‹ TestamentChapitre 10 sur 42 · AT · texte numérisé non relu

AT

Je n'accuse ni Locke ni Condillae d'^avoir été matérialistes et athées » mais je crois qu'on peut dire de l'un et de l'autre de ces métaphysiciens, qu'ils ont été inconséquents , qu'ils ont fait semblant de ne pas voir les résultats funestes de leur doctrine^ lors même qu'ils se produisaient sous leurs yeux.

Je voudrais une haute prévoyance , une grande puissance de cœur à ces hommes de méditation qui peuvent s'élever à cette hauteur de génie d'où l'on donne des lois aux esprits les plus éclairés de plusieurs nations et de plusieurs siècles» Les législateurs commandent aux peujJ^, les philosophes commandent aux législateurs. Que restait-il au bout de deux ou trois ^ècles de l'empire d'Alexandre? L'empire de son précepteur ArUtote dure encore aujourd'hui. S'il n'est plus absolu, tjrannique, ainsi que les savants arabes l'avaient légué aux philosophes scolastiques , il jouit encore d'^u^^grande autorité parmi les politiques, les naturalistes, les hommes de goût et les 9ioi*alistes. Le destin de son maître Platon a été encore plus glorieux ; peut-on nier son influence sur le plus grand événement du monde, rétablissement du christianisme, lorsque les Pères de l'Église l'ont reconnue ?

mmxiiHB EXCURSION comrRB us matérui. i3l

Les matérialistes croient fidèlement aux métamorphoses de la sensation» c'est comme s'ils les avaient Tues. Rien ne leur paraît plus plai^ sont que de voir comment la sensation , essen-^ tîellement passive dans tout son cours ^ s'avise de se croire active et libre dans les actes de la volonté. Continuons à répéter leur catéchisme en y mêlant un très -court commentaire : Tout ce qui est dans Véntendement y est entré par la sensation; et comme Leibnitz leur a fait, la pe^ tite objection qu'il convient du moins d'en ex^ cepter l'entendement même, ils répondent en toute confiance que l'entendement lui-même est le produit de la sensation. Juger c'est sentir; Nevrton a senti son système du monde ; quoi de plus évident? Il a vu une pomme tomber à terre , et tout son système s'est arrangé dans son cerveau à la suite de cette sensation . De la sensibilité physique^ combinée avec l'intérêt personnel , bien entendu , dérivent toutes les vertus. Ainsi Socrate, Régulus, Caton , Louis IX, Ârrie, mademoiselle de Sombreuil entendaient à mer-^ veille leur intérêt personnel, et leur sensibilité physique était fort délicate. Rien n'existe hors du monde phfsiquCy Vâme est une chimère, car est-il possible d0 concevoir la pensée sans ét^n^î

132 CHAnTRB YI.

due? nous répondrons précisément qu'il esl impossible de la concevoir avec Tétendue^ Cest la superstition qui a créé les êtres spirituels. Ainsi rien n'était plus superstitieux que Platon^ Descartes et Leibnitz. Les hommes n^ obtiendront de liberté re^ ligieuse, cii^ile et politique, que lorsqu'ils auront cessé de croire à leur liberté morale. Le commentaire de cette maxime a depuis été fait par la conyention nationale aidée de la commune de Paris. Il faut nanger dans ta catégorie des fourbes et des tyrans, ou tout au moins des vi^ sionnaires, ceux qui pensent que F homme est libre et peut mériter des peines et des récompenses dans un autre séjour; le comméntairie se fait ici facilement. Galigula , qui sans doute ne croyait pas à la liberté de l'homme , ni à des peines dans un autre séjour, n'était, dii moins sous ce rapport, ni fourbe, ni tyran, ni yisionnàire: Ce^ épithètes conviennent à Saint-^Louis.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que ces philosophes , si fort appuyés sur le monde matériel , ne paraissent janlais s'être occupés du premier et grand problème de la philosophie, c'est-à-dire du genre de représentation des objets extérieurs que nous pouvons avoir dans notre cerveau ; car, avec eux , il faut bien se garder de prononcer les

