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PHILOSOPHIE DU XVII^ SIÈCLE

une qu'il salua du nom d'Égérie ; ce fut à la com* tesse Dubarry qu'il rendit cet hommage : étrange Égérie d'un étrange Numa ! Déjà les dîners du baron d'Holbach étaient des provocations contre Dieu. Diderot gêné et presque étouffé par la concurrence de trois hommes tels que Voltaire, J.-J. Rousseau et Montesquieu, cherchait un support à sa renommée dans le scandale , et trouvait que Voltaire, en se bornant à Fattaque de la révélation, s'étai t arrêté en chemin. Ce fut contre Dieu qu'il fit jouer sa verve et son ton de prophète. Voltaire grondait sans se fâcher bien fort, il craignait la discorde et la mutinerie dans son armée.

Mais comment créer une propagande philosophique sans le secours des femmes? C'est le fond de leur cœur qui les rend religieuses. De plus, elles sont assujetties^ à la coutume, à l'exemple; elles savent qu'un air d'audace déplaît en elles ; elles s^imaginent que l'habitude de raisonner les enlaidit; enfin elles cèdent beaucoup à la crainte, et la religion les menace, pour des fautes auxquelles nous les induisons, de peines cruelles dans cette vie et de plus effroyables dans l'autre. Il fallait toucher leur cœur, éblouir leur vanité et flatter leur pen-^ chant pour le plaisir. Voltaire remplit admirable'^ ment le premier de ces emplois ; car il fit Zaïref

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Mérope et depuis Tancrède. Ses pièces^ nommées fugitives, et qui dureront toujours , donnèrent à la galanterie une grâce plus facile^ plus diversifiée, un coloris plus poétique qu'elle n'en avait inspiré même sous Louis XIV ; enfin il appuya sa propagande auprès des femmes en levant les scrupules qui pouvaient leur rester sur les infidélités conjugales.

Dans les temps féodaux, l'amour m^me le plus coupable avait fait une alliance mystique avec la religion : maintenant il se mettait sous la protection de la philosophie. L'horreur de l'adultère^ qui, à la cour de nos rois, n'avait jamais été ni bien franche ni bien vive, tombait au rang des préjugés. On ne rencontrait que professeurs de la vie commode; le petit et trop joli poëme du Mondain était le catéchisme de la bonne compagnie.

Malheureusement la France venait de voir, dans la guerre de sept ans, ce que c'est qu'une armée dont les chefs n'oublient pas, sous la tente, de molles habitudes. Après tout, c'était la cour qui déteignait sur la philosophie. La Régence n'avaitelle pas donné le branle au désordre des mœurs plutôt masqué que contenu sous le règne de l'hypocrisie? Et puis y avait-il dans le royaume un plus puissant corrupteur que le sultan français

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du Parc aux cerfs , que celui qui avait vu reculer sa cour même devant Tignominie de ses dernières et lascives amours ? £t certes Louis XV n'ëtaît pas un élève de la philosophie.

Il y a dans la culture des lettres un principe d'enthousiasme et de sensibilité qui tend toujours à les relever lors même qu'elles s'éloignent le plus de leur vocation premiàre. I^ propagande moderne différait beaucoup de l'épicuréisme ancien qui se tenait à l'écart dans une inertie systématique. Ici tout était action. Il se fit une chasse aux abus^ c'était une battue universelle ; il n'était pas malaisé de les découvrir. Dans un système disparate^ où la philosophie portait sa cognée , le temps avait déjà porté la sienne. Les vices de l'administration se trahissaient par des prodigalités infâmes que sui^ vaient jutant d'exactions fiscales. Les lois civiles étaient un chaos où la féodalité luttait encore contre Téquité naturelle. La législation criminelle était hérissée de pièges, de tortures et de supplices atroces. Les billets de confession n'avaiept para que la ridicule agonie de l'esprit d'intolérance; mais cet esprit pouvait renaître, et avec lui , tous les fléaux dont l'image odieuse était présente aux esprits , et que Voltaire ne cessait de retracer avec feu. La liberté de pensée, dont on achevait la con-

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quête , non sans quelques périls > portait les esprits à la recherche de tous les genres de liberté. La per^ fectibilité sociale ^ la perfectibilité indéfinie était le mot de ralliement ; afin de la rendre plus accessible, on la faisait dépendre non du progrès des vertus, mais de celui des lumières* C'était marcher en sens inversede la philosophie {datonicimne, stoïque et dbrétienne; aussi les esprits acquéraient-ils de la vigueur sans que le caractère se fortifiât beau^ coup : fâcheux prélude pour une révolution qui était en germe dans une philosophie si aventu* reuse f si novatrice et si accréditée.

