‹ TestamentChapitre 29 sur 42 · DE LOPTIMISMB AVANT LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

DE LOPTIMISMB AVANT LA RÉVOLUTION

catéchisme : En vérité ^ quand je rends des soins à sa vieillesse j je crois acquitter la dette du gem^e humain.

Le genre humain se montra fort peu reconnaissant. Ce fut au temps du Directoire quç Saint- Lambert fit paraître cet ouvrage. Il put à peine trouver cinquante lecteurs dans un temps où dçs ouvrages d'un athéisme bien acéré ^ tels que les Ruines^ par Volney, et V Origine des Culfes, par Dupuis, étaient loués, prônés et achetés. C'était jouer de malheur. Le pauvre vieillard en fut terrassé; mais son amour-propre lui suggéra la ressource la plus bizarre ou plutôt la plus folle. Con^me dans son catéchisme il avait fait une satire plus amèrc que piquante des femmes, sans même faire une exception pour celle qui lui rendait tant de soins et tant de culte, et sans parler des prodiges d'héroïsme et de dévouement que les femmes venaient de faire éclater, il s'imagina que les femmes de sa- société avaient fait le complot d'étouffer son ouvrage, en achet9nt toute l'édir tion à son libraire, sous la condition qu'il n'en serait livré qu'un petit nombre d'exemplaires au public. Les dames /qu'il accusait étaient les orne* ments de leur sexe par leurs vertu^^ les grâces, et l'élévation de leur esprit, et par une piété tendre

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et tolérante; il me suffit de nommer mesdames de la-Briche^ de Vintimille et de Montesquiou- Fézensac. Il me semble qu'une vision si chagrine et si absurde allait bien au delà de celles qu'il reprochait à J.-J. Rousseau.

Cette anecdote pourra paraître un peu étrangère à mon sujet. Mais elle prouve quelle confiance avaient les philosophes, surtout ceux de l'école matérialiste y de pouvoir pétrir la société à leur gré, et d'enseigner la vertu comme on enseigne l'arithmétique. Combien de fois ne leur ai-je pas entendu dire,, que si les honunes ne s'entendaient pas, c'était faute, d'avoir lu Condillac. Il semblait que la plus pure harmonie devait ré^ gner sur la terre dès que les peuples sauraient par cœur le Traité des Sensa{ions.

Je vais citer un autre exem[die de ce genre d'optimisme, que la Révolution dans sa marche ne se plut que trqp à confondre : Je vis un soir entrer dans le cercle de M. Suard le marquis de Gondorcet; on venait d'en faire l'éloge le plus complet, et on avait surtout vanté son active obligeance et la douceur de ^on commerce ; mais je savais les deux mots que mademoiselle Lespinasse avait dits sur lui, que c était un mouton enragé , et un volcan couwrt de neige. J'étais impatient

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