X. L’Œillet de poète
VŒillet de Poôle , (Millet barbu , Bouquet parlait [Dianthus barbalus ), est spontané sur les collines et les montagnes de l'Europe méridionale, il est même commun dans les Pyrénées. C’est une plante vivace d’environ 0,40 de hauteur, à feuillage vert, glabre, que ses bouquets de fleurs rouge plus ou moins foncé ont fait rechercher depuis longtemps pour l’ornementation des jardins ; cette date ne peut être précisée, et cet Oeillet dut être cultivé bien avant que les botanistes du XVT siècle, sous des noms différents, ne le décrivent dans leurs ouvrages : c’est YArmeria altéra multis de Lobel, VArmenus /los aller de Dodoens, le Viola barbata laiifolia de Dàlechamp, le Ca.rijophyllus barbalus hortensis laü[olius de Gaspard Bauhin qui, en 1594, en cite une forme à fleur double. En 1613, dans son jardin d’Eichstaclt, l’cvêque Courad de Gemmingen, possédait trois variétés de Flou ar menus rouge, blanche, panachées. Crispîn du Pas, qui, en 1614, dans YHortus J loridus , dessinait les fleurs des jardins hollandais, le représente sous le nom d 'Armeria rubra.
Eu Angleterre, on paraît avoir possédé VCE. de Poète un
l’œillet
peu avant le règne d’Elisabeth, on l’avait reçu d’Allemagne et Thomas Tusser le signale comme cultivé en 1557 ; Gérard, dans son Herbal, en 1597, dit qu’il est commun dans les jardins de Londres et en cite une variété blanche tâchée de rouge sous le nom de Sweet William [Doux Guillaume) : auparavant, on les appelait Swecl John (Doux Jean), mais Ce dernier nom est resté à la tonne à feuilles étroites ; la forme à larges feuilles conserva le nom de Sweet William et Lawrence en 1726, Miller en 1731, disent que leurs fleurs sont fort variées et que si l’on observe la disposition de leurs nuances rouges et blanches, on peut à peine trouver deux Heurs pareilles, £ moins qu’elles ne soient dune couleur uniforme ; on possédait aussi des variétés à fleurs doubles rouges, roses.
Pour voir des progrès véritablement marquants, il faut attendre près d’un siècle, vers 1825, quand des graines venues originairement de Russie, donnèrent naissance à des coloris nouveaux, rouge feu, violet foncé, rouge cocciné ; ensuite, vers 1860, on vit paraître des variétés à fleurs rondes et à brillants coloris qui valurent une certaine célébrité à leur ODtenteur William Hunt, de Iligh wycombe, qui s’intéressait à cette culture depuis longtemps ; d’autres semeurs l’imitèrent, notamment Haie, de Stoke Pogis, près Slough, qui produisit en 1865, YŒ. de poêle à [leurs d'Auricule, dont les corolles de nuance foncée étaient bordées de blanc avec un œil de même couleur.
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En France, l’Œillet de pocte ou YOEillei de Poitou , comme on l’appelait aussi au XV1P siècle, bien que depuis longtemps dans les jardins, ne présentait que peu de variétés de coloris et n’avait fait de progrès que dans la dimension des fleurs ; même au commencement du XIX 6 siècle, on ne cultivait que des variétés rouges, blanches, panachées, et ce n'est qu’en 1823 que l’on vit une grande amélioration, due à Bachoux, jardinier du docteur Gall, au Grand-Montrouge, qui avait reçu de Russie quelques graines qui lui donnèrent des variétés présentant des coloris nouveaux bien supérieurs à ceux que l’on connaissait. De ce moment, on s’appliqua à semer l’Œ. de poêle, les variétés bicolores et
l’œiixet
doubles devinrent plus nombreuses, et des cultivateurs* dont Bachoux fils, jardinier de M. de Boismilon, au moyen de la fécondation croisée et de la sélection, gagnèrent de belîes variétés dont le nombre dépassait un demi-cent en 3850 ; ces variétés présentaient des nuances brillantes, veloutées, depuis le blanc pur jusqu'au rouge le plus foncé, diversement mais régulièrement strié, maculé, taché.
On gagna ainsi quelques variétés particulières qui se sont perdues : FCE. de poëte Perpétuel de Rueil , à floraison continuelle, même 1 hiver quand on l’abritait, trouvé, en 1862, par Taburet, jardinier de Rueil, et qui fut répandu par L. Chaté (de Paris) ; l’Œ. de poëte monstrueux de Vandiè res, à fleurs vertes, curieuse variété que Boucnarîat (de Lyon) fit connaître en 1.868.