U semble d'abord que cette disposition générale des esprits , que cette fièvre d'espérance devait favoriser Tintroduction de l'optimisme dans un pays, dans un siècle qui faisait bonne gueiTe à toutes les théories chagriiles , et surtout à des terreurs exagérées ; mais cet optimisme nouveau péchait par la base, il n'était que trop &iblemettt religieux. U choquait ouvertement le parti jsa«séiiiste , le seul en qui se conservait une un austère. L^ Essai sur F homme trouva en France plus d'admirateurs que de prosélytes, et je crois que ce sera toiijours son sort f car il parle plus à la raison qu'au cœur. Mais voidi que bientôt il est frappé d'anathème par un poëte , et qui

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plas est^ par un poëte rdiigieux ^ par le fils de Racine* On se souvient de ces vers du poème de la Religion :

Peut-être qu'à ces mots, des bords de la Tamise, Qaelqa'abstrak raismiBenr qui &e se plaint de rien , : Dan» «on flegme anglican » mç dira : tout est bien.

Mais n'est-*ce dcmc pas une vertu chilienne que de ne se plaindre de rien et d'accepter tout de Dieu avec soumission et reconnaissanee? Tout est bien serait-il donc un cri blasphëniatoire ? Dites-moi, dévots atrabilaires, qud autre genre d'faoanmage lui substituerez-vous? Oui, tout était bien , répondrez-vous ; mais le péché m*iginfil a tout renversé et a fait du primitif Éden une vaHée de brmes^ Eh. bien , cet Éden est encore, et vous le dites vous«aisême dans une poésie quelquefois digne dai ^nd Racine, un magnifique témoi*^ gnage, non>^eulement de la grandeur, mais de la bonté divine. S'il nous a punis dans l'auteur de k faute, c'est un père. J'ai peur que les disdiples du grand saint Augustin, en Rùnlstant sur le péebé originel avec acrimonie, lie bornent trop les , effets d^ la rédemption , et ne réduisent à peu de chose lé sacrifice de Jésus^Christ«

Mais voici un bien plus puissant adversaire qui se présente contre l'optimisme ; c'est le roi

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du siècle, c'est Voltaire lai-méme. D*oà p^it lut i^enir cette antipathie ccmtre un système sur lequel U devrait s'appujer, lui qui prêche laxeligion naturelle ? C'est la direction que d'abord il avait prise. Personne n'avait plus que lui vanté V Essai sur ïbcmmcy de Pope ; on en retrouve la bienveillante et vive inspiration dans ses discours en vers que je regarde comme le meiUeur et le plus pur de ses ouvrages phih^sophiques. Mais J.-J; Rousseau avait paru avec un éclat qui faisait craindre à Voltaire que son sceptre ne fût par^ tagé. Un grand duel littéraire et philosophique avait <x>mmencé«

J.-J. Rousseau n'était encore célèbre que par le don d'une éloquence impérieuse, entraînante, qu'il avait employée à deux insoutenables paradoxes : l'un sur le danger des lettres et des arts, et l'autre Sur ^Inégalité des conditions. Jusque-là il avait marché sous la tutelle de Di« derot. Oppressé par l'exigeante amitié de ce philosophe, il méditait de c(mquérir sa liba:té pour donner un plus vaste essor à son génie et peutêtre aussi pour se dégager des doctrines sombres et désespérantes que lui imposaient Diderot et la cohue encyclopédique. Tous les prétextes lui furent bons pour amener cette rupture ; mais il

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y fut surtout entraîné par des susceptibilités que l'usage du monde amortit, mais qui deviennent des coups de poignard dans la solitude. Ce fut après l'éclat de cette rupture, qu'il s'avisa d'écrire au chef même des philosophes, à Voltaire, une lettre acre et hautaine où ij levait d'une main puissante l'étendard de la rébellion. Plus heureusement inspiré, il publia ensuite ses quatre admirables lettres à Malesherbes. Son âme et sa magnifique imagination s'y épanchaient dans un théisme riche de consolations présentes et d'espérances futures. Voltaire ne put méconnaître un rival déclaré et le plus dangereux des rivaux dans un homme éloquent dont il aurait fait volontiers son second. Ce qui l'avait le plus blessé, c'est que le pauvre Jean-Jacques se proclamait plus heureux que le seigneur des Délices. Pour croiser la route de son rival » il se détourna de la sienne , et lui qui professait le déisme avec plus, de constance que de ferveur, il se fit en plusieurs points le détracteur de Fouvrage de Dieu, et donna ainsi gain de cause aux athées. Il est vrai qu'avant cette époque, il avait déjà &it un premier pas dans cette voie aussi triste que coupable en publiant son poëme sur le désastre de Lisbonne; mais on pouvait n'y

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voir qu'un égarement > qu'un excès de la pitié pour les victimes de ce fléau.