DBUXIBHB SXGUBnOlf OQNTn LBS MATÉRIAL. i 33

iDOte d'âme et d'esprit. Ces représentations sontelles conformes anx objets qu'elles doivent reproduire? Sont -elles des corpuscules^ de petits miroirs qui s'en détachent, ou, comme le dit Ép^cure> deè spectres, des fantômes qui viennent, on né sait par quel canal , se loger dans notre cerveau? Goitiment cet organe voit -il un élëj[)harit, une montagne dans une réprésentation qui ner doit pas en être la millionietaie partie? les corps s'épuideraf ènt bientôt a détacher de leur masse , sur tous les pornlSs d'un itnmense horizon, ces corpuscules taillés en miroirs, ou bien en tabieau:^, en statues. Quelles peuvent être les imageâi d!au son , d'uUe saveur,* d'une odeur, des attoudbements ? comment lès peindre, les sculpter? quel miroir peut les réfléchir? Il faut pourtant qu'ils matérialisent tout d'après le principe de Lmerèee, qu'un corps ne peut ék^ touché que par un corps; ce U'est pas assez qi^ ces incompt^éhensîbies images se pladent sur la rétine , sur les houppes du palais, sur les fibres du nez, de l'oreille tel de la peau; il faut qu'elles viennent frapper eorporellement le cerveau , s'y incruster pbur être toi:^ours prêtes à répotidre à l'appel cjue le cerveau, datls ses tiraillements continuels, peut leur faire : les idées doivent être des cor-

IS4 CHAFItRB VI.

pttsGttles qui s'attirent y se repoussenty s'assocîetii avec ordre ou sans ordre^ qui se déèoupent ensuite pbur former des idées abstraites^ lesquelles/ chose merveilleuse, ht mesure qu'elles seront réduites à une extrême exiguité , comprendront plus'd'éten* due et deviendront les idées abstraites et gêné* raies. Quel immense édifice que ce cerveau où se peint matériellement l'univers, où se peint le passé, où se forge même l'avenir avec plus ou moins d'obscurité I Quelle meihreilleuse manufacture, ou plutôt quel étonnant assemblage de manufactures diverses^ contrastantes : voidi des galeries de tableaux qui voyagent, des statues qui marcheilt et qui parlent^ des bibliothèques infiniment plus vaste» que celles d'Alexandrie et de Paris , des sdoDs de, musique y des cuisines, des boutiques de parfumerie ; ici je vois s'ouvrir les ciseaux de l'analyse, là se brojer le ciment de la synthèse; plus loin je crois entendre le bruit des foires où les matérialistes suent comme les cjclopes pour former leurs systèmes, et pourtant je ne puis m'empécher de les trouver inconséquents et mal-» adroits^ En nous présentant un si admirable ou*" vrage, ils ne font que redoubler la tentation de ciboire en Dieu j on est. forcé de s'écrier : Vintel^ Ugenee dmne a passé par là; et puis avec un

lIBDXlàMB BXGUBaiON CONTRE LBS MATÉRIAL. 135

pea de réflexion on sera forcé d'ajouter : Tintellîgeace humaine, l'àme y préside, car sans elle l'ordre ne pourniit durer quelques secondes dans une machine si compliquée^ Mais il ne suffit pas de mè montrer dans le cerveau des bibliothèques, des livres tout ouverts; je veux trouver un être qui les lise et qui ne. soit pas livre lui-même, qui juge les tableaux, en compose de sa façon et qui ne soit pas tableau lui-même. Il est ^ ce me semble , grand besoin d'un chef dans cette manufacture criarde où chacun travaille sans consulter, sans respecter et même connaître son voisin.

Est-ce que l'œil sait rien de ce qui appartient à l'ouïe ? Il me faut enfin un être qui compare et qui ne soit pas l'un des objets comparés; il faut encore que cet être qui voit, qui entend, qui Ut, qui compose, soit un et ne soit pas plusieurs; qu'il soit présent à la fois dans toutes les parties de son empire; car pourrait-il comparer ce qu'il ne connaît pas? qu'il soit persistant, qu'il soit enfin un indivisible nvoi : or un indivisible moi n'est plus matériel , c'est une âme.

. Qu'ils ne viennent pas me dire que je leur prête un langage qu'ils n'ont jamais tenu. Puisqu'ils matérialisent tout, je dois prendre au po- ^tif toutes leurs métaphores* Je sais qu'ils ne

i3^ GBAHVBB YI.

pçuvent me montrer rien de tout cela, mais enfin ils le supposent , et certes ils font bien pis et ne s'en tiennent pas \ ces images qui ^ pour être bizarres et plaisantes , amusent un moment rimagi>» lotion. Nous allons terriblement desodndre de ce» merveilles poétiques : Toilà que M. Cabanis, vient détri^ire ce palais et ne fait plus du cerveau gu'iii^ estomac qui digère et sécrète des idées. Certes , on n'accusera pas celui -«ci de flatter t^xip notre inia^nation .ou de vouloir séduire notre sensîl»'-' lité physique* Celte pensée > cette découverte de M- Cabanis a été célébrée comme le coup -de génie du matérialisme. M. de Tracy en a pleuré d'admiration; moi, j'en prends acte, voila les idées bien et dûment matériidisée». Pour être soumises à Taclion d'un organe sécréteur, il faut bien qu'elles soient des corps, et même d^ corps assez ignobles qui ne cessent d'être broyés, triturés*. .. Saifve qui pourra une si sale compa-*raison.

