PREMIÈRE EXCURSION CONTRE LES MATÉRIALISTES
Le véritable antagoniste de l'optimisme religieux , c'est le matérialisme moderne ; je dis mo-
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derne^ car celui des anciens marchait moins droit à l'athéisme , si j'en excepte Épicure et son école. Voyons si c'est un adversaire dangereux. Voici ses prétentions; j'examinerai jusqu'à quel point il les justifie.
Le matérialisme se pique de clarté. Ce n'est pas seulement au raisonnement qu'il s'adresse, c'est a Toeil y c'est à la main , et il obtient une évidence palpable. Il ne peut supporter le vague ; il procède du connu à l'inconnu , il veut une langue correcte, précise, analytique. Ce qu'il nous reproche le plus , c'est d'avoir récoui^s aux hypothèses, et il ne s'en permet jamais. Il se garde bien de nous embari'assër dans les ténèbres et les épines de la métaphysique; c'est pour lui une science qui n'a pas plus de réalité que la nécromancie ; niais, en revanche, il a toutes les sciences physiques à sa disposition. Les matérialistes peuvent démonter toutes les pièces de Pesprlt humain comme celles d'une montre , et remettre tout a sa place; cette mécanique ^t si simple, qu'elle peut même se passer de géométrie. Ont-ils recours à la chimie; les idées, les raisonnements, les systèmes, les vices et les vertus viennent se fotidre dans leur creuset et retourner à leurs premi^s éléments , qui ne sont qu'au nombre de
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deux : sensation pour V entendement , iniéréiper' sonnel pour la volontés
Expliquons-nous d'abord sur la clarté qu'ils s'attribuent : ils parlent évideiiiment une laU^^ue dijBTérente de la nôtre , ou plutôt ils torturent celle dont nous faisons Usage ^ et nous allons voir qu'ils ne se font entendre qu'à force de contradictions. Prenons pour exemple le mot nature substitué au mot Dieu; ce qui signifie pour nous la création est pour eux le créateur. Mais qù'est<;e que la nature? c'est, d'après eux-jnémes, la matière brute et inintelligente ; c'est avec cette masse en désordre qu'ils vont se charger de créer tous les êtres intelligents. La matière , disent-ils , est un être nécessaire qui agit par nécessité; le mouvement entre dans son essence ; il est aussi nécessaire qu'elle-même y d'où il suit que nous ne pouvons concevoir aucun être en repos ni même en repos relatif : je ne puis donc dire : cette tour est immobile, et le bateau que je vois ne l'est pas. La matière, ajoutent-ils, suit des lois fixes, invariables; comment se fait-il qu'elle ne produise que des effets variables à l'infini? Ainsi, tout dans la nature est nécessaire et rien ne l'est. Le mouvement est nécessaire , et pourtant aucun être ne se meut par lui-même^ car ils n'admettent
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ni liberté ui spontanéité. Les êtres organisés n'en ont pas plus que ceux qui ne le sont pas. Tout est mû^ mais rien ne se meut par soi*ménie; voilà aeaiefretSy cherchez la cause^
Je parle ici de l'athéisme y tel qu'il fut présenté au milieu du xviii* siècle par le baron d'Holbach^ dans le Système de la nature y ou plutôt par Diderot , son précurseur^ son prophète et son puissant collaborateur. On va me reprocher de rendre ma* réfutation bien commode en la dirigeant contre un livre tombé, décrié , mortellement ennuyeux, sauf quelques enluminures qui viennent le ranimer parfois; Tel qu'il est , c'est encore l'ouvrage colossal de l'athéisme, pyramide renversée dont le sommet touche la terre^ Le baron d'Holbach n'était pas doiié d'une grande vivacité d'Imagination. Quand Diderot s'impatientait de la marche lourde de son collègue, il allumait ses fourneaux pour forger de l'enthousiasme, et se trouvait forcé de donner de l'intelligence, une grande étendue de combinaison , et même de la bonté, de la justice, à cette nature qui , tout à r heure, avait été déclarée brute., sourde, aveugle et stupide. Il lui adressait des hymnes, et, d'un ton d'inspiré, il criait aux mortels de se prosterner devant sa déesse. Les
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hommes, diaoît-il^ ne sont malheureux que parce quils s'éloignent de la nature. Étrange repro* che I les hommes peuvent^ils s'éloigner de la nature qui f dans ce système ^ agit sur nous par des lois nécessaires? Puis il. s'emportait contre Jes exaltés^ les simples, les fourbes, et surtout contre les prêtres et^ les rois qui se font une étude de violer et de nous faire i^ioler cette bonne et inoffensite nature. Qn sait jusqu'où il porta la fureur de ses imprécations; et lo];!squ'il propose d!étran^ gler le dernier des rois avec les boyaux du dernier des prêtres , ne vous semble-t-il pas entendre un des épouvantables sacrificateurs de 1795?
