‹ Tesnier, François: L'Oeillet, 1908Chapitre 9 sur 12 · IX. L’Œillet « Mignardise · texte numérisé non relu

IX. L’Œillet « Mignardise

La Mignardise , Œillet de plume , dont on rencontre de nombreuses variétés dans presque tous les jardins, a une origine obscure ; quelques-uns la considèrent comme une forme de l'Œillet des fleuristes ; d’autres la font descendre du Dianthus plumarius, que l’on trouve dans la France méridionale, l’Autriche, la Hongrie, la Lombardie, formant une plante gazormante, à feuillage glauque, à fleurs odorantes dont les pétales profondément laciniés, roses ou blancs, sont marqués au centre d’un cercle pourpre ; et aussi du Dianthus deltoïdes , à port gazonnant, à feuides molles, pubescentes, dont les fleurs blanches ou roses ont un œil purpurin. Ce dernier est commun dans les pelouses sèches de presque tout l’Europe et on croit qu’il serait la souche des variétés h fleurs non bordées ; enfin, on la regarde aussi comme le produit du croisement des deux espèces ci-dessus.

Elle ne fut pas choyée comme l’Œillet des fleuristes, mais sa rusticité, le parfum de ses fleurs, sa floraison abon-

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dante, firent employer dès longtemps à l’ornement des jardins ses quelques variétés simples et doubles. En 1546, Munting la possédait dans son jardin de Groningue et, en 1568, Dodoens, dans son Histoire des /leurs, la signala comme cultivée en France et dans les Pays-Bas.

En Angleterre, où la Mignardise devait atteindre à la célébrité, elle est citée par Gérard à la fin du XVI* siècle ; en 1629, Parkinson en mentionne quelques variétés. Au commencement du XVIII* siècle, elle avait déjà produit nombre de variétés que l’on plantait en bordures dans les jardins. En 1731, Miller, dans son Dictionnaire des Jardiniers , distingue entre autres, la AL marbrée (.Damask Pink ), à fleurs doubles, moyennes, très odorantes ; la Aï. White Shock , dont les fleurs blanches, frangées sur les bords, étaient moins odorantes ; puis la race la plus cultivée, où l’on reconnaissait facilement l’empreinte du Dianthus plumarius , la véritable Mignardise {PheasanVseyed Pink) dont on connaissait des variétés simples et doubles qui s’améliorèrent avec le temps et fréquemment donnaient des formes à fleurs doubles très grandes que l’on nommait. Vers le milieu du XVIII e siècle parut la grande Mignardise ( Cob Pink), à tiges plus élevées, à fleurs rouge brillant, très doubles, odorantes et qui paraissait intermédiaire entre la Mignardise et quelque forme piquetée de l’Œillet des fleuristes.

L’entrée de la Mignardise dans les fleurs de collection (florists’s flowers) date de 1771, quand James Major, jardinier de la duchesse de Lancaslre, dans le Kent, obtint la première Mignardise couronnée, caractérisée par des fleurs doubles dont les pétales présentaient une bordure de même couleur que celle de l’œil au centre de la fleur. Cette variété nommée Duchess o( iMncaster blanche, à œil et bordure rouges, rapporta à l’obtenteur une somme de 80 livres {environ 2.000 francs), lorsqu’il la vendit au taux d'une demiguinée les deux plantes, et ce fut longtemps la coutume de vendre les Mignardises par paire ; elle fut suivie deux ans après par Lady Stoverdale, qui présentait les mêmes caractères. Cette nouvelle race progressa rapidement grâce aux soins des fleuristes, leur donna de fort belles variétés et, en

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1790, l’on voit Maddock, dans son Florist's Directory y édicter les qualités exigées d’une belle Mignardise : la tige florale devait être forte, droite ; les fleurs avoir environ 6 cm. de diamètre ; les pétales grands, d’une bonne texture, devaient présenter des bords finement dentés (des bords lisses auraient été la perfection même) ; le fond blanc devait être -entièrement pur entre la bordure et l’œil ; ce dernier devait -être pourpre velouté, ou bien cramoisi foncé ou brillant, on restimait d’autant plus qu’il était plus foncé, et sa dimension devait être celle du blanc afin que les nuances soient bien proportionnées.