Dans le badinage impitoyaUe et cynique de Candide, il prit corps à corps l'optimisme pour l'étoufFer. Farce qu'il a été blessé de quelques phrases de J.-J. Rousseau, il attaque le ^nd Leibnils avec le même dédain qu'il a prodigué au grand Descartes , qui n'est pour lui que René le songe-dreux. Jamais réfutation ne fut {>lus empreinte de mauvaise foi ; il y confond sans cesse l'ouvrage de Dieu et celui de la société humaine. Certes y ce n'était pas J.*J. Rousseau qui était porté à pallier, à excuser les torts et les crimes de la société, lui qui en était le détracteur le plus implacable. £st«ce que Ldbnitz, est«4^ que Pope s'étaient rendus les apologistes des bûchers de l'inquisition ^ de toutes les lois barbares , de toutes les tortures, de tous les gibets par lesquels il fait passer avec un rire afireux un vieillard in* nocemment sophistique et rêveur et un jeune homme plein de la candeur attrayante qui fait le délicieux attribut de son âge ? Ces philosophes ont-^ils manqué d'indignation contre de telles hoireurs? se sontnls refusés au combat? Mais leurs systèmes , ^it Voltaire , énervent la pitié. Et toi , cruel , que fais*tu donc ? La forme de

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ton récit n'est-elle pas la plus cruelle insulte à ce sentiment? Tu poursuis d'un in&nppûrtable rtcanement Pangloss et Candide y lorsque leur sang covile et que tu les vois mutilés. Voilà ce que tu appelles une réfutation !

Tandis que Voltaire égarait et attristait ainsi sa vieillesse^ J.-J. Rousseaui tout en pourMiivant &es attaques obstinées contre la société qu'il semblait vouloir refaire à neuf ^ restait fidèle à b cause de Dieu et la plaidait éloquemtnent ; mai» la €aus6 de l'optimisme était mal tombée entre les mains de ce philosophe humoriste qui devint un âpre visionnaire- dans sa défiance universelle. Le plus beau de ses ouvrages, V Emile, porte dès le début remprunte de ses farouche exa^ gératîons. « Tout est bien, dit^ii, sortant des « mains de la nature; tout est mal entre les « mains de l'iiamme* » Voilà un matliehéisme d'vine nouvelle sorte. Ne dirait-^n pas, en efiet, d'après ces paroles , que l'homme remplit stir la terre Toffice du diable, et^'il est au moins aon délégué f son vkaire ? Et cependant Rousseau > dans le même ouvn^e, déclare que l'homme est né bon. Alors ce ne serait ph|s que par sottise que l'homme aurait construit ia sod^ié tout de travers.

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On Toit dans Y Emile, et même encore dans les Confessions y à quel point leur autem* était frappé de la prévision d'une révolution formidable, et son cœur était loin d'j applaudir. Mais ne voyait-il pas que par l'emportement et l'universalité de ses vagues chagrins, il irritait les piassions qui allaient se livrer le combat? La vérité est que ni Rousseau, ni même Voltaire n'eurent ud sentiment complet de l'ïiscendant qu'ils exerçaient sur leur siècle. S'ils s'étaient posés ien francs réformateurs, en arbitres de no$ destinées; s'ils avaient pu juger, par des effet$ immédiats, de la force et de l'étendue de l'ébranlement qu'ils causaient; s'ils avaient reconnu quelles passions fougueuses couvaient parmi leurs légers contemporains, l'un aurait moins cédé à des saillies indiscrètes de son esprit ; l'autre, aux bouillants accès de sa misanthropie.

Ah I quel supplice pour ce Voltaire qui , dans les trente dernières années de sa vie, fut toujours prêt à combattre pour toutes les victimes de l'oppression; pour ce J.-J. Rousseau qui, plus humain encore, ne voulait pas que la liberté d'un peuple fût achetée par le meurtre d'un homme innocent I quel supplice pour ces dieux de notre nouveau Panthéon , s'ils avaient été réveillés du

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sépulcre, rappelé» des ombres^ ou tirés des champs Élysées pour voir, dans cette enceinte, les bacchanales de la raison, et pour entendre letirs noms invoqués par des bourreaux sortant des massacres du 2 septembre, ou de ceux du tri-r. bunal révolutionnaire ; ou si rentrés dans leurs tombeaux, ils avaient trouvé l'odieux Marat, éta-* bli leur voisin et le colique de leur divinités L'imagination du Dante pourrait-elle trouver un supplice plus cruel ?

Me voilà par ces souvenirs hideux jeté loin de mon optimisme. J'y reviens en pensait que le mouvement philosophique du xviii'' siècle nous a délivrés, au moins à l'époque où nous sommes parvenus, du plus grand fléau des temps modernes, les guerres et les persécutions religieuses. L'énumération des autres bienfaits civils et politiques qui en sont résultés serait longue. Quelques-uns ne sont pas encore développés ; d'autres sont sujets à discussion ; mais la génération qui a cruellement souffert de l'épreuve, est en droit de dire que les philosophes qui lui ont donné cette impulsion se sont plutôt conduits en conquérants qu'en législateurs.