L’Œ. de poëte étant surtout cultivé comme plante bisannuelle, pendant la seconde moitié du XIX 8 siècle, on s’est attaché a certaines formes dont on a réussi à fixer les caractères, ce qui permet de les reproduire par le semis. (Test ainsi que l’on eut FCE. de poëte blanc pur ; l’Œ. de poëte nigricans paru en 1870, chez Vilmorin, à Verrières, et entièrement pourpre noir, feuilles et fleurs ; il en est sorti une race à fleurs rouge étincelant, mais à feuillage presque vert ; puis ce fut FCE. de poëte nain à port trapu, à tiges raides, dont il avait déjà paru, en 1838, une forme haute de 6 à 8 cent., à feuillage vert foncé et à fleurs bien variées, obtenue par Fourquet, de Chantemerle, près d’Essonnes ; en 1894, on vit l’Œ. de poëte géant , caractérisé par les fortes dimensions de toutes ses parties.
XL L’Œillet de Chine
UŒillet de Chine , Œillet de la Régence (Dianthus sinen sis) forme une touffe annuelle atteignant 30 cent., de hauteur, à feuillage plus ou moins glaucescent et dont toutes les ramifications sont terminées par une fleur. La première mention s’en trouve dans les mémoires de l’Académie des Sciences, quand, en 1705, Tournefort le décrivit sous le nom de Caryophyllus sinensis supinus leucoii[olius , etc. 11 était cul-
l’œillet
tivé depuis longtemps en Chine ; en 1702, des missionnaires envoyèrent à l’abbé Bignon des graines qui produisirent de suite plusieurs variétés simples et semi-doubles, très variées dans la disposition de leurs coloris blancs et purpurins ; sa beauté le popularisa rapidement dans les jardins, et on ne tarda pas à voir s’augmenter le nombre de ses variétés ; la première forme à fleurs doubles parut à Paris en 1719. Il ne tarda pas à passer en Angleterre, puisqu’avant 1713, on le voit cultivé chez Fairchild, fleuriste à Hoxton ; il y prospéra autant qu’en France, car Miller, en 1731, dans son Dictionnaire des Jardiniers , dit que les Œillets de Chine simples et doubles présentent dans les fleurs une grande diversité de couleurs oui varie annuellement, en recommandant de ne récolter que les graines des belles variétés que Ton voulait conserver.
Par la suite, on vit augmenter le nombre et la disposition des nuances, s’agrandir les fleurs, diminuer le port de la plante et fixer un certain nombre de races au moyen de la sélectioh, L’CE. de Chine à larges {eiuaes ( D . sinensis lati - Jolius) à taille un peu plus élevée et à fleurs en bouquets parut vers 1828. L'OE, de Chine hybride attribué au croisement de 1Œ. de Chine et de l'CE. de poète fut obtenu vers 1847 ; il formait une petite touffe compacte à feuillage vert et à nombreuses fleurs très variées, blanc, rose, rouge dans toutes ses nuances, violet, etc., disposées en stries, macules, taches se détachant toujours très bien sur le fond. En io57, Laxton (de Stamlofdj obtint aussi par le croisement de FCE. de Chine et de l‘Œ. de poète une race se rapprochant du dernier, mais à fleurs plus grandes, à nuances brillantes et bien distinctes.
Un nouveau progrès fut l’introduction de l’Œillet de Heddewig (Dianthus lïeddewigi) qui, en 1859, vint du Japon par l’intermédiaire de Heddewig, horticulteur à Saint- Pétersbourg. Déjà grandement amélioré au Japon, il présenta de suite plusieurs variétés remarquables surtout par leurs tiès grandes fleurs et leurs brillants coloris, carmin foncé, rose carminé*, pourpre, blanc. Peu de temps après parut le D. Heddewigi lacinîalus , dont les fleurs simples
L'ŒILLET
ou doubles ont leurs pétales profondément divisés et de coloris tout aussi brillants. Il passa en Allemagne, en France en 1858, en Angleterre chez E. G. Henderson (de St-John’s Wood) en 1859, et ne tarda pas à produire de nouvelles variations, entre autres, dès 1863 chez Ad. Sénéclauze (de Bourg-Argental) ; en 1878, chez Carter (de Londres), ce fut la variété Eastern Queen (Reine de l'Orient ) ; à Erfurt, chez (Jhr. Lorenz, le D. Ileddewigi Diadematum , en 1880 ; chez Haage et Schmidt le D. H. salmoneus, en 1895, et peu de temps après sa forme double ; chez Bénary, le D. H. albus , etc. ; mais dans les fleurs de ces variétés on ne retrouve pas les dimensions étonnantes de l’Œ. de Heddewig primitivement introduit.