lies matérialistes n'ont «-ils pas bonne grâce quand ils reprochent à Platon de réaliser des ètres^ abstraits? Pour eux, les idées, soit abstraites, soit simples, aoit composées, sont de belles et banDes. r^lités. Je ne vois plus alors qu'il puisse y avo»? de distinction entre des idées vraies et ài^ idées

DBUXIÈMB EXCURSION CWTW LES MATÉRIAL. 137

cUotériques ; n'ont-^lles (>as toutes un même degré d'ëscisteûoe physique ^ dé corporéité?

Que si les matériafiâtes , embarrassés de cette mitkitude d'êtres qu^aucun d'eux ^ en fouillant dans la cetTelle^ le crâné ou le cervelet^ n'a jamats pu apercevoir, se i^éduisenlb à nous parler d'ébranlements causés dans ces organes » quelle vertu représenta tive peuvent -ils attribuer à des ébranlements? qu'ont- ils de commun avec les olijets qui les produisent? C'est un jeu de coliti-* maillard perpélbel où personne ne peut deviner qui le frappe. Notre celrveau ne se compose plus que d'un nombre infini de cordes^ de marteaux et de sonnettes. Voyez-vous dans tout cela des images ou des représentation»? Ainsi, nouvelle et plus complète disparition'du mondé matériel pbur les matérialistes.

Ils réunissent toutes leurs forces pour nous attaquer sur l'union d'une puissance ^irituellé avec le c€Krps et la dépendance humiliante où celui-^ci la tient. Nous sommes à cet é^ard dans la position où ils se trouvent quand ils parlent de eer-^ taines lois pbysiqùes telles que la gravi t9tion , pair exemfidef comnaie eux non» la reconnaissons pour un fait| et ils né peuvent s'empêcher de conVe* nîr avec noUs> que dis-je? avec Newton méme^

13S CftAPItRË VI.

que le moyen par lequel elle s'opère est incompréhensible. Je dis que le fait d'un être intelligent uni au corps, et qui lui commande souvent , est reconnu par tous les hommes, quoiqu'il n'ait été donné encore à aucun d'eux d'en expliquer ou d'en comprendre nettement le moyen.

Je me distingue parfaitement de mes organes, ils sont miens et né sont pas moi. Le pilote ne se confond point avec son navire; c'est là ce que vous faites, vous, ou plutôt ce que vous prétendez faire; car vous né pourrez parvenir à opérer cette confusion dans votre esTprit, et vous ne faites pas un mouvement, vous ne dites pas un mot qui ne vous démente.

Il est vrai que l'unioi^^'àme avec les organes est beaucoup plus étroi^que celle du pilote avec le navire; mais Tunion n'est pas telle que la distinction puisse'cesser jamais. « Dites donc, va-t-on fx m'objecter, que vous êtes cloué à ce navire , que <f vous en recevez toutes les oscillations, toutes ir les secousses. » Je ne puis me reconnaître cloué quand je commande; mes organes m'obéissent plus^ immédiatement que le navire à la manœuvre du pilote. Gomme ils sont soumis à l'action des objets extérieurs, ils en transmettent le choc jusqu'à moi. J'en reçois très-souvent les atteintes.

l>BUXtÉMB BXCURSiOlt CONTBB iM MAT6AIAL. 1 39

tiiais j'apprends chaque jour à leé modérer^ à les repousser; je tâche de ne pas ressembler à ces pilotes téméraires qui oûTrent leurs voiles à tous les vents ^ ni à ceux qui prennent pour un port , pour un lieu de relâche , un écueil sur la surface duquel rit un peu de verdure* Je discipline mes organes mieux que le pilote ne peut faire ses matelots. Je supplée à celui qui languit par Tac-» tion des autres. J'instruis ma main à remplacer quelquefois l'usage des yeux que j'ai perdus.