Ce n'est pas à Montesquieu que peut s'adresser un tel reproche. Si dans ses Lettres persanes

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il donna le premier essor à Tesprit indiscret, railleur et tranchant, dès qu'il eut dévoué les plus belles années de sa vie à son immortel Esprit des lois y il. ne s'éloigna plus de cette philosophie bienveitlante> que j'appelle optimisme. On a donné à Périclès le nom ^Olymperij je le donnerais volontiers à Montesquieu, non qu'il lance des foudres, mais parce que rien n'échappe à sa vue perçante , ni le mal ni le bien. Il est le confident du temps, il sait toutes les améliorations qu'il peut faire sortir de vieilles institutions, fruits de la nécessité, plus encore que de la raison. Il ne brise rien avec violence, il ne veut que dé-^ raciner lentement les abus et les préjugés. Bien * différent de l'auteur du Contrai social , il voit dans son étendue le bien possible, et ne veut rien voir au delà. Il dirige, ou plutôt il indique la marche vers le but , mais en signalant h l'aide de r histoire les précipices qui bordent la route. Si Montesquieu eût été le seul guide d'un siècle dont la mollesse devait se montrer si orageuse , la révolution ne se serait faite qu'en détail, et par des gradations si naturelles, qu'on tl'eùt pas songé à donner à ce grand événement le nom de révolution. C'est Montesquieu, du moins, qui nous a recueillis au sortir du naufrage.

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Ainsi devrait se régler roptimisme , c est-àdire la saine philosophie appliquée à la politique et à la législation. Mais j'entends s'élever contre moi quelques jeunes réformateurs , animés de l'ardeur de leur âge^ de l'orgueil de leur siècle ou d'une exaltation philanthropique et démocra*tique*

« Venez -vous > me dit- on , nous proposer « comme un nec plus ultra, le terme auquel « l'auteur de l'Esprit des lois a paru s'arrêter , i< et qu'il n'a même indiqué que sous une forme (( timidement hypothétique? Ce beau idéal de « Montesquieu, n'est-ce pas la constitution an-» t< glaise avec toutes ses ruses et son arrogance « aristocratique? Tout défectueux que sont ence core notre gouvernement et l'ordre social, nous « nous sommes déjà bien élancés au delà des lice mites un peu étroites, posées par votre Solon^ « et l'Angleterre ne se dispose-t«elle pas elle- « même à un divorce éclatant avec son aristocra*- <c tie? Nous prescrirez-vous le repos parce que (Y vous êtes fatigué du voyage ? Votre siècle a eu (( ses découvertes ; laissez le nôtre s'avancer vers « les siennes. Vous avez reconnu quelques îles de (( ce nouveau monde social ; eh bien , nous vou- « Ions, nous, en parcourir, en explorer le conti-

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« nent et y former des établissements solides. « Qu'on accorde, si l'on veut, la gloire de Chrisce tophe Colomb aux philosophes du xvin' siècle ; (c mais. pourquoi nous disputer celle des Améric (c Vespuce , des Magellan , des Femand Cortès, et (c surtout celle de Washington. Vous avez fait « des naufrages douloureux ; mais la mer est (c moins dangereuse quand on en connaît les (( écuerls. Vos pilotes n'étaient pas sûrs p vos ma- « telots étaient bien neufs /nous en choisirons (( de meilleurs» Votre optimisme est s tationnaire, « il flatte un peu trop l'égoïsme du siècle. Ne (C nous forcez pas à répéter ce mot ambitieux ou (C dérisoire pour les misères humaines, tant qu'on a ne nous présentera qu'une liberté restreinte, « engourdie et chancelante. »

Il faut que je réponde avec franchise à ces objections; mon optimisme n'est pas de ce monde , ou du moins n'y est pas borné. (J'espère qu'on ne verra pas dans ce mot une insolente parodie des paroles divines.) Rien n'est parfait en nous ni pour nous sur le globe ; plusieurs de nos qualités sont perfectibles, je ne reconnais pas de colonnes d'Hercule en fait de législation ; mais je crois peu aux conquêtes indéfinies de la liberté politique. Quand nous voulons user sagement de

