‹ Tesnier, François: L'Oeillet, 1908Chapitre 5 sur 12 · V. L’Œillet dans les Pays-Bas ; l’Œillet flamand · texte numérisé non relu

V. L’Œillet dans les Pays-Bas ; l’Œillet flamand

L’Œillet fut aussi connu cle bonne heure dans les Pays- Bas, car au XV e siècle, on voit des portraits des princes de la Maison de Bourgogne, où ils étaient représentés un Œillet à la main, entr’ autres celui de Philippe-le-Bon, à Bruges. Au siècle suivant, il est mentionné par le botaniste malinois Dodoëns et on a vu qu’en 1567, des variétés d’Œillets avaient été introduites de Hollande en Angleterre ; si l’on considère les progrès accomplis dans la culture, dès cette époque, en Hollande et en Flandre, on peut croire que l’Œillet y était déjà l’objet d’une grande prédilection et que sa culture avait déjà progressé dans ces pays, quoique l’on n’ait de documents précis sur ce sujet qu’au XVII' siècle.

Crispin du Pas, graveur et dessinateur, a laissé dans son œuvre un Hortus ilondus , paru à Arnheim, en 1614, où il figure trois variétés, blanche, rouge sang, blanche tachée et pointillée de rouge, à fleurs assez grandes, pleines et à pétales dentelés. En 1621, on voit dans le Floynlegium de Sweert, neuf variétés d’Œillets, dont quatre de nuance uniforme, puis une variété à fond rouge pointillé et pourpre et quatre variétés à fond blanc — finement strié de rouge — ligné de cramoisi — ligné et pointillé de rouge — flammé de rouge ; ces fleurs quelquefois larges, irrégulières étaient à pétales dentelés.

Henri Munting, qui avait un beau jardin à Groninguc, dans son Iiorîus universariœ paru en 1646, parle des Œillets cultivés dans les différents pays d’Europe: Hollande, France, Allemagne, Italie, et l’on apprend que grâce aux soins des amateurs, le nombre des variétés a considérablement augmenté dans les années suivantes, ce qui correspond à l’assertion de Rea qui, en 1665, vit à Londres de très belles variétés d’Œillets de Hollande. Le jardinier du Prince d’Orange, J. Van der Groen, en 1669, dans son Jardiner hollandais , dit que l’on possède beaucoup de variétés grandes et petites, mais que leur grand nombre l’empêche de les nommer ; ils étaient fort différents en couleur, et les plus gros, qui ne crevaient pas, étaient les plus estimés.

L ŒILLET

L’Œillet tenait alors le premier rang parmi les fleurs ; on le rencontrait partout : dans les jardins des monastères, dans les luxueux parterres de la bourgeoisie, dans les modestes jardinets ou même sur les fenêtres des journaliers, et partout il charmait les loisirs de son possesseur et le récompensait largement de ses soins par la beauté, les nuances brillantes et Je parfum de ses fleurs.

Aussi est-ce dans ce milieu que l'Œillet subit une dernière métamorphose ; jusque là toutes ces variétés appartenaient à ce que l’on appelle maintenant l’Œillet de fantaisie à pétales dentelés ; on avait bien vu le H ose Gilli(lower cité par Parkinson, à petites fleurs roses dont les pétales étaient entiers, et un amateur du midi de la r rance, le père d’Ardène, avait obtenu et cultivé une variété similaire rose à pétales également entiers, mais la conquête définitive de VŒalet flamand était réservée aux fleuristes des Flandres.

Cette race était caractérisée par sa fleur moyenne double, dont les pétales extérieurs étaient larges, relevés, recourbés en dedans, ceux du centre étaient plus petits, mais tous arrondis et sans aucune dentelure ; quelques variétés étalent unicoJores, mais le plus souvent la couleur du fond était le blanc pur, plus ou moins largement, mais toujours distinctement rubané de rose, de violet, de gris de lin, des diverses nuances du rouge.

Les Œillets flamands ou d’amateurs eurent une grande popularité et à une certaine époque ils furent exclusivement cultivés par les amateurs, non seulement dans leur pays d’origine mais aussi à l’étranger. On peut croire que cet Oeillet avait, acquis toutes ses qualités au commencement du XVIII* siècle et cela, si l’on s’en rapporte aux peintres de fleurs de l’école hollandaise, car on constate que J. David de Heem, mort en 1674, représente des Œillets à pétales dentelés, cependant que Jean Van Huysum, né en 1682, montre dans un de ses tableaux un Œillet flamand parfaitement caractérisé.

Dans le pays de Liège, dès le XVI e siècle, non seulement les bourgeois, mais les chanoines du prince-évêque culti-

PŒILLET

vaient passionnément les Œillets et ce goût descendit dans les classes inférieures du pays, surtout chez les houilleurs. On y produisit une race spéciale, F Œillet de Liège , qui ressemblait à l’Œillet flamand, mais avec seulement 8 à 9 pétales larges, hien étales, d’un tissu très ferme, disposés sur deux rangs, avec une boucle au centre, c’est-à-dire un pétale plus ou moins parfait ; la couleur était blanche lamée de diverses nuances bien distinctes et bien définies

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