Donne2-moi le génie d'Homère ou de Milton > et tout aveugle que je serai , je saurai me rendre à moi-même les merveilles du monde plus pré* sentes , ou vous les peindre plus admirables que vous n'êtes habitués à les contempler. Que la tempête déchire mes voiles^ qu'elle arrache un grand mât^ je saurai encore par ma prudence cingler avec mes débris vêts un port que la reli-^ gion m'a révélé, me créer dans la tempête un Calme artificiel ^ un calme sublime tel que celui de Socrate ou de Barnevelt , dire aux flots cour^^ roucés , aux foudres qui se croisent , ou dire à des bouï'reatix et à une foule homicide : P^ous ne pouvez rien que sur un corps qui doit être rendu aux éléments^ mais moi je vous échappe et je me sens encore tressaillir d! amour et d espérance ^

140 GSAPITAB VI.

« Et pourlant , vont me dire les matérialistes , « ce moi ^ que vous faites parler d'uti ton si su- (t perbe» li'est aulrê chose que le cerveau . » Quoi ! ce cerveau ^ rendezHroos de sens dont 1^ fonctions sont si diverses et l'appareil si compliqué ^ peut fiiire l'office d'un moi toujours présent , toujours invariable) toujours identique à lui-même f qui reçoit tout > comprend tout et veut tout ? Quand tontes ses partiel* sont passives , d'où vient qu'il peut avoir une activité spontanée ? Car M. Cdba* nia èotivient que le cerveau a le privilège de se . mouvoir de lui-même. Montrez-moi donc dans cet on^ne Un point cedtral^ un point matkématiqtle qui ait une si vaste capacité et de si tûr^ t>rivilége8^ et qui se conserve intact , inébranlable pehdant toute la dm^ de la vie humaine, enfin horsdoquel, sans lequel il n'y a plus de certitude, il n'y a plus de conscience^ il t'y a pius d'boBiÊie* Le cerveau est sans doute merveilleusement eohstîtué pbm* servir d'instrument à h peiisée , pour hii en fonrtfir les matériaux , horthis cependant les' idées que l'esprit conçoit par lui •«-même; mais, par sa ilature, tout répugne à ce qu'il soit l'être pensant. Il ne peut être à la feis les objets comjpiarés et l'être qui compare 9 ce serait ôter toute autorité au ju-

DEUXlàMB BlCUASiOll GOUTAB LES HATÉRIAL. 14t

gênent. Une sensation qui en chasse une autre n'est pas un jugement; j'en dis autant des sou-^ venîrs , des images , des idées : elles ne sont rien tant que l'esprit ne les a pas convertie£f en jun gements.

Les physiologistes peuvent fort bien examiinei: dans l'organisation du cerveau les conditions qnî sont plus ou moins favorables à la pensée. A eoup sur l'instrument n'est pas le même pour tons; il. souffre des lésions , des langueurs , des maladies ^ des irrégularités qix\ lui sont propres , indépendamment de celles des autres organes dont il esli le rendez-vous. loi le champ; peut être ouvert à des observs^tions précieuses; mais les pbysiolon gistes^ fort pipessés de s'honorer d'une découverte» sont prodigues d'aaseistions hasardées. Jflusieura pèsent la raison y l'esprit , le génie , les vertus an poids de k ceryelle ^ et comme cette acticm n'^eM praticable qu'après la mort, ils jugent lea viv$u»t«( d'après le V(Jttme de la tète en courant le i^si|tt6 d'attribuer cette supériorité^ d^ esprits vulgaire et même à des sots. On pourrait se tromper en prenant pour mesure des facultés intdlectuelles l'énorme tête d'un hippopotame ou d'un bis<m* J'qi connu des hommes d'un vrai mérite et d'une âme haute dont la tête affectait la forme pointue

143 CHAPItRB Vi;

si décriée par les physiologistes; d'autres^ dont Tangle facial était beaucoup plus aigu qu'il ne convient , d'après le système de Gramb qui le Teut le plus rapproché possible de l'angle droit , système assez généralement abandonné aujourd'hui. Le poids de la cervelle des femmes est, diton y inférieur d'un tiers à celui de la cervelle des hommes. Si vous voulez en tirer des inductions contraires aux facultés de leur esprit, aux quali-* tés de leur cœur, et surtout à la force ^ à la persévérance de leur volonté , je vous conseille de joindre votre voix k celle de quelques docteurs mahométans qui leur refusent une âme* Mais c'est un point que j'examinerai plus spécialement dans un autre chapitre^ Des physiologistes avaient déclaré que la cervelle des n^;re& était fort infé-> rieure en poids à celle des blancs , et que c'était la cause évidente de l'infériorité de leur intelli^ gence ; et ce fait a été allégué pour justifier l'es^ clavage : voilà qu'il est aujourd'hui pleinement démenti; des dissections faites avec soin ont prouvé que le poids était le même. La physiologie n'a pu encore découvrir^ ou du moins détermî-» ner avec certitude quels sont les défauts d'orga-^ nisation du cerveau ^ naturels ou accidentels^ qui causent la folie.