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notre liberté morale , nous commençons par y mettre des limites^ nous concentrons l'attention de notre esprit, nous fixons notre volonté, nous lui marquons un but constant, et, autant qu'il se peut, invariable. J'aime assez qu'il y ait aussi lin but et un repos pour la liberté politique. Je me figure mal lès terres nouvelles dont vous voulez faire la découverte et la conquête. Ma crainte est qu'elles ne ressemblent beaucoup à d'effrôyablies régions que nous avons parcourues en 1 792, 1 79? et 1 794. Sans doute nous avons passé au delà dés limites qu'avait pu entrevoir Montesquieu pour la liberté de ses coinpatriotes, et je m'en félicite; mais on ne disconviendra pas que nom y avons été menés violemment. Les améliorations à venir ne seraient que mieux affermies par une progression plus lente, et j'estimerais heureux qu'on y fÛLt conduit par des hommes animés du génie et de la prudence dé Montesquieu. Pendant vingtcinq ans, c'est-à-dire depuis 1 789 jusqu'à l'année 1814, j'ai vu la France rouler du réginâe des ordonnances royales de nos rois absolus, à une constitution où la royauté n'était plus guère portée que pour mémoire ; sauter dans la république à travers un abîme de sang; courber, sous une dictature aussi atroce qu'ignoble , sa tête altière, et I. 21*

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que des victoires remportées sur les rois rendaient plus glwieuse; prêter serment à un avorton ccmsUtptionnel ^ fils de l'anarchie ; oublier bientôt ce monstre pour revenir à une république moins désordonnée; recevoir une constitution nouvelle, qui &t bientôt éventrée par les pentarques euxmêmes qui lui devaient leur pouvoir, et dont les derniers lambeaux furent déchirés par l'un de ces hommes devant qui la terre se tait; se prêter encore sous ce jmissant, |[lorieux et absolu modérateur, au mensonge dérisoire d'ixne république; puis, pour dernière parodie de celle des Romains, passer sous un empire avec toute la variété de statuts organiques qui paraissaient assez biai dictés par la loi du bon plaisir* Nous conTiendrait-il après vingt- cinq autres années d'une preuve plus heureuse, celle d'un gouvernement représentatif plus franc, de recommencer ce long cercle d'erreurs, et de tourbillonner encore à la façon des républMpies de Ja Plata ou du Mexique? Il n'est pas sans vigueur parmi nous , puisqu'il a pu résister à de fatales ordonnances , résister à l'entraînement d'une victoire populaire,' et à la fougue moins générale , mais plus intrépide d'un nouvel esprit révolutionnaire. Avant d'arriver aux meilleures lois possibles, il faut savoir se re-

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poser à l'ombre des lois , ou ne plus s'agiter que sous leur égide qui s'interpose entre des combattants trop acharnés. Ce que nous avons à constituer aujourd'hui f c'est le respect et l'amour des loiSy à le faire entrer dans nos mœurs nouvelles. L'édifice , tel qu'il est ^ a plus besoin de recevoir du ciment que des ailes nouvelles. L^ perfectibilité des lois ne peut dépendre que de celle des mœurs. Tant que les unes marchent en sens inverse des autres , elles sont détestables, eussentelles été rédigées dans un conseil de sages. Il ne faut pas que les générations se piquent successivement de la belle émulation de s'immoler pour les générations futures.

Idées de félicité générale que l'on se formait avant la révo* lution. — Influence merveilleuse que l'on attribuait aux lumières du siècle. — • Ca philosophie qui régnait n'était point assez élevée. -^ — Considérations sur les moeurs de cette époque. -— Réponse à des censures exagérées. — - .Divers entretiens de M. de Malesherbes , de M* de Saint- Lambert et du marquis de Gondorcet , qui peignent cette époque sous deux &ces différentes.

DE l'oPTIMISHE AVANT LA AÉYOLUTION.

A MON arrivée à Paris ^ en 1787, je fus bientôt^ grâce à mon frère , admis dans des cercles philo* sojihiques où chaque Socrate du jour avait son Âspasiè, et où circulait plus d'un brillant Alcibiade. Ceux-ci étaient de jeunes nobles qui revenaient de soutenir avec honneur la cause de l'itidépendance en Amérique. Une opposition menaçante contre là cour^ annoûçée dans l'assemblée des notables^ était continuée avec plus de vigueur par les parlements aidés des pays d'État, deé privilégiés et même du clergé , qui, pour ne pas payer leur part dans les charges communes^

jouaient le rôle des plus fiers tribuns du peuple. Déjà la révolte ^'essayait dans quelques provinces. Un grand coup de foudre avait éclaté, car les parlements avaient appelé, les États -Généraux qui allaient engloutir dans un même abîme et la cour, et les parlements, et les pays d'État, et toute espèce de privilèges > et le clergé, et la monarchie, et la religion. Les cercles philosophiques* applaudissaient à ce mouvement ; et y voyaient une occasion de changer sans secousse et tout philosophique* ment les destinées du genre humain»

