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des actions assez ^latantes^ et l'autre^ une multitude d'actes de bienfaisance.»
, On ne s'étonnera pas que j'aie conservé , après cinquante ans y quelques lambeaux de cette conversation : j'étudiais la morale^ je détestais le livre de VÈsprit, et j'écrivis quelques traits de cet entretien.
La conversation de M. de Malesherbes était abondante, enjouée , familière, et finissait souvent par quelques traits où éclatait la beauté de son âme. Il parlait de J.-J. Rousseaxi avec une vraie tendresse de cœur, et se plaignait de n'avoir pas eu, ou du moins de n'avoir pas conservé assez d^empire sur ce caractère ombrageux. Je comprenais que dans' sa direction de la librairie, poste qui dans l'état de l'opinion était d'une importance extrême , il avait voulu faire de J.-J. Rousseau un modérateur de l'essor philosophique, mais que l'ardent écrivain, dans sa brusque franchise , avait dépassé le but.
C'était en parlant de Turgot qu'il s'abandonnait à son éloquence naturelle. Dans tout ce qu'ils avaient fait, conçu, médité ensemble, il s'oubliait lui-même pour grossir la part de son ami. Cette ombre chérie sem^blait toujours grandir à • ses yeux ; il n'eût pas voulu avoir une pensée dont
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Turgot n'eût été encore le confident et l'approbateur. C'était un parfum tfantîquité que iliâ jeune àme aspirait avec délices. Il me semblait lire quelques pdgeis ajoutées au traité de V Amitié de Cicéron.
C'était souvent avec Texcellent et aimable Dupont de Nemours , autre confident des grandes pensées de Ttiï*got, et qui avait pour sa mémoire le même culte , qu'il reprenait ce cher sujet d'entrietîen; et leurs yeux s'humectaient. On s'avançait à grands pas, (c'était en 1788) vers la crise que Turgot avait prévue et voulu éviter. Dupont et mon frère étaient loin d'en craindre les approches. Tout optimiste qu'était Malesherbes par le fond de son cœur religieux et de son esprit philosophiqae, il était loin d'envisager cet événement avec la même sérénité et la même ferveur d'espérances. Les îHusions de ses amis ne faisaient que redoubler ses alarmes. « C'est trop de confiance , c'est trop de précipitation , s'écriait-il : vous ne pourrez plus modérer le char, et je vois d'ici venir les fous , et peut-être les fuineux , qui en arracheront les rênes aux mains des philosophes. Je n^ai que trop appris à connaître ces dangereux esprits , dans ma direction de la librairie. £b ! qui l'arrêtera ce char emporté? sera-ce notre ver- •
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tueux Roi ? Hélas ! n'a vons-nous pa& déjà vu sa faiblesse à l'épreuve? » Et comme s'il avait eu à se i^eprocher ce léger blâme i il racontait mille traits de bonté du jeune monarque ; on eût dit un instituteur parlant de son élève, un tuteur de son pupille chéri ; que dii^i-je? un père parlant d'un fils dont l'avenir l'inquiète. Ah! du moins, noble vieillard , quels que soient les malheurs de Louis, et quoiqu'ils doivent sui^asser de beaucoup tes plus vives alarmes , un ami ne lui manquera pas' dans sa prison , devant ses terribles juges, et c'est toi qui sauras t'emparer de ce rôle glorieux!
Mes souvenirs m'entraînent, et dans leur diversité m'offrent le mojen de peindre sous plus d'un aspect les cercles philosophiques à l'approche de là Révolution. Mon frère avait parlé de moi et des éludes auxquelles je me livrais à M. de Saint- Lambert, auteur du poëme des Saisons. Ce vieillard s'occupait alors d'un Catéchisme moral dont les philosophes de son école espéraient la régénération sociale. Il n'était pas fâché> je croisy de faire un prosélyte de mon âge; il témoigna le désir de me voir à la campagne. C'était cette maison d'Eaubonne , dans la vallée de Montmorency , où J.-J. Rousseau, dans tout le feu de sa passion pour madame d'Houdetot, avait fait des vi-
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sites et passé des soirées pleines d'enchantement y sans être un amant heureux. La seconde partie de ses Confessions Tenait dç paraître 9. et rien ne m'avait plus ravi que ce tafaileau décrit avec tant d'ivresse , et j'avais pris parti pour lui contre l'amant préféré, ce même Saint-Lambert; en sorte que c'était plein des souvenirs de Jean- Jacques que j'allais visiter son rival.
