‹ TestamentChapitre 17 sur 42 · COUP DOBIL SUR LA PHILOSOPHIE ANCIENNE · texte numérisé non relu

COUP DOBIL SUR LA PHILOSOPHIE ANCIENNE

connaître et notre besoin d*aimer seront mieux satisfaits.

Nos progrès dans l'ordre moral et politique sont évidemment subordonnés à une extension plus vaste 9 à une action plus permanente et à une direction plus éclairée^ plus expansive^ et surtout tolérante du sentiment religieux. Je ne connais rien de plus misérable et de plus hideux qu'une utopie dressée par l'athéisme.

tlne des plus belles lettres de Pline le jeune est adressée à Maxime, proconsul désigné pour la Grèce, et dans laquelle il lui recominande avec la plus- tendre affection le sort de cette contrée. C'est, là ce qui a suggéré le morceau suivant où l'on fait parler Maxime. — * L'anecdote du consulat offert à Plutiirqué par Trajan est peu authentique et ne se trouve que. dans Suidas , écrivain de peu d'autorité.

^ LEtTRB DB MAXIMB À PLINE LB JEUNE.

Depuis deux mois ^ mon cher Pline > j'ai quitté Athènes pour séjour^ner dans une petite ville de Béotie. G^est de là <]ue je communique ayec tout ce qui a paru de noble et de grand sur la terre. Je suis à Ghéronée. Je vis auprès de Plutarque; je vis avec ses hommes illustres. Une mission , confiée par Trajan même, et dont je vous dirai le secret à la fin de jna lettre ^ m'attirait dans cette ville> dans la demeure de ce philosophe auquel on peut donner mieux qu'à Philopœmen le surnom du dernier des Grecs •J'aurai, je le prévois, la douleur de ne pas remplir un des vœux les plus chers de Trajan, et cependant je passe ici les I. i3

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moments les plus doux de ma vie. Plutarque ainie en moi le jeune ami de Pline et de Tacite; et j'ai la joie de me considérer comme le faible lien qui joint ces trois illustres sag^s, Moi:i rôle ne serait rien auprès de lui , si je n'étais yotre interprète. C'est de Tacite et de tous que je tiensi un fonds d'observations qui me fait écoutar ayec intérêt du

philosophe de Chéronée. Plutarque est peu versé dans notre langue i et lui-même ne cache pas la cause qui l'a empêché d'y faire de grands progrès. Ce vieux Grec, fidèle amant de sa patrie^ trouve que c'est bien assez d'admirer les vertus dont Rome donna l'exemple si longtemps. Il lui

en coûte up peu de reconnaître en, nous» ces dons brillants de l'esprit qui ont mérité aux Grecs le plus doux des empires ; mais la partial! té de Plutarque a des limites; on est sûr de lui faire admirer le génie partout où se trouve la vertu ; voilà pourquoi notre Gicéron lui est si cher; voilà pourquoi il pardonne à Tacite et à vous de transporter encore une fois dans Rome les dépouilles de la Grèce. Vous m'avez raconté plusieurs fois que Ti^ajan , auquel il eut le bonheur de donner des leçons qui prospérèrent si bien dans une si grande àme^ que Tacite et yous^ et tous ceux qui se donnaient à l'étude dç la sagesse , vous fîtes

LETTRE »B VAXllHB A I^LINB LE JEUNE. 195

de Tains effi>rts pour le retenir à Rome pendant le règne si délicieux et si court de Titus. Quel tendre souvenir n*a-t-il pas cOiiserTé de tos in^ stances I mais la superbe Rome ne lui paraissait qu'aune terre d'eicil. U se doit a la Grèce dont lui seul fait revivre en ce moment la gloire et les vertus antiques; il se doit à la ville où il a reçu le jour. « Se peut-il, mon cher Plutarque» lui disais-je, que des talents si utiles au monde restent ensevelis dans une aussi petite ville que Ché» ronée ! » — «Eh ! me répondit-il, c'est jM)ur q^'eUe né soit pas plus petite encore que je me garderai bien de l'abandonner. »

J'ai vu dans les mains de Trs^an la lettre que Plutarque lui écrivit, quand ce grand successeur du sage et doux Nerva prit les rênes de l'empira. En voici la substance :

Plutarque a Trajan, salut :

« Vous n'avez jamais désiré l'empire, lors même que vos vertus , vos exploits et la faveui* de vos concitoyens semblaient vous le promettre. Voilà pourquoi je me réjouis de vous y voir appelé. Une àitie> si longtemps exonpte d'ambition, si forte et si bien tempérée , saura opposep la puissance de sa vertu à toutes les séductions de la

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fortune. Je vous ai initié ^ dès votre jeunesse > à la doctrine des sages de ma patrie. Si jamais vous deviez vous en éloigner, je jure que Plutarque ne vous a point enseigné une doctrine qui tournerait au dpinmâge et à la ruine de l'em* pire. »

Je lui ai tu deux fois votre immortel panégyrique de Trajan; à la première , il me semhlait que sa simplicité grecque s'effarouchait un peu, non du défaut de vérité de vos louanges^ mais de leur continuité. ((Voilà 9 me dit-il a la fin, un admirable discours ; mais c'est dommage que Trajan l'ait écouté tout entier. » Â la seconde lecture que lui-même m'a demandée, il a joui pleinement de voir Trajan répondre à toutes ses espérances. Ce trésor de philosophie, répandu dans toutes vos observations, le charmait; et des éloges si mérités, exprimés avec tant de grâce, ne lui parais* saient plus qu'une garantie de sagesse pour celui qui en était l'objet.. Après avoir un peu réfléchi : (( Il faut, me dit-il, oSTrir l'encens aux dieux et les louanges aux hommes qui font le bien. » Son émotion a été plus vive encore quand je lui ai cité de mémoire vos lettres à Trajan, ses réponse^ , et les lettres de Tacite à tous deux. Son esprit vif et sûr saisissait dans ces détails tous