On était charmé de l'approche de la meilleure et de la plus douce des révolutions. Préparée et méditée à loisir par des sages dans le cours d'un demi-siècle, die allai tétr^ empreint^ d'indépendance et d'humanité. Les coups de marteau ne devaient être ni violents ni multipliés puisque l'édifice dès abus tombait de vétusté; un beau bâti* ment de style grec Succéderait au donjon de la féodalité. L'ima^natipn semblait avoir ^it des lumières du siè^cle utl fluide réel et non meta-phorique, un fluide d'une élasticité merveilleuse et d'uiie propagation presqueaussi rapide que celle de la Itûhi^e du soleil; lés intelligences les plus grossières seraient -amenées par degrés au niveau des intelligences supérieures , grâce à la logique

DE l'OPTIMISIIE AVANT LA REVOLUTION. 327

de Gondilldc. à un certain catéchisme de morale auquel on travaillait, et à une bonne déclaration des droits de l'homme. Mais en attendant , les classe^ encore ignorantes laisseraient faire les sages avec docilité et les seconderaient avec dévouement. Le monarque était d'humeur facile . et bienveillante.. Tous les ministres passaient successivement sous le joug de Topinion publique, «t dçvenaiçnt en dépit d'eux-mêmes les ministres de cette reine absolue» Ne venait-elle pas de conquérir les fiers parlement^, et de les amener à une opposition^ sinon plus irritée, du moins plus dangereuse que celle de la Fronde? C'était un problème de savoir si le tribun d'Epresménil commandait aux clercs de la basoche , ou si ces clercs^ par l^irs acclamations, ne commandaient pas à d'Epresménil.

Il est vrai que les vieux nobles , les vieux prélats et les vieux moines ne comprenaient pas trop que c'était pour leur bien qu'on allait les dépouiller de leurs privilèges, de leurs titres et de la plus grande partie de leur fortune; mais les jeunes noblçs^ et surtout ceux de la cour, niarchaient gaimen.t au-devant 4e ces sacrifices; c'étaient au» tant de jeunes Ginçinnatus qui revenaient de la guerre d'Amérique; n'en portaient-ils pas déjà la décoration? Aux murmures des princes de

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FEglise, dont plusieurs jouissaient d-ùn retenu égal: ou supérieur à celui de tel prince d'Allemagne, on opposerait le patriotisme et l'esprit vraiment évangélique des curés sur lesquels allait se répandre le superflu enlevé à leurs évéques^ et qui, seraient jugés dignes de la croix épiscopale. Les Tieux moines se fâcheraient d'être troublés dans leur indolence quelque peu vohiptueuse, mais les jeunes seraient charmés de recouvrer leur liberté. Enfin, quand il y aurait quelque choc, on n'avait rien à craindre de sérieux chez la plus douce et la plus polie des nations , dans le plus humain et le plus éclairé des siècles.

. Ge fut dans ce temps-la , c'est-à-dire dans les années 1787 et 1788, que Ton rq>résenta deux aimables comédies de Colin (ÏHarleQillef qui sont un peu trop sœurs jumelles : Les Châteaux en Espagne et T Optimiste. Quoique la grâce ^^Félégance et d'aimables sentiments tinssent lieu dans ces co* médies de peintures éniergiques et de caractères originaux, tous les fronts s'épanouissaient, chacun battait des mliins à ses propres rêves, à ses illusions; je m'unissais de bon cœur à mes voisins^ jeunes ou vieux, qui se reconnaissaient dan^ le gai visionnaire des deux comédies, et qui disaient tout bas ou tout haut : c'est moiy cest encore moi.

DB l'optimisme ATAHT LA RÉVOLUTION. 329

Il est vrai qu'en causant au foyer nous trouvions le poète un peu timide.^ et nous convenions qu'il n'avait fait qu'une peinture incomplète de la félicité promise à notre âge. J'entendais dire à mon frère, le plus doux, le plus pur et le plus persér vérant de tous les optimistes, qu'avec plus de philosophie, Colin d'Harlei^ille aurait f Bit un tableau magnifique, et, secondé par la vive et féconde imagination de son ami Garât , il esquissait un tableau auquel la réalité fit bientôt un douloureux contraste.

Tel était l'esprit des cercles philosophiques où à l'âge de vingt et un ans je payais mon écot en beaux rêves. Mais quel cercle, quelle école, quel atelier même n'étaient pas alors plus ou moins imbus de philosophie? Lés controverses ou plutôt les attaques contre la religion étaient bannies des sociétés d'élite 9 soit par l'effet des préoccupations 'politiques, soit par une juste et tardive satiété de& sarcasfnes impies que personne n'osait ressusciter après Voltaire. On se fût encore moins exposé à propager l'athéisme. En recueillant mes souvenirs sur cette époque, je suis convaincu qu^îl y avait alors esprit de réaction contre le matérialisme. Ce fut la révolution qui interrompit et fit cruellement rétrograder cette impulsion salutaire.

