrêter le principe de l'indéfectibilité des églises apostoliques. Mais cette seconde barrière elle-même ne pourra-t-elle pas être forcée ? L'hérésie s'annonce-t-elle toujours avec fracas ? Ne peut-elle pas s'insinuer sournoisement ? Et
si, clans le premier cas, sa date d'origine, que nul ne peut ignorer, la désigne aux yeux de tous comme une innovation, comment l'arrètera-t-on, comment s'y prendra-t-on pour confondre ses prétentions à une origine apostolique, quand ses débuts obscurs et incertains n'auront été remarqués de personne? L'auteur des Prescriptions a vu le péril et il l'a conjuré dans les lignes suivantes :
Deuxième marque de la vérité : l'épiscopat APOSTOLIQUE (Praesc, "hi).
« Au reste, si certaines hérésies entreprennent de s'arroger une date apostolique ; si elles allèguent qu'elles existaient à l'époque des apôtres, pour faire croire ensuite qu'elles ont été transmises par les apôtres eux-mêmes, nous leur dirons : Faites-nous connaître l'origine de vos èg\isQs{edantergoorigt7ies ecclesiariini suariwz) ; déroulez sous nos yeux la liste de vos k\Q.ç\\xç.'s,[evolvantordinem episcoporuvi stioriim) ; prouvez- nous que l'évêque qui est en tète de cette liste a été installé soit par un apôtre, soit par un homme apostolique resté en communion avec les apôtres, ou qu'il a succédé à l'un d'eux. C'est ainsi que s'y prennent les églises apostoliques pour prouver leur apostolicité. Par exemple, l'église de Smyrne nous montre Polycarpe établi par Jean ; l'église de Rome prouve que Clément a été investi dans sa charge par Pierre ; les autres églises présentent à leur berceau des hommes qui ont reçu l'épiscopat des apôtres et qui leur ont donné du plant apostolique {qitos ab apos/oh's m episcopahim constituios apostolici seuiims traduces habeani). Que les
hérésies fassent de même ! Que craindraient-elles après tous leurs blasphèmes ? Mais quand même elles voudraient tenter l'entreprise dont je parle, elles n'aboutiraient qu'à un échec... »
L'absence d'un épiscopat apostolique : voilà donc la marque suprême de l'erreur ! On doit rejeter comme erroné tout enseignement qui n'a pas été transmis par les apôtres, et l'on devra conclure qu'un enseignement ne vient pas des apôtres, quand la secte qui le propage n'a pas à sa tête un épiscopat apostolique. Mais, comme il faut que la vérité se trouve quelque part, si elle n'est pas dans les sociétés dépourvues d'attaches apostoliques, on doit donc la rencontrer dans les églises fondées par les apôtres. TertuUien revient ainsi, après un long détour, à son principe primitif d'après lequel les enseignements authentiques de Notre-Seigneur doivent être cherchés dans les églises fondées par les apôtres. 11 dit :
Les Eglises apostoliques ; Rome (Praesc, 36).
« Voulez-vous satisfaire une curiosité qui, appliquée aux choses du salut, ne saurait manquer d'être louable, parcourez les églises apostoliques, qui montrent encore, àla placed'honneur, les chaires occupées jadis par les apôtres {ap?ïd qiias ipsae adhitc cathe— drae aposiolorum suis /ocis praesident) ; qui lisent encore, dans l'exemplaire primitif, les lettres dont elles furent jadis honorées par les apôtres (apud q lias ipsae authenticae litterae eornvt reciianiur), lettres dans lesquelles on entend comme un écho de la voix de ces saints personnages, et qui mettent, pour ainsi dire, leur portrait sous les yeux des fidèles .