DEUXIÈME BXCUB9I0N CONTEE LES MATÉEIAL. 1 48

Je serais désolé que l'on supposât que j'attribue aux. physiologistes . une conspiration unanime contre l'âme , contre le libre arbitre et la con*science. Plusieurs, tels que Haller, Stal et Bonnet, et certes ce sont là de grands noms dans la science , ont été fort religieux et ont profondément le sentiment moral. I^e grand Guvier ne vient-il pas de me servir à réfuter les matérialistes eux-mêmes. Aujourd'hui^ la physiologie matérialiste a trouvé de puissants contradicteurs dans MM. Alîbert, Bérard, Virey, Andral etDufour.

Aussi toutes ses méprises ont été relevées; elle. a été chassée de poste en poste jusqu^à ce qu'elle ait cru trouver un refuge, un solide rempart dans les bosses et protubérances du docteur Gall dont l'apparition a été grotesque parmi nous, malgré toute l'habileté anaitomique et la rusée bonhomie de l'inventeur.

Ce système succombait sous le ridicule d'une nomenclature vraiment absurde, sous des mépri-* ses grossières bien démontrées, et enfip sous les vigoureuses attaques du spirituel HofTman , lors^ qu'on l'a vu reparaître sous les auspices du doc-* teur Spurzheim , orné d'une nomenclature nouvelle, qui, par un vague prudent, prétait un peu moins à la raillerie que celle de Gall. Cç

144 CHAPITIB VI*

syslème ^ assez froidemeiit réckàufie et dépoaillé de tout le piquant de la hardiesse et de la noii^ Teauté y allait tomber dans l'oubli et le discrédit le ^us profond, lorsqu'un médecin d'une haute renommée 9 bien méritée sans doute quand il ne veut pas sortn* de son art y mais qui » depuis quelques années, s'est oonRStitué le dernier athlète, l'atlas du matérialisme chancelant , le docteur l^Mmssaif est venu reçudllir et porter sur ses épaules cet enfant alaandiHiné qui n'avait plus que la forme d'tin avorton. Il a commencé par lelaver avec totit lesotq qui luir a.i&té po^ sible , s'çst évertué pcmr faii dooneh* une alluve plus française , lui a fait appi^endre la philosophie dans le Système de la nature et le livre de t3^ prit, l'a ainsi dégagé de quelques petits scrupufles spiritualistes qui lui res^feaient encore de l'AUe*^ magne sa patrie, l'a promené dans les: cercles, dams les amphithéâtres , comme son fiU d'adopttoq j et en l'armant d'un scalpel plus aiguisé, il P» diargé non^seulènient'de poréer lesi derniers coups à l'âme, mais dç disséquer, de couper' en morceaux le moi humain qui s'obsftine à re^sust-* citer le vieux- fantôme dé l'âme. *

Je me permets d'adresser une petite question aux phrénàlogues. Gomment jugent -ib de cq

DEUXIEME EXCURSION OONTBB LES MATÉRIAL. 145

qui sç pas5e dans la cervelle par les protubérances du crâne V Quel rapport nécessaire y sl-iAI entre une substance mobile, fluide, toujours agitée, et une enveloppe dure , et tellement permanente que la mort n'en détruit pas les protubérances ? N'existe-t-il pas des membranes et un fluide entre les circonvolutions du cerveau et la charpente de ja boîte osseuse? Les physiologistes reconnaissent que le choc n'est point immédiat ; ainsi les impressions de. la cervelle peuvent être altérées et même détournées de leur direction.

N'est-it pas curieux de voir à queUe^ extrémités on réduit les matérialistes en renversant toutes leurs premières données, et quel changement de front on leur fait faire ? Nous avons vu dans le chapitre précédent, que, ne pouvant plus nier Dieu comme principe de l'intelligence, car, après tout, il y a de l'intelligence dans l'univers, ils ont fini par déclarer toutes les parcelles de la matière intelligentes , et par en faire autant de dieux, puisqu'elles sont éternelles et nécessaires. D'un autre côté, pour nier l'âme et sa spiritualité, les voilà réduits à fractionner le moi^ à nous ôter notre individualité et à nous diviser en soixante-Hiix organes intelligents, pensants et voulants, jusqu'à ce qu'ils en aient augmenté le

Page 1