Malheureusement madame d'Houdetot n'habi- * tait plus Eaubonne , mais une maison voisine , à Sannois. En parcourant, dans une belle matinée du printemps, la vallée de Montmorency , en passant sous de longues allées d'arbres fruitiers, dont les blanche fleurs tombaient sur ma tête et charmaient mes yeu^ , je croyais entrer en communication avec les rêveries , les extases et les mâles pensées de l'auteur de la Nouifelle ffélobe et d'Emile. C'était là une assez mauvaise disposition pour aborder M. dç Saint-Lambert. Même en causant avec lui dans son jardin, mes regards cherchaient le berceau, où dans une belle nuit d'été, J.-J. Rousseau, ^'abandonnant à tout le feu de son amour et de son éloquence , et profitant de l'absence de Saint-Lambert , qui alors était à l'armée de Hanovre, avait ébranlé un moment la fidélité de madame d'Houdetot, et avait été ré-
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primé par ce mot charmant : Votre ami est là qui nous écoute.Msiïs il y a toujours moyen d'être bien venu d'un poëte dont oii sait par cœur les plus beaux vers. Son accueil fut aimable , sa con-^ versatioii piquante et instructive. Pourtant je fus obligé de laisser passer silencieusement cetapophthegme qui ne me plaisait guère : Tout ira mal y tant que Von ira chercher là^haut ce qu il faut faire ici^bas.
Il me retint à dîner; comme J.-J. Rousseau avait parlé de lui dans les termes les plus honorables , rare privil^e dont il pouvait se glorifier, je témoignai pour cet auteur une naïve admiration , sans pourtant me jeter à corps perdu dans ses paradoxes. Quelle fut ma stupéfaction quand j'entendis M. de Saint-Lambert éclater à ce nom ^ et se répandre en invectives contre le rival dont il avait triomphé^ en amour s'entend. Je me souviens encore d'un de ses coups de pinceau; C'était^ me dit-il , le fou le plus méchant , et le méchant le plus foii que j'»ie connu. Il insistait sur l'horreur des soupçons que l'auteur d* Emile avait conçus contre des hommes aussi bienveillants ^ aussi droits y aussi exempts de toute intrigue^ ^aussi purs de tout fiel que Diderot^ le baron d'Holbach et Grimm, et sur l'imputation absurde d'une
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ligue formée contre lui. Il prétendait que le talent de Jean-Jaoques avait toujours été en déclinant depuis son discours sur l'origine de l'inégalité des condition, pr^érence qui n>e parut inconcevable de la part d'ufi bomme qui aiTectait les manières e(^ 1^ principes aristocratiques^ et qui bientôt se montra un ennemi invétéré delà Révolution. Je conjecturai que Saint-Lambert «ivatt su mauvais gré à Jean-Jacques de ses révélationSi quoique flatteuses pour lui, et que sa jalousie s'était allumée par quelques phrases qui auraient pu £iii*e soupçonner une infidélité mentale de quelques minutes chez ijciadame d'Houdetot dans la scène du berceau. Je devenais assez morne pendant tout cet accâi. Saint-Lambert se calma pour faire la paix avec moi, et il me lut plusieurs chapitres de son catédiisme de mwale» mais de la morale sans Dieu : c'était une mer de glace à traverser.
Je me souvenais encore du froid mortel que cette lecture m avait fait éprouver, lorsque deux ans après madame d'Houdetot> que j'eus le bonheur de connaître et de voir souvent, et qui me parut digne de Tniaiable portrait que Jean- Jacques en a^tracé à la figure près, me dit, en me parlant de Saint-Lambert et de son admirable