Malgré le désaveu des savants et les railleries de plusieurs philosophes y tes jeunes gens et les femmes avaient vivement accueilli les Études dé la nature de Bernardin de Saint -Pierre^ et s'étaient enthousiasmés pour Paul et F'irginie, où se trouvaient de délicieuses peintures de la Bible mise en poudre par Voltaire. Il ne lui eût fallu qu'un continuateur d'un gàiie plus vigoureux , mais Chateaubriand ji'avait pas alors vingt ans.

Plus d'un fanfaron d'athéisme croyait s'amender en devenant sceptique. Cette fluctuation est le partage ou plutôt le combat intérieur des esprits ardents et mobiles qui n'ont point la forcé de donliel* un centre d'unité.à leurs pensées ni une ferme direction à leurs volontés : vous ne vous attendez pas à trouver au nombre des sceptiques ce fougueux Diderot , qui convertit d'Holbach à l'athéisme et se rendit son véhément collaborateur pour l'œuvre glacée du Système de la nature. Vous savez tous qu'il se prenait d'enthousiasme pour la barbe d'un capucin, et ce qui était plus raisonnable', pour la procession de la Fête-Dieu* Mon frère m'a raconté qu'il vit Diderot peu de temps avant sa mort, et qu'avec une vive satisfaction il l'entendit' pctrler ' éloquemment de Dieu. 11 lie put s'empêcher de lut témoigner sa surprise , et celui-ci lui répondit :

DB L'OPTimSU AVANT LA RÉVOLUTION. 33 f

« Je vous^ t>arfe d'aj()rès mon împiration jwésente. (c Je puis bien être athée à k ville, mab je rie puis i< Yêtte à la campagne. Je ressemble à un certain w personnage dont parle Montesquieu dans ses u Lettres persanes. Je suis athée ou déiste par se «r mestre. » Et maintenant voici ce que l'on peut répondre à Diderot : Quoi! c'est avec une ppinion si vacillante que vous vous jouez à renverser la plus douce, la plus intime et la plus nécessaire des certitudes ! Vous gardez pour vous seul l'opinion la plus consolante et voiïs nous communiquez celle qui flétrit Fâhie et qui doit la dépraver!

J'ai entendu maint et maiht sceptique s'excuser en répétant ces vers si connus de Voltaire , leur chef:

Bonne on mauv^se santé Fait notre philosophie^ .

Il faudrait réfbrmer cet adage honteux, en y substituant ces mois : Bonne ou fnàwaise santé de Vâme. Tel qui nie la liberté de l'homme, quand il vient de feiire une sottise ou pis qu'une sottise ,. jouit avecf orgueil de ce sentiment au sortir d'une belle action y ou (fens le feu d'un bel ouvrage. La société élégante et philosophique du xvia* siècle y à l'àpprochè et jusque dans les plus grandes horreurs de la crise sociale qui ddvait le terminer.

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oflGre un tableau permaVient des combats et sou- Tent des triomphes du sentiment morat sur les sèclies doctrines que la bouche ayait professées ou que la main plus coupable avait écrites. En quel siècle l'intérêt personnel , l'amour de soi, le plaisir physique , furent-ils plus impudemment présentés comme les mobiles uniques de nos actions et même de nos vertus ? Eh bien ^ cherchez dans l'histoire des républiques anciennes' une époque plus fertile en exemples de désintéressement que lexègne de l'Assemblée contituante? Croyez-vous que dans les plus beaux jours de la vertu romaine les Fabricius et les Fabius eussent été aussi prodigues de sacrifices? J'en appelle à la nuit du 4 août ; j'en appelle surtout à la fatale abdicaftion de cette même assemblée. Loin de moi toute pensée d'apologie de l'émigration^ hormis le cas où il s'agissait d'échapper à une mort violente ; mais cette faute si désastreuse et si conti^airé à la morale politique n'en était pas moins un exemple inouï de désintéressement et de sacrifices faits à l'honneur^ à cet honneur monarchique dont Montesquieu a fait le poivrait et la satire déguisée. Les croisés conduits par un mobile bien plus ardent ne s'exposaient pas à une ruine aussi (complète. Après" tput, les compagnons de Godefroi s'ap-

DE l'optimisme AVildlT LA BÉVOLUTION. 333

pauvrissaient, mais n'abandonnaient pas tout pour marcher à la conquête du tombeau de Jésus-Christ. Dans Tém^igrâtion , on exposait^ et en dernier résultat^ on liyrait tout pour la promenade de Coblentz. Qu'on fasse ici la part de la mode, de la honte attachée à l'envoi d'une quenouille , de l'esprit d'imprévoyance, et enfin d'une crédulité délirante pour un succès facile ; je l'admets pourvu que l'on m'accorde aussi que le mobile do^ minant fut mi devoir mal entendu , et je demande à l'école d'HeLvétius ce que le plaisir physique avait à gagner là.

