VII. L’Œillet remontant ; l’Œillet tige de fer
Il manquait à l’Œillet la qualité de prolonger sa floraison : c’est en France, à Lyon, qu’on devait lui faire accomplir ce dernier progrès : obtenir une race qui fleurirait Phiver, en ayant seulement le soin de la mettre à l’abri des gelées. Déjà les fleuristes parisiens cultivaient en grand pour leur floraison hivernale, quelques variétés ayant une tendance à remonter, comme YŒ. Saint-Joseph et deux Œillets à fleurs rouge grenat, Pune foncée, l’autre claire. On voyait aussi quelques variétés remonter accidentellement et même quelques Œillets de fantaisie remonter fréquemment ; mais, ce n’est que dans le midi de la France, qu'il existait des variétés rapportées à P Œillet en arbre (Dianthus lignosus), telles que VŒ. de Mahon blanc , YŒ. rose de Gênes, V(E. Saint- Antoine , à fleurs rouge violacé qui remontaient facilement ; ces plantes durent être introduites vers 1820, dans la régionlyonnaise où elles furent cultivées en même temps que quelques autres variétés non dénommées. C’est seulement en 1847 que cette race fut fixée et que Etienne Armand, horticulteur à Ecully-les-Lyon, fit connaître une série de variétés, fleurissant à l’extrémité de la première tige, puis successivement sur les rameaux secondaires, donnant des fleurs à pétales arrondis ou finement crénelés, ornées des teintes les
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plus variées, rouge, brun, jaune, pourpre etdes fonds blancs plus ou moins striés de feu, de rose, de carmin.
Ces plantes étaient dues à Dalmais, le jardinier d’un amateur lyonnais bien connu, Laeène. Sur l’origine de ces nouveaux venus, Seringe, professeur de botanique à la Faculté de Lyon, dans sa Flore des Jardins et des grandes cultuies , en 1849, dit : En 1835, Dalmais remarquait dans ses cultures, un Œillet ponctué qui fleurissait continuellement et qu’il attribuait au croisement d’un OE. Saint-Antoine et d’un Œillet grenadin ; il en obtint quelques graines. Les individus qui en naquirent furent eux-mêmes, en 1842, la source de 15 ou 20 variations remontantes ou à floraison continue qui en 1843 donnèrent des graines. Celles-ci produisirent de 25 à 30 variations en violet et en rouge foncé ; en 1844, elles ont donné de graines, des variations nuancées. En 1845, Dalmais fit un nouveau semis d’environ 300 de ces graines ; toutes ont produit des Œillets à floraison continue: Des boutons se montrèrent en octobre et c’est de là que provinrent les élégantes variations qui ont paru depuis à toutes les expositions de la Société d'horticulture pratique du Rhône.
D’après d’autres contemporains comme J. Sisley, le premier Œillet remontant provenait de la fécondation de YOE. de Mahon (appelé aussi OE. de la Saint-Martin , parce qu'il fleurissait régulièrement à la mi-novembre) par un OE. bichon ou Œ. des Dames qui avait donné en 1844, la variété Atime, à grandes fleurs pleines, blanc ligné et strié de rouge vif ; Alime fut croisé avec des Œillets flamands et de fantaisie et les graines produisirent en 1846, les variétés Belle Zora , Mme Laeène, le Gange, etc., aux coloris bien différences, Alime avait même donné naissance à un sport Jupiter , à fleurs entièrement rouges. Schmitt, de Vaise, fut de suite l’émule de Dalmais et obtint entr’autres belles variétés Arc-en-Ciel, Etoile Polaire qui furent cultivées longtemps, mais en 1S50, il abandonna cette culture par suite d’une affection qui détruisait ses plantes. Parmi les autres cultivateurs d’Œillets de Lyon, on citait J. M. Boucharlat, Chinard (de la Croix-Rousse), Nardy (de Monplaisir), Ruitton (de Cuire), Alégatière (de Monplaisir).
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Dans le meme temps, on vit paraître à Marseille des Œillets remontants qtie Ton devait aux soins d’un amateur, Tardif, de Ferrand et surtout de Baptistin Clary qui gagna une race vigoureuse, florifère et plus basse que la race lyonnaise. A Paris, quand Armand présenta ses variétés remontantes sous le nom d 'Œillets perpétuels , on se montra sceptique ; il fallut les voir fleurir, en 1849, dans le jardin d’un amateur, M. de Bugny, pour les apprécier à leur juste valeur, et parmi les premiers fleuristes parisiens qui se signalèrent dans cette culture on citait Honteux, K. Verdier. On peut voir les rapides progrès accomplis i r r cette race en constatant qu’en 1854, on possédait environ 200 variétés.