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ces heureux secrets qu à vous trois vous connaissez si bien y et qui rendent si facile et si douce la plus. Taste administration. Ce qui lé Comble de joie, c'est que le peuple romain ait donné le surnom de très^bon à celui de tous les Romains qur^ depuis Jules César, a le mieux mérité le surnom de grand. Combien n'aime-t-il pas cette prière imaginée par un Romain et répétée par tous les autres : i< Dieux immortels , puissiez-TOUs nous aimer autant que nous sommes aimés de Trajan ! » H Voilà y me dit-il , ce que la flatterie des courtisans ne saurait imaginer. » Nous nous promenions seuls durant cet entretien , et je goûtais une pure félicité. Par malheur je vins à consulter Plutarque sur quelques monuments qui s'offraient à nous dans la campagne. La physionomie de Plutarque se couvrit alors de nuages. «Ah ! me dit-il, tout est funèbre dans la plaine de Chéronée! C'est ici que Thèbes, qu'Alhènes, que toute la Grèce succombèrent sous les efforts de Philippe et d'Alexandre. Plus loin je vois la place où Sylla remporta une victoire funeste à ma patrie; » et puis me montrant dans le lointain les montagnes de la Thessalie : « Voyez-vous, ajouta-ti-ildouloureusèment, le théâtre dé vos guerres civiles, et ces lieux où les Grecs asservis furent foulés aux -pieds.

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par les Roinaitts Taiaqiieurs et par les Romains vaincus? d

i< Pourquoi^ lui dis^e, 6 sage Plutarque^ pourqnoi ce soutenir importun et inattendu dans un moment où Trajan assure le calme du monde ^ où j'en jouis si bien auprès de vous? Je comparais Votre tranquillité d'âme à celle dont Soorate lui seul ofirit le modèle. »

(f Maxime y me répondît - il ^ j'ai cherché^ et surtout aux approches de la vieillesse i à m'assurer cette tranquillité d'âme, comme on se procure un bon manteau pour l'hiver. Vous le "voyez, ma vie est occupée , et je ne connais rien de plus frivole qu'une vie purement contemplative. Une douleur fidèle pour le passé ne me détourne point de tout ce que le présent réclame. Mais^ ien vivant dans la Grèce » il m'a été ino^ossible d'oublier un seul moment que je vis au milieu des ruines du peuj^ le plus grand et le jJus aimable ck la terre. Vous voyes en moi le gardien des .tombeaux. »

(( Ces ruines, ces tombeaux, lui dis** je avec feu , je les ai vus dans toutes, les autres parties de la (k'èce; mais tout est pour mot plein de vie à Ghéronée. Vous évoquez si bien les morts , o Piu-> tarque , vous nous les rendez si j&miliers et sk

LBTTBB DB MAXIMB ▲ PUOHE LE JBUNB. i9t

prcseaU^ que ncms les croyons nos oontenq^K)rdns et nos amis. On dirait <{ae tous ces hommes illustres^ et surtout les meilleurs d'entre eux, vous ont fait la confidence de leurs pensées. Mul sage n'a mieux pénétré que vous dans les secrets de la vertu. Il semble qu'une bcmne action vous donne la clef de mille autres qui ont dû y con*espondre. On n'est jamais tenté de vous demander compte de vos renseignements. Quel secret possédez-vous d'unir le mérite de la profondeur à l'éclat de l'imagination? Il est possible que j'aie vu ailleurs des tableaux plus énergiques; mais je n'en ai vu nulle part d'une telle vérité. Oh ! que vous peignez bien nos vieux Romains sous leur toit de chaume^ Aristide dans sa tente ou sur son tribunal ^ Êpaminondas aussi grand dans le plus chétif emploî que lorsqu'il commande à la Grèce > Timoléon dans tous les regrets et les remords de sa retraite^ et puis dans tout le calme de, sa glorieuse vieillesse I On vous reproche d'avoir donné quelque chose de votre âme k la |dnpart des héros. Pour moi , ils me paraissent plus grands à mesure qoe vous me les montres plus simples^ »

« Maxime, me répondit Plutarque en souriant ^ votre ami Pline vous inspire , et vous tenez de lui l'art de louer un homme qlii vous écoute.

MO CHAPITRS VIII.

Vos éloges me aosit doux , parce que je Jes croîs sincères y et toutefois je m'étonne, de voir un Romain, un anii de Tacite , un homme qui doit être si bien habitué à ia majesté sévère de l'bistoire, attacher tant de prix à des productions faciles 9 a ces lambeaux plus ou moins précieux que j'ai su détacher de plusieurs ouvrages immor*tels. Je marche à la sqlte des. grands historiens , je lève et quelquefois je m'approprie la moisson qu'ils ont faite. »

J'acquis, dans cet entretien la preuve que la modestie la plus sincère peut s'allier avec le génie. Mais je vois bien, mon cher Pline, qu'il vous faut sur Plutarque de ces détails familiers que vous excellez si bien à tracer. Vous voulez le voir dans l'intérieur de sa maison ; je vais vous y conduire.

Il a hérité d'assez grands biens, et c'est pour lui. une satisfaction égale de ne les avoir augmentés ni diminués. Je dis d'assez grands biens, mais ne songez pas à. les comparer à nos fortunes ro-* maines. Sa maison spacieuse et commode ne montre en rien le faste de lios palais. On y voit quelques tableaux , quelques statues ,. ouvrages des grands maîtres; il en fait sentir les beautés dans toute la pureté du goût grec. On voit que

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