Etes-vous près de l'Achaïe ? Vous avez Corinthe. Touchez-vous à la Macédoine ? Vous avez Philippe et Thessalonique. Si l'Asie est à votre portée, vous avez Ephèse. Si vous êtes sur les confins de l'Italie, vous avez Rome à qui, nous autres, nous sommes à même de recourir. {Si auicni Italiae adjaces, liabes Romain, itnde uobis qitoqne aitctoHias praesto est) . Heureuse église ! à qui les apôtres ont transmis, avec leur sang, la plénitude de la doctrine ; dans laquelle Pierre subit un supplice semblable à celui du Seigneur ; dans laquelle Paul reçut la couronne du même martyre que Jean -Baptiste ; dans laquelle l'apôtre fean fut condamné à l'huile bouillante et en sortit indemne ; ce qui le fit renvoyer dans son île. Voyons ce que cette église a appris, ce qu'elle enseigne, quel est l'objet de son union avec les églises d'Afrique. Elle croit à un Dieu unique, créateur de l'univers ; elle croit que Jésus-Christ est le Fils du Dieu créateur et qu'il est né de la Vierge Marie ; elle croit à la résurrection de la chair ; elle associe la Loi et les Prophètes aux écrits évangéliques et apostoliques. C'est à ces sources qu'elle puise sa foi. Elle imprime sur ses enfants le sceau de l'eau; elle les revêt du vSaint-Esprit ; elle les nourrit de l'eucharistie ; elle les exhorte au martyre ; elle ne reçoit personne qui ne professe cette doctrine... Il est donc acquis maintenant que la vérité se trouve chez ceux qui professent la foi transmise à l'église par les apôtres, aux apôtres par le Christ, au Christ par Dieu. Dès lors nous sommes fondés à dire que l'on ne doit pas laisser les hérétiques appuyer leurs spécu-
lations sur les Ecritures, car nous prouvons, et cela indépendamment des Ecritures, que les Ecritures ne leur appartiennent pas, »
Tel est, dégagé de certains hors-d'œuvre qui l'encombrent, ce que Tertullien appelle l'argument de prescription. Arrêtons-nous un instant à nous rendre compte du mot, et de l'idée qui est sous ce moi. La « prescription » est une formule d'origine juridique, qui désigne ici ce que nous appelons une fin de non-recevoir, ou si l'on veut, l'acte par lequel on refuse d'écouter le plaidoyer d'un adversaire, en lui opposant la question préalable. Voilà pour le mot. Quant à la chose, Tertullien nous dit que son but a été d'enlever aux hérétiques l'appui des Ecritures. En réalité, sa thèse a une portée beaucoup plus considérable. Elle comprend deux parties principales : l'une qui explique sous quelle forme les enseignements du Christ parviennent jusqu'à nous ; l'autre qui indique les marques distinctives de la doctrine du vSauveur. Notre-Seigneur a confié sa révélation aux apôtres et à leurs successeurs. D'où il résulte que le canal chargé de nous amener les eaux de la vérité est constitué, non pas par l'Ecriture; mais par l'enseignement apostolique; que la révélation vient du Christ jusqu'à nous, non par la voie écrite, mais par la voie orale : telle est la première partie de l'argument de prescription. Mais, à quel signe reconnaîtra-t-on le véritable enseignement apostolique ? Et surtout à quel signe pourra-t-on démasquer les doctrines erronées qui s'arrogent indûment une origine apostolique ? C'est à cette question que répond la seconde partie de l'argument. Et voici sa solution : l'enseignement apostolique s'est conservé fidèlement dans les églises fondées par les apôtres et dans celles qui leur sont unies, c'est donc là qu'il faut le cher-
cher ; par contre, on doit considérer comme non-apostolique toute doctrine qui a fait sou apparition à une date connue et, plus généralement, toute doctrine colportée par une secte qui ne possède pas un épiscopat apostolique.
Resterait à suivre la destinée de la thèse dont on vient de lire l'analyse. Ne pouvant nous livrer ici à ce travail, disons en deux mots que le livre des Prescriptions a occupé dans la controverse catholique une place hors de pair. Il a été pour la dogmatique générale ce que certains écrits de saint Augustin ont été pour la dogmatique spéciale. vSans doute, les théologiens y ont vu des points faibles. L'expérience leur a fait comprendre notamment que toutes les églises apostoliques ne pouvaient prétendre à l'indéfectibilité. La thèse de TertuUien a donc dû subir des retouches de détail. Mais on peut dire que, considérée dans son ensemble, elle a servi de moule à la pensée catholique. Dans leur lutte contre l'hérésie, les controversisles se sont toujours appliqués à montrer que le Sauveur a confié sa doctrine à un magistère oral et vivant ; toujours ils ont dénoncé la nouveauté comme une marque infaillible d'erreur ; toujours ils ont fait appel à l'apostolicité du ministère épiscopal ; toujours, en un mot, ils ont utilisé les armes forgées par TertuUien.
L'argument de prescription fermait la bouche à tous les hérétiques et dispensait d'entrer avec eux en de plus amples explications. Mais cette solution si simple et si radicale de toutes les difficultés pouvait-elle suffire ? En s'y enfermant, ne devait-on pas craindre de provoquer le mépris des hérétiques et de leur faire dire que l'on refusait le combat pour échapper à la défaite ? L'auteur des Prescriptions comprit le danger, et il résolut de l'éviter. Il entreprit donc de réfuter dans le détail chacune des hérésies qui infestaient les églises de son temps. Voyons comment il s'acquitta de ce travail.