‹ TestamentChapitre 9 sur 42 · DEUXIBHE EXCURSION CONTRE LES MATÉRIALISTES · texte numérisé non relu

DEUXIBHE EXCURSION CONTRE LES MATÉRIALISTES

Je reviens an Gombat contre les matérialistes. Ou leur a laissé trop prendre roffensive, il est bon de les attaquer dans leurs foyers. Nous avons vu jusqu'où vont le vide et l'extravagance de leurs hypothèses, quand ils tentent^ soit d'anéantir Dieu, soit de le morceler et de le rendre esclave de la matière. Voyons s'ils sont mieux armés quand ils tentent d'anéantir^ de matérialiser^

de morceler l'âme. Ennemis nés de la métaphysique , ils commencent par retrancher ce mot comme entaché de spiritualité; ils engloutissent dans la sensation t.out ce qu'un homme doué de quelque sens, et s'exprimant dans la langue même la plus pauvre ^ sait fort bien distinguer^ tel que pensée y sentiment^ raisonnement ^ méthode ^ volonté y liberté; ils en retranchent même souvent la perception y afin que tout se borne à un choc matériel. Sentir la vérité d'un théorème mathématique, la justice d'un arrêt , la sublimité d'une action , c'est pour eux la même chose que sentir l'odeur d'une rose , la pression d'une main » la saveur d'un mets, etc. Ne leur dites pas que jamais on ne s'est avisé de confondre des impressions d'un ordre si différent; que, dans l'usage de la vie, eux-mêmes traiteraient de stupide un enfant qui ferait de telles confusions; ils vous l'épondront que la sensation physique agit seule dans nos jugements les plus compliqués. « Car «enfin, disent-ils, juger n'est autre chose que (I voir la convenance ou la dissemblance de deux « idées , de deux rapports ; or, voir est une senr a sation physique : donc , juger n'est autre chose i( que sentir. » Eh ! messieurs , que fait l'organe de la vue quand j'examine, par exemple, si le

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système d'Ârisiote, sur V origine des idées ^ présente à mou esprit des idées plus nettes que celui de Platon? J'ignorais que mes yeux eussent le privilège de voir ce qui se passe dans ma tête. «Dans ce cas^ répondent-ils, il faut recourir à « une autre sensation; nous pesons des raisons (c pour et contre; peser est une opération de la a main, et le jugement qui en résulte est phy- « sique. » C'est couvrir une absurdité par une absurdité plus haute. Où donc est la main de mon cerveau qui pèse des raisons? où donc est la balance qu'il a reçue toute fabriquée, et qui doit changer perpétuellement suivant les emplois infiniment diversifiés qu'il faut en faire? comment des systèmes peuvent- ils être pesés physiquement? quelle est leur forme matérielle pour entrer dans mon cerveau? prennent-ils celle d'un coin poussé avec plus ou moins de rudesse?

Relisez le premier chapitre de l'Esprit , vous verrez que tout l'effort de la logique d'Helvétiiis consiste à vouloir prendre au positif des niot^s que nous n'avons jamais compris qu'au figuré, et d'attribuer à la matière ce qu'invinciblement nous rapportons à l'esprit. C'est précisément ce que fait un butor qui ne comprend rien, ou un in-« supportable plaisant, un faiseur de calembours,

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qui afiècte de ne comprendre que le sens matériel de nos paroles. Il ne faut pas laisser de quartier h ces hommes si habiles à interpréter physiquement toutes nos opérations intellectuelles. Vous veirez qu'en les pressant de questions , le terrain physique sur lequel ils se placent avec tant de confiance s'éboulera sous leurs pieds ou ne déviendra plus qu'un impraticable bourbier.

Ce qu'il y a de curieux, c'est d'entendre ce même Helvétius aussi bien que d'Holbach et M. de Tracy se récrier perpétuellement contre l'abus des mots. Us se sont réservé ce genre de monopole. Il est bien peu de mes jeunes lecteurs qui, depuis les lumineuses leçons de Laromiguière, puissent encore être dupes de toutes les équivoques sur le mot sentir que l'école matérialiste, trop fortifiée par l'autorité de Gondillac, a si fatalement accréditées; équivoques telles, que les prétendus sages du xviii^ siècle i)'ont rien à reprocher aux théologiens du Bas- Empire.