Pour revenir à une époque antérieure, le sujet de blâme moral le plus constaté qu'ait encouru

le xyiii"^ siècle, c'est le chapitre des infidélités conjugales. Je commence par convenir qu'il est mérité, et qu'un des grands torts des philosophes du xYiii* siècle est de lui avoir fourni mainte apologie directe ou déguisée. Rien de plus contagieux que de tels désordres excusés systématiquement. 11 ne faut pas d'ailleurs faire alliance avec le vice pour le succès d'une doctrine, et Voltaire ne s'est pas beaucoup piqué de ce scrupule. Toutefois je dirai, et cet aveu m'est pénible, que ce reproche n'était pas nouveau dans nos moeurs, et qu'il se produisit dans le grand siècle

SM CHAPrniB XIV.

avec une autorité ^i valait bien celle des philosophes y rexemple. île. Louis Xiy. Eli remontant plusiiaut> je trouverais bien pis; j'ajouterai, en fidèle contemporain qu'il y avait encore de bonnes mœurs dans la magistrature,^au barreau, dans la classe marchande, et quelques unes même à la cour.

Eh bien , c^est dans ce siècle que l'amour maternel a repris tout son empire, dans les classes opulentes ou aisées, et qu?a cessé cet exil de l'enfance qui 'avait souvent les effets d'un abandon meurtrier. Qu'on ne vienne pas s'écrier ici : Effet de 1^ mode! prestige de l'éloquence de J.-J« Rousseau! L'éloquence ne crée pas des sentiments nouveaux, elle les réveille. Ce grand écrivain a exercé; ici un pouvoir supérieur à celui d'un isouverain, mais c'est qu'il faisait parler le grand législateur de Funivers. Les effets de la mode n'ont point cette douce et sainte permanence. Ces femmes qui se sont dévouées aux soins les plus constants de la materpité, qui en ont connu les dévorantes alarmes, ont été dignes d'être les mères ^ de celles qijii ont fait éclater un Sublime courage dans les jours d'horreur de la révoIutioi|. Je n'aime pas les arrêts de proscription port^ ^n masse sur tout un siècle^, sur toute une na-

DE l'OFTIHISIIB AVANT LA RÉVOLUTION. 935

lioii, et principalraient lorsqu'il s'agit de ma patrie j lorsqu'il s'agit des femmes. Il est toujours bon de i^abattre beaucoup sur les scandales courants et sur ceux que reproduisent des romans , des mémoires, des compilations dont ils sont la pâture. Gardons -nous de troubler dans leur tombe, ou d'insulter dans leur gloire , des femmes qui ont fourni tant d'admirables pages aux annales de l'héroione. S'agit*» il d'expiation? l'ëcba&ud a pu tenir lieu d'une pénitence austère daiâ un cloître.

S'il est un sentiment bu plutdt une vertu qui approdie aujourd'hui de la perfection , c'est la maternité diez les beUes âmes; je dis vertu, car eQe suppose iine justice qui souvent résiste à des motifs de préférence; je dis vertu, car elle ne court pas après la récompense, et ne peut en obtenir une proportionnée à l'étendue de ses sacri&es; je dis vertu, car elle élève jusqu'à des âmes assez vulgaires, et purifie des âmes trop accessibles à des passions dangereuses ; je dis vertu , et je mi'indigne du langage grossier de la phrénologie qiii ne voudrait voir qu'un instinct animal, qu'une bosse, qu'une protubérance dans la princesse de Schvrartzeinberg se jetant et mourant dans les flammes, pour arracher sa fille à

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rinoendie. Il est vrai que nos lois civiles ont rendu l'effet de la maternité plus vaste et plus facile en supprimant d'odieuses inégalités. C'est l'ouvrage de la révolution , va-t-on me dire j mais sur ce point ^ la révolution était inspirée par la philosophie^ et la philosophie l'était sans doute par le cœur des mères. Changez ces lois, et vous aurez sinon supprimé, du moins altéré la plus belle des vertus ; aussi ce sont les femmes qui ont élevé le cri le plus puissant contre une tentative encore timide faite il y a quelques années pour rétablir le droit d'aînesse. Dans cet hommage que je viens de leur rendre , et dont j'ai saisi avidement l'occasion , je ne veux rien dire qui humilie ou qui blesse le sentiment de la paternité dont les matérialistes ne parlent guère,' parce qu'ils ne le trouvent pas assez directement émané de la sensation physique. S'il ne se produit pas en nous par des soins aussi inquiets , aussi salutairement minutieux^ si les démonstrations n'en sont ni aussi vives, ni aussi aimables, quel écrivain osera dire qu'il manque *chez nous de vigilance, de dévouement, qu'il ne devient pas un but habituel de notre prévoyance, de nos privations, de nos sacrifices, et trop souvent de notre ambition qu'il égare? D'autres soins, d'au-

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