LBTTRB DE MAXIME A PLINE LE JEUNE
titre si glorieux, et n'a plus besoin d'un autre titre. Mon ambition est satisfaite. Archonte d' Athènes, prêtre d'Apollon au temple de Delphes, magistrat presque perpétuel de la ville de Ché« ronée, tantôt je fais le bien, et tantôt je l'étudié. J'ai voué ma vie à des devoirs faciles, et tous ces devoirs sont des plaisirs , tant qu'ils ne semblent pas se combattre entre eux. Il est trop tard pour moi de commencer un apprentissage plus sévère. Laissez-moi mon obscurité. Il m'est plus facile d'écrire encore vingt traités de morale que de rédiger un seul sénatus-consuïte. Plus je vieillis , * plus je me lie de commerce avec des hommes qui ne sont point encore. Maxime, connaissez ma passion; c'est un désir immodéré d'être utile. Elle a fait naître en moi une illusion orgueilleuse; car j'ai l'espérance d'être longtemps utile à la postérité. Je cherche, comme fait votre Cicéron, les moyens d'appliquer à toute chose la philosophie sublime et tendre de Socrate et de Platon. Voilà pourquoi je reviens vingt fois sur le même sujet. Guide imaginaire de quelques belles âmes qui existeront un jour, je cherche à mettre dans un accord aussi simple qu'harmonieux les vertus qu'elles auront à pratiquer. J'ai mille recettes pour la vie commune j j'en ai aussi pour
les hommes élevés en pouvoir^ lorsqu'ils sont puissants par le caractère. Trajan est le modèle vivant que j'étudie. Ainsi, medis-je, se seraient conduits ou Scipion ou Épaminondas, si le sort les eût condamnés au malheur de régner sur leur patrie. Il faut que j'achève à Chéronée les ouvrages que Chéronée a vu naître. Je ne veux point, par une ambition tardive et stérile, déserter mon humble patrie, quitter mes vieux amis et troubler le tranquille bonheur de Timoxène et de ma nombreuse famille. J'écris ces choses à ' Trajan. mon cher Maxime, pour prix de la douceur que vous avez paru goûter dans ma retraite , veillez à détourner de son âme le soupçon que Plutarque, en refusant ses offres , a plus consulté sa tranquillité que ses devoirs. »
Il y sivait une si douce autorité dans les paroles de Plutarque, et j'y sentais si bien l'accent d'une profonde conviction et d'une résolution inébranlable, que toutes mes objections, je vous l'avouerai, répondirent bien peu à la vivacité des désirs de Trajan et des miens; mais du moins j'obtins de lui la promesse qu'il ferait encore un voyage à Rome , quand Trajan serait revenu de la guerre glorieuse qu'il poursuit contre les Daces. Il me charge de lui remettre un traité sur les paroles