€e coup leur était porté par un homme qui professait respect et admiration pour Locke et pour Condillac. Savez-vous le parti qu'ils prirent? ce fut de ne dire mot d'un si terrible

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éokec y et de tenir pdur non avenus des raisonnements y ou plutôt des explications qui , grâce à la clarté du langage , avaient été comprises et retenues par les esprits les moins exercés aux con« troverses philosophiques. Cependant ils ne cesseront de vous répéter comme la vérité la plus parfaitement démontrée > que de la sensation physique résulte tout notre être intellectuel et moral. Depuis cette époque , de plus gi^nds coups de foudre ont été frappés sur le système de la sensation par MM. Royer CoUard et Cousin , par les écoles allemandes et par l'école écossaise que M. Jouflroi a reproduite et agrandie avec le génie et le style de Mallebranche.

Dans des entretiens très-intimes et très-fréquents avec M. Laromiguière , je l'ai toujours vu convaincu que les mat^ialistes n'avaient nul droit de placer leur doctrine sous l'invocation de Locke et de Condillac. Son but y dans ses leçons y était de leur enlever ces dqux autorités, et l'on sait combien leur liste est pauvre et peu honorable. Mais d'abord y l'excellent professeur a commencé par réfuter les erreurs fort graves dans lesquelles Condillac était tombé dans son Traité des sensations. Il l'a fait avec une fermeté qu'on ne peut trop louer dans un disciple; mats il se plaît ensuite

à citer les passages dans lesquels Condillac fournit une nouvelle démonstration de la spiritualité de Fàme , et ceux où il semble se montrer presque exclusivement spiritualiste. Ce qu'il y a de certain , c'est que Condillac aurait rendu un bien grand service à la philosophie de son siècle^ s'il avait pensé et s'était exprimé comme l'a fait depuis Laromiguière ; s'il avait tenu note et fait une analyse profonde des facultés actives de notre âme y telles que l'attention ^ la volonté; s'il avait nettement tranché la différence entre la sensation d'un mets et le sentiment qui.fait agir Caton et Marc-Aurèle y entre la vue d'un édifice et. le sentiment de rapport qui fait juger de ses proportions ^ de son utilité; s'il avait reconnu que les facultés actives ne peuvent naitre de la sensibilité physique qui , étant passive, ne peut rien produire que de passif comme elle ; si, au lieu d'être le froid Pygmalion d'une statue à laquelle il n'est pas parvenu à souffler une âme, il l'eût abandonnée dans son atelier, et n'eût pas couru le risque de s'ex^ poser à jia voir réduite en pièces par l'un de ses plus cqnstants apologistes. Je ne puis guère pardonner à Condillac d'avoir gardé le silence quand il a vu l'usage que faisaient des matérialistes, ses contemporains, c'est-à-dire Helyétius, «d'Holbach et

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Diderot, de sa statue, pour pétrifier tomt ce qu'il y a d'IftQiiiiétè^ de gFand et de religieux en nous ; de n' avoir pas poussé un cri dé douleur et d'iudignaition, quand ces apôtres du néant l'inToquaient comme leur prophète. Il eût été beau que CiondîUac eût joint la finesse de ses analyses à la dia« lectique éloquente et enflammée, de J.-l. Rousseau, qui fiit proimné d'exil en exil^ après avoir V!engé> prouvé, admréiDieu au xvin' sièole. Gq reproche peut aussi être adressé à Liocke, quoi- ^!il ait bien' voulu nous accorder, outre la sensation^ lar^bxion pour l'origine de tios idées. £e ménia Locke, déGmseur du christianisme, ne'devait-il pas tonner quand il a vu l'tispgeque Tadiéisme des Collins et des Tyndal faisait de h plîppârt.de ses principes, et surtout de cette tnsidietise hypothèse, que Dieu a pu douer la matiètéde la faculté de penser, hypothèse fatale qui de'^ail être recueillie par Voltaire, et Iqui a glacé^ rendu mesquin et bckiMU^, un thérsme auqlml il était porté par la pureté de son bon setls^^ par son gééie poétique, par la prodigieuse activité de son àme, et par des peQdhants humains ; hypothèse qui , transmise par un tel organe, a beaucoup contHbué aux égarements et

Igjux malheurs du xviii* siècle.

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