Alphonse Alégatière se signala surtout dans l’amélioratien de l’Œillet remontant ; au moyen de fécondations croisées, il lui fit faire des progrès considérables. Il remplaça l’ancienne ferme à tiges longues, flexueuses, peu feuillues par une forme plus basse, ne dépassant pas 0.35 à 0.40, plus florifère, l’OE. remontant nain qu’iJ obtint en 1852 et dont la première variété parût en 1854 ; c’était T GE. Mme Alégatière , à fleurs rose clair, qui fut bientôt suivi d’un grand nombre d’autres qui se montrèrent aussi riches en nuances variées que le type élevé et que l’on dût en grande partie à Alégatière et à Boucharlat.
Alégatière gagna ensuite l’GE. remontant tige de 1er caractérisé par la rigidité de ses tiges florales, érigées, hautes de 0.25 à 0.30, avec des fleurs se rapprochant de celles de l 1 ’Œillet flamand et sortant d’un croisement de l’OE. remontant nain avec VŒ. F Ion ; les quatres premières variétés Jean Sistcu, rouge écarlate, Charles Darv.nn , pourpre noir ; Joséphine Genero-Gola , blanc à peine rosé ; William Bull , pou eeau très vif strié cramoisi parurent en 1866. Par suite des évènements de 1870, on put craindre que cette race ne fut perdue, quand en 1878, on retrouva la variété William Bull chez Gueuret, horticulteur de Levallois-Pcrret, qui Tannée suivante en eût un accident à fleur rouge sang à reflet violacé qui fût fixé sous le nom de Madame Gueuret . A la même éfo-
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que, Blanchot, de Villeurbane-Lyon faisait connaître un ^aia à tiges raides qu’il avait trouvé dans un semis d’Œiilet de fantaisie et qui au témoignage d’Alégatière « ne ressemble exactement a aucune des variétés qu’il a vendu, mais les remplacent avantageusement ». Cette variété nommée Espoir avait des lleurs camées fortement striées et quelquefois largement rubanées de rouge, et donna l'année suivante, un accident à fleurs entièrement rouges ainsi que plusieurs variétés obtenues de semis. La même année, Laurent Carie, de Monpîaisir, obtenait un Œillet dont les fleurs ressemblaient à l’ancienne variété Atime, avec les caractères végétatifs de 1 Œillet tige de fer. Depuis les fleurs de cette forme ont beaucoup variées et se sont bien améliorées sous tous les rapports par les soins des horticulteurs de la région lyonnaise.
Une autre forme d’CEillet remontant, VŒ. Chausson qui donnait successivement des tiges florifères provenant de la souche fut obtenue à Lyon, par Commarmont, en 1868, suivant les uns, mais tien antérieurement suivant les autres.
Les Œillets remontants nains ont été recherchés en Italie, en Allemagne, en Angleterre et dans ce dernier pays, vers 1880, de jolies variétés furent obtenues notamment par E. G. llenderson et Ch. Turner. Cette culture s’est aussi beaucoup développée à Nice, à Carmes et localités voisines, où les fleuristes ont obtenu des variétés aussi belles que les plantes lyonnaises.
C’est dans le Midi qu’ont pris naissance quelques races d’Œillets remontants surtout cultivés en potées et comme plantes à massifs, tels YOE. Marguerite qui forme des touffes dressées, ramifiées, atteignant jusqu’à 0.40 de hauteur, portant de nombreuses Heurs, grandes, plus ou moins pleines, h pétales dentelés, dont les couleurs varient du blanc pur au rouge violet dans toutes leurs nuances, ayant le défaut de peu durer, mais se succédant rapidement. On n’est pas bien fixé sur son origine ; Dammann, de Naples, qui a répandu les graines, dit l’avoir trouvé en Sicile, vers 1882, seulement les fleuristes de Nice et localités voisines prétendent l’avoir cultivé depuis longtemps et en avoir propagé un certain
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nombre au moyen cle boutures. Quoiqu'il en soit, l’ÜE. Marguerite est devenu rapidement populaire, grâce à ses qualités et à la facilité de sa reproduction par graines qui l’a fait varier considérablement.
UOE. Guillaud , du nom de son obtenteur, Guillaud, de Nice, descend des Œillets lyonnais et parut en 1891 ; comme VOE. Marguerite , il fleurit beaucoup, mais ses fleurs ont plus de durée et présentent en plus les coloris jaunes. Une autre race due à Ctiabaud, du Jardin de la Marine, à Toulon est VOE. perpétuel qui fut répandu en 1894, par Vilmorin ; il provient du croisement d’un Œillet connu dans le pays sous le nom d’« Œillet en arbre » par l’Œillet remontant, ce qui donna des plantes qui, fécondées à leur tour par l’Œillet tige de fer produisirent en 1892 des plantes à tiges érigées, robustes, régulières, fleurissant environ six mois après le semis ; trois ans après, on vit paraître les premières variations à fleurs très grandes, atteignant naturellement 0.05 de diamètre comme Marie Chabaud, Jeanne Dionis et en 1898. VOE. perpétuel nain compact , dont les noms disent les qualités.