Les fleuristes du nord de l’Angleterre et surtout les artisans des manufactures de Paisley, déjà connus par leurs succès dans la culture de différentes fleurs, firent beaucoup progresser la nouvelle race ; entre 1785 et 1790, ils reçurent, de Londres, des graines qui leur donnèrent quelques plantes qu’ils améliorèrent progressivement en semant les graines de leurs plus belles variétés ainsi que celles provenant des plus belles variétés obtenues aux environs de Londres, et arrivèrent à être pendant la première partie du XIX* siècle, presque les seuls producteurs de belles variétés de Mignardises, dont ils cultivaient de 70 à od variétés choisies, nombre qui, en 1830, s’éleva à environ 300, surtout dans les PheasanVs eyed Pink.

Parmi les cultivateurs de cette époque, on cite Maddock, le célèbre fleuriste ; Groom, son successeur ; Davey, de Chelsea, l’un des obtenteurs les plus heureux, à qui l'on dut la Mignardise à {leur de rose ; Bow, de Broughton, amateur qui utilisa ses loisirs à semer et obtint des variétés qui, pour un temps, éclipsèrent les autres ; Falkner, dont la AL Duke o/ Saint-Albans, à bordure rose, fut longtemps célèbre ; puis Hogg, Tyso, Field, Willmer, Barlow, Hodge, Young, Wilmore, etc., qui firent successivement acquérir à la Mignardise les qualités qui en firent une fleur des plus populaires. Il est à remarquer que c’est surtout dans le Nord que cette culture atteignit son apogée, et c’est de là que les amateurs du sud de l’Angleterre faisaient venir les va-

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riétés qui enrichissaient leurs collections, par l’entremise d'un nommé Thomas, qui y fit fortune.

Cette fleur était alors tellement recherchée que les sociétés de fleuristes tenaient annuellement des expositions spéciales de Mignardises, et dans certaines villes, il y en avait même plusieurs.

Dans la seconde moitié du XIX e siècle, ce furent entre autres Fellowes, Haie, Kirtland, le docteur MacJean ^de Colchester), Keynes, Lookes, Turner (de Slough), qui conti rmèrent d’améliorer la Mignardise ; le dernier surtout obtint de fort jolies plantes, au moyen de croisements entre les Œillets des fleuristes et les Mignardises, tenant leurs belles fleurs des premiers et leur port nain des secondes, puis quand la mode s’en détacha, Turner ne continua pas moins d’en entretenir une remarquable collection.

Suivant leur origine, les variétés se présentaient sous deux formes ; les semeurs du Nord préféraient les fleurs présentant seulement de 15 à 20 pétales, tandis que les semeurs du Sud s’attachaient aux grosses fleurs bien doubles ; ces plantes passèrent dans les jardins au continent, les premières sous le nom de Mignardises d'Ecosse et les secondes sous celui de Mignardises anglaises.

Vers 1825, Vibert et Mouchelet (de St-Denis), et Lhote (de Paris) importèrent en France quelques-unes de ces variétés anglaises à belles et grandes fleurs qui venaient d’y être obtenues, mais il ne paraît pas qu’elles remplacèrent dans les jardins les- Mignardises à pétales laciniés, blancs, roses, rouges de différentes nuances, plus ou moins marbrées qui, si elles étaient peu variées en couleurs, fleurissaient abondamment et étaient fort rustiques si l’on en excepte la M. double blanche et quelques variétés couronnées ; on cultiva bien les M. anglaises et les M. d’Ecosse, mais avec beaucoup moins de goût qu’en Angleterre.

En 1872, Alégatière (de Lyon) obtint du croisement de Mignardises et d’Œillets des fleuristes des plantes dont les fleurs n’étaient pas très grandes, mais à coloris très variés. C’est aussi à lui que l’on dut la création de la Mignardise remontante , bien que Miller, en 1758, ait signalé la M. de

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Bat [Bat's Pink ), qui fleurissait de nouveau en automne ; mais depuis, dans ce genre, rien n’avait été signalé. Cette première variété de moyenne grandeur, très odorante, à pétales laciniés, rose lilas, qui descendait d’une Mignardise à fleurs blanches et d’un Œillet tige de fer, parut en 1881 et fut le point de départ de nombreuses variétés à port ramifié, trapu, donnant presque continuellement des fleurs de coloris variés et fort différente du type, la M. à fleur rouge violacé.

Une plante à remarquer parmi les obtentions d’Alôgatière est la M. remontante Cyclope , que Vilmorin répandit en 1891 ; elle se propage facilement de semis et se distingue par ses grandes fleurs simples présentant des coloris depuis le blanc rosé jusqu ou rouge plus ou moins cuivré et largement taché rouge sang au centre.

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