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IV. L’Œillet en Angleterre jusqu’au XIX* siècle

Au XVII* siècle, l’Œillet était aussi recherché en Angleterre ; c’était une des Heurs favorites de la reine Henriette de France, épouse du roi Charles 1 er ; John Parkinson « herbalist » de ce roi, en 1629, dans son Garden of Pleasant Flowers, tout en constatant que leur nombre est plus grand, n’en décrit que 49 variétés, qu’il classe en Carnations « qui sont les plus grandes sortes en fleurs et en feuilles » et en gillyflowers qui « sont plus petites sons ces deux rapports. Une des sortes les plus estimées était le Grand Œillet de ïlarwich , où d 'Angleterre (old englih Carnation) ; un Œillet à fleur jaune est aussi cité comme méritant. Parkinson fait connaître les noms de quelques fleuristes, ses contemporains, qui cultivaient et semaient l’Œillet : maître Bradshavv à qui Ton devait la variété dainly Lady , à petites fleurs, mais très distincte ; John Wittie, qui avait obtenu le great tawny Gillyflower, à très grande fleur bronzé ; le plus connu était maître Ralph Tuggy, de Westminster, qui voyait citer parmi ses gains Privtcess , la plus grande fleur connue et qui ne déchirait pas le calice, et la rose Gillyllower, à petite fleur rose rouge, remarquable surtout par ses pétales arrondis, sans aucune dentelure sur le bord. Un certain nombre de ces variétés devaient provenir des jardins français à en juger par leurs noms, the Hnlot, the Granado, the Cambre sine.

Pendant la période troublée de la fin du règne de Charles I ,r et de la République, l’Œillet fut négligé et beaucoup de variétés disparurent des jardins, ainsi que le constate !ohn Rea, dans sa Flora ou Complété Florilège , paru en 1665. Quand le calme fut revenu, on les remplaça par des variétés venant de Hollande, au témoignage de Rea qui dit avoir connu plus de cent variétés nommées à fleurs doubles, belles et grandes de ces « fleurs hollandaises » et leur succès fut rapide, car en 1702, dans une nouvelle édition du livre de Rea, on voit énumérer 360 belles variétés d’Œillets, mais qui avaient le défaut d’être moins rustiques que celles que l’on cultivait autrefois.

Én 1702, Rea divise déjà les Œillets en trois classes : les

L’ŒLLUvT

Flakes (flambés) présantant deux couleurs en larges bandes longitudinales ; les Bizarres qui avaient trois ou quatre différentes couleurs sous forme de stries ou de taches irrégulières ; les Picotées (Piquetés} qui avaient le fond toujours blanc taché — poudré comme Von disait — de pourpre, d'écarlate, de rouge et autres nuances. Plus tard on y joignit deux variétés qui se rapprochaient beaucoup des précédentes et fleurissaient à la même époque, en juillet ; c’était l’Œ. Pain lcd Lady (OH. Bichon des Français) à pétales ronges ou pourprés en-dessus et blanc en-dessous et TCR. Old Man’s Head (OH. Tête de Vieillard ) à fleurs pourpres fort souvent tachées et striées de blanc.

On connaissait un grand nombre de variétés. Les Flakes furent d’abord recherchées, elles venaient de Hollande ; puis ce fut les Picotées , que l’on estimait d’autant plus que leurs Heurs étaient plus volumineuses, malgré qu’elles fussent sujettes à crever et à s’épanouir irrégulièrement ; mais au milieu de XVIII e siècle, on les délaissa et les Flakes revinrent à Ja mode ; on aimait les fleurs régulières à coloris brillants, bien tranchés, ayant naturellement une belle forme se rapprochant de la Rose ; on paya un prix élevé pour d’anciennes variétés et pour des nouvelles qu’on introduisit de France en grand nombre ; on reprochait à ces derniers de dégénérer et dans l’espace de quelques années de ne plus donner que des Heurs de nuances uniformes, mais étant plus délicates que les variétés obtenues en Angleterre, elles perdirent leur faveur et furent remplacées par des variétés d’origine anglaise, dont un certain nombre, d’après des peintures de l'époque, possédaient déjà toutes les qualités que l’on exigea des fleurs plus modernes.

On demandait aux Œillets d’avoir leur tiges droites présentant bien les fleurs ; celles-ci devaient s’épanouir facilement, avoir assez de pétales pour que le centre soit élevé, de plus, leur pourtour devait être arrondi ; on voulait les pétales grands, fermes montrant des nuances vives également distribuées sur tonte la fleur.

La mode de culture se rapprochait sensiblement de celui

L’Œir.LET

employé en France : comme sol, on employait un mélange tamisé de terre de prc et de fumier de vache bien consommé ou de terreau de fumier de cheval, plus un peu de sable blanc ; on conservait ce mélange en tas pendant un certain temps tout en le remuant pour le bien ameublir ; on marcottait en juin et juillet ; comme on élevait les Œillets en pots, soit à l’automne (ce qui était le meilleur), soit au printemps, on levait les marcottes en ménageant bien la motte et on les rempotait par deux dans des pots bien drainés, d’environ 22 centimètres de diamètre où ils devaient fleurir ; l’hiver on les préservait du froid et de T humidité ; pour arroser, on employait l’eau pure exposée à l’air ; on luteurait les tiges quand elles grandissaient et, pendant l’été on disposait les pots sur des gradins exposés au sud-est et que l’on garantissait du grand soleil.

Pour l’obtention des variétés nouvelles, on employait le semis, et on avait remarqué que les pieds cultivés en pleine terre donnaient de meilleures graines que les plantes élevées en pots.

On savait aussi habiller les Œillets crevards el corriger ce que la nature produisait d’imparfait ; on enlevait des pétales inutiles ou qui avaient des défauts ; on disposait convenablement ceux qui se présentaient mal. Un certain Christophe Nunn, d’Enüeld, dans le Middlessex, fut célèbre dans cet art ; c’était un bon vivant, barbier friseur de sa profession et aussi amateur de Heurs, qui arrangeait également bien la tête de ses clients et les fleurs d’un Œillet ; il apportait h ce travail une habileté et une délicatesse dont bien peu ont approché.

Ces Heurs apprêtées étaient surtout destinées à concourir aux expositions des sociétés provinciales de fleuristes, qui se fondèrent à la fin du XVIII e siècle pour encourager la culture et l’amélioration d’un petit nombre de fleurs dont l'Œillet faisait partie.

l’œillet

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