‹ Tesnier, François: L'Oeillet, 1908Chapitre 6 sur 12 · VI. L’Œillet au XIX* siècle · texte numérisé non relu

VI. L’Œillet au XIX* siècle

En France, l’Œillet comme d’autres fleurs fut négligé à l’apparition des nouvelles plantes exotiques, et si la sévérité montrée dans l’appréciation des qualités jugées nécessaires à un bel Œillet, avait contribué à former des collections d’élite, elle fut aussi la cause du discrédit qui les atteignit et fit diminuer le nombre des amateurs. Par contre, quelques variétés populaires continuèrent d’être estimées et grandement cultivées, tel YŒ. Soyer à fleur panachée rouge feu qui avait été obtenue par Soyer, un fleuriste parisien.

Néanmoins la tradition fut maintenue par un fleuriste, Simon Dubos et un amateur, Fries-Morel. Ce dernier, ancien officier de cavalerie, avait remarqué pendant ses campagnes en Allemagne, de curieuses variétés d’Œillets à fond jaune ; à son retour, il en fit venir de Saxe qu’il cultiva, conjointement avec des Œillets à fond blanc dans son jardin des Ternes, près de Paris. Il améliora beaucoup ces deux races par le semis ; au moyen de la fécondation croisée, il obtint des nuances belles, originales, une forme plus régulière, et, dès 1825, on citait la remarquable collection qu’il avait formée.

Simon Dubos, vers 1808, fonda l’établissement de Pierrefitte où, pendant trois quarts de siècle, trois générations Simon Dubos, Dubos aîné, Gauthier-Dubos poursuivirent la culture et l’amélioration de l’Œillet sous toutes ses formes. C’est là que l’on trouvait, au milieu du XIX* siècle, la collection marchande la plus belle et la plus étendue atteignant 1500 variétés flamandes, fantaisies à fond blanc, fantaisies

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allemandes à fond jaune, avranchains, bichons, sablés ; elle consistait non seulement en belles variétés du commerce provenant des Flandres et de Normandie, mais pour le plus grand nombre en variétés obtenues à PierrefiUe — annuellement on y cultivait de 10 à 20.000 semis provenant de graines récoltées sur les variétés d’élite, — où l’amélioration dans les Œillets de fantaisie s’affirmait d’année en année, réduisant les dentelures des pétales qui s’arrondissaient, formant une fleur plus pleine et plus régulière, ainsi que dans les couleurs où se trouvèrent des nuances et des panachures nouvelles, inattendues, tels ces fonds jaunes et orangés, striés et lamés écarlate, marron, lavande et autres coloris qui émerveillèrent les spécialistes anglais qui les virent à Paris, en 1856. Et quand la mode délaissa de nouveau les Œillets, c’est encore à Picrrefitte qu’on les trouva choyés comme dans leur bon temps.

La première moitié du XIX" siècle vit aussi d’autres « œil- Ietistes » dont les collections, dues à des acquisitions et à leurs semis personnels, disparurent avec leurs auteurs.

Ragonot-Godefroy avait réuni dans son jardin de l’avenue Marbeuf, à Paris, une collection étendue et fort variée, remarquable par l’éclectisme qui avait présidé à son choix, où se trouvaient réunies depuis les variétés classiques jusqu’à celles à teintes uniformes, ou diversement sablées, piquetées, qui se distinguaient par la belle forme de la ileur, par la beauté ou la nouveauté des nuances ou par l’effet ornemental qu’elles produisaient.

Un autre fleuriste parisien, Tripet-Leblanc, cultivait dans son établissement de l’avenue de Breteuil, une collection d’Œillets par noms et couleurs citée comme l’une des plus riches et des plus nombreuses de ce temps ; il avait visité la Hollande, la Belgique, l’Angleterre, afin de rapporter ce que les semeurs de ces pays avaient produit de belles variétés.

A Paris, on citait encore comme amateurs 1? baron de Ponsort, Héricart de Thury, et comme cultivateurs Barbot, Pelé, Jacquin, Pascal Chevet, etc. Hippolytc Duval- de Mont-

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morency, Dezobry, de Groslay, étaient aussi connus comme des semeurs heureux. En Normandie, on citait Ch. Delà* marre, de Bayeux, Tougard, de Rouen ; à Avranches, c’é- [aient Bataille, et surtout Baudrv et Hamel, dont les gains eurent de la célébrité et qui furent des derniers qui collectionnèrent l’Œillet.

Ces variétés gagnées en France, les Œillets de fantaisie à fond blanc apportés d’Angleterre, les Œillets jaunes, d’abord rares et peu apparents qui, sur un fond de différents jaunes s’étaient de plus en plus lignés, lamés, piquetés, bordes de cramoisi, de rose, de violet, de pourpre, etc., et qui étaient plus particulièrement recherchés dans l’Est de la France et en Allemagne, donnèrent du renouveau à l’Œillet, surtout quand les amateurs moins exclusifs, acceptèrent toutes les belles variétés, quelle qu’en fut la facture, mais l’introduction de plantes exotiques et surtout l’apparition de variétés nouvelles dans d’autres genres de fleurs reléguèrent de nouveau l’Œillet des fleuristes au second plan.

Pendant la dernière décade du XIX 9 siècle, dans la banlieue de Paris ainsi qu’à Cannes et quelques autres localités voisines, on produisit des variétés d’Œillets utilisées dans la confection des bouquets ou à l’ornement des habitations ; on s’attacha à la production de grosses fleurs, comme au temps passé, par l’éboutonnement, mais là aussi il y eût progrès, quelques variétés donnant de grosses fleurs régulières sans être encartées.

Les Œillets nains ou OE. de Verviers sont une production belge du commencement du XIX e siècle ; c’est une race dont les nombreuses tiges de 0.15 de hauteur portent un grand nombre de fleurs odorantes, plus petites que dans le type et le plus souvent rose, pourpre, amaranthe, rouge, blanche et striées, mais rarement jaune. C’est dans la région de Verviers et de Spa que cette race a pris naissance et que l’on produisit chaque année de belles variétés, d’abord dans les Œillets de fantaisie, puis dans les Œillets flamands ; cependant comme ces variétés retournaient facilement au type de grande taille, on peut croire que cette race devait

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surtout ses qualités naines à la localité. Les Verviétois, surtout les ouvriers des fabriques de drap, excellaient dans cette culture ; ils employaient des pots, un sol, des engrais appropriés spécialement à ces plantes et voyaient leurs soins récompensés par la production de potées, qui à rage de trois ans, portaient jusqu’à 180 fleurs, et cette culture s’est prolongée longtemps. En Belgique aussi, les plantes étrangères d’introduction récente ainsi que leurs variétés supplantèrent les Œillets ; et bien que pendant un certain temps l’on eût continué d’obtenir dans les Œillets flamands et de fantaisie des plantes fort méritantes, ces collections, qui au siècle précédent étaient soignées avec tant d’amour, disparurent progressivement et dès 1860 ne se rencontraient plus que rarement et chez quelques vieux amateurs.

En Angleterre, sous ses formes Carnation et Picotee, l’Œillet des fleuristes fut toujours estimé. On suivait pour sa culture les principes enseignes par deux maîtres de l'époque ; James Maddock, fleuriste à Walworth, mort en 1806, qui avait publié en 1792, le Florist's Direclory , où un chapitre important était consacré à l’Œillet ; puis Thomas Ilogg, maître d’école à Paddington Green, près de Londres, qui fit paraître en 1812, un Traité pratique sur la culture de l’Œü* let ; ce furent longtemps deux ouvrages classiques.

En 1812, Thomas Hogg avait réuni une collection nombreuse de Carnations et de Picolees , « la plus belle du monde », et dont les prix variaient de 2 à 60 schellings suivant la variété ; il l’augmenta par la suite de belles variétés de son obtention et il confesse qu’à cette époque, un fleuriste n’obtenait dans toute sa vie qu’un nombre restreint de bonnes variétés.

Par la suite, de nombreux fleuristes s’adonnèrent successivement à la production de variétés qui, à leur tour, passèrent sur le continent sous le nom d’Œillets de fantaisie anglais. Le goût que les classes aisées montraient alors pour l’Œillet fut aussi un puissant stimulant pour ces semeurs dont c’est justice de mentionner les noms les plus connus : Benjamin Ely, qui, de 1811 à 1842, résida successivement à

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Cn, 1*1 ton et à Rolliwell Haigh, près de Leeds, était forgeron de son état et amateur d’Œillets ; la célébrité atteinte par ses obtentions le décidèrent en 1830 a se consacrer entièrement à cette culture ; Cheese ; Richard Pigott, de Cheltenham ; Pitman ; Willmer, qui sema pendant plus de vingt ans : Cartwright ; le révérend Tyso, de Wallingford ; Fletcher, de Bradford, l’un des plus connus : Richard Headly, amateur de Stapleford, près de Cambridge, qui pendant près d’un demi-siècle obtint des variétés très populaires mais ne se fit connaître qu’en 1841 après dix ans d’efforts ; Perchas ; Haynes, de Tipton ; Sharp ; Easom ; E. S. Dodwell, dont les premières variétés parurent en 1844* ; Ward, de Woolwich ; Slater, de Cheetenham ; Youell, de Yarmoulh ; Huxley ; George Edmonds, amateur de Brooksland ; May ; Kirtland, de Bletchington, etc.

Les artisans de Nottingham, York, Derby, Leicester et autres centres manufacturiers du Nord concoururent aussi à cette amélioration par leurs nombreux semis qui produisaient annuellement quelques bonnes variétés.

Quand ces semeurs de la première moitié du siècle moururent ou prirent du repos, il y eût un moment d’arrêt dans la production des variétés nouvelles, et presque seul, Charles Turner, de Sîough obtint quelques variétés et répandit les rares nouveautés qui parurent.

Au commencement du XIX* siècle, les Œillets nains de Belgique furent introduits par lady Whitshed qui les conserva jusque vers 1820 ; mais la difficulté de leur multiplication les empêcha de se propager. (

Une mention spéciale est nécessaire pour le Picotee , ce descendant de l’ancien CE. piqueté, qui a été si grandement transformé en Angleterre. Des variétés striées surtout dans les fonds jaunes qui étaient cultivées en Allemagne, en Suisse, en Italie, en France, à Lyon furent importées, et vers 1826, mistress Bewick fit venir de Bruxelles, non sans difficulté, quelques variétés dont les pétales étaient non plus striés, mais frangés sur le bord d’une couleur différente du fond ; cette forme fut grandement améliorée et vers 1840

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avait atteint son plus haut point et montrait des fondsblancs ou jaunes légèrement bordés ou piquetés d’une couleur plus foncée. Alors, on chercha à obtenir des variétés dont les pétales seraient simplement bordés d’un filet plus ou moins large. Turner, de Slough, fut l’un des principaux artisans de cette transformation ; dès 1859, il présenta deslleurs grandes, régulières, a pétales plats, bien arrondis et très nettement bordés d’une couleur bien tranchée rouge, rose, écarlate. Plus lard, B. Simonite, de Sheffield et Perlons, de Lcamington, améliorèrent beaucoup les nuance dos Picoétes à fond jaune, seulement ces plantes étaient délicates et ce ne lut qu’en 1880 que Ch. Turner en fit connaî Ire des variétés plus rustiques.

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