Diderot n'avait-il pas bonne ^râee de reprocher à tous les adorateurs de Dieu, de l'intolérance et de l'inhumanité? Plusieurs de ses con* temporains ont voulu en faire un I^onhomme^ mais ils auraient dû convenir qu'il était^vre quelquefois; il ne faut pas l'être de sang. Revenons au calme philosophique dont un tel souvenir m'a écarté sans qu'on puisse m'en faire un reproche.
Les matérialistes, comme je l'ai dit, se font une loi de procéder du connu à l'inconnu; et pour tenir parole, ils commencent par le chaos que les uns débrouillent, Dieu sait comme, et que les autres laissent se débrouiller de lui-même;
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car.its sentent biônlôt qu'ils sont un peu gauches pour cette opération. Ils conviennent que Fes-* sence de la matière est inconnue , impénétrable ; ib la connaissent seulement par quelques-uns de ses^act^s; nous sommes plus avancés qu'eux , non certes sur l'essence de la%iatière , mais sur l'Ilme qu'ils nous refusent, car nous la connaissons notre âme 9 et par ses attributs^ et par ses opérations qui forment la première et la plus inébraiil^le de nos certitudes. C'est %ious seuls qui montons de ce que nous connaissons le mieux et de la manière la plus intime, la plus directe, la plus constante, à ce quetious connaissons moins directement/Nôùs pouvons dire à chaque homme : N'est-ce pas là ce que vous éprouvez ?
Les athées rejettent non-seulement la langue des sages , .tels que Descartes , Mallebrandie , Leil^irilz, Glarke, Pascal, Bossuet et Férielon, mais, pour tout dire, le langage htltnain; de leup propre aveu , leur langue est encore à faire ; c'est un jargon livré au caprice et au non-sens de chacun. Voyons-nous un corps en repos (car il faut bieii admettre un repos relatif), nous disons : ce corps est en repos; mais ils disent, eux : ce corps est en effort pour vaincre la résistance d'un corps qui empêche son moui^ement. Ce corps est
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in nisu. H y a action de Vun^ réaction de Vautre; ainsi le repos nest autre chose que le mou^ vement. Comprendra qui pourra cette barbarie pëdantesque. Us disent de même : Cest le moussement général qui cause le mouvement particulier du corps, et cest le moui^ment particulier du corps qui cause le mouvement général. Ainsi, comme l'observe un critique aussi judicieux que profond, l'abbé Bergier, a la cause produit Vef^ i<fet, et Veffet à son tour produit la cause; cest « comme si ton disait ; le père engendre le fils et « le fils engendre le père, m Continuons à visiter au hasard les impropriétés d'une langue qui , suivant eux, est analytique par excellence.
La matière , disent ses apôtres , existe nécessairement et de toute éternité; autant de mots, autant d'erreurs, autant de confusions de langage. Qu'entendez -vous par exister? J'existe, moi, j'en ai le sentiment et la certitude. La matière déclarée par vous-même inintelligente, in^ animée, a-t-elle cette certitude, ce sentiment? Entendez-vous confondre deux modes d'existence si dissemblables, dont l'un est la vie, et dont l'autre est la mort? Ne disons-nous pas de l'homme qui a cessé de vivre, il n'existe plus? La matière inanimée n'a qu'une existence relative pour les
êtres qui \ivent, sentent et pensent; elle n'est rien en elle-^méme ni par elle-même^ elle ëqnivaut au néant. N'est*il pas singulier que VEtre étemel qui existe par soi et de sa pleine puis^ sance^ se trouve précisément celui qui ne sait pas qu'il existe? Ce qu'il y a de certain , c'est que s'il n'y avait point d'êtres doués de vie^ la matière inanimée serait comme n^existant pas. Mais pourquoi existe-t-elle nécessairement lorsqu'auoun des êtres qui la composent n'est ^ de votre aveu, nécessaire, que tous sont contingents et périssables? Vous me dites que la matière change seulement de formes; voilà ce que je ne puis concevoir, puisque, suivant vous, elle agit d'après des lois fixes et invariables. D'où lui viennent ces changements? elle ne dépend d'aucun être, elle ne peut les opérer par sa volonté, puisqu'elle n'a point de volonté. Mais, dites* vous, ils proviennent du mouvement qui est son atti^ibut n^ cessaire, supposition toute gratuite et qu'il est aisé de oonfondre; admettons-la, toutefois, sans nous engager dans une discussion trop longue. Vous dites que la matière suit des lois fixes et invariables. Qu'est-ce que des lois faites sans législateur, et qui ne sont le produit d'aucune volonté, d'aucune intelligence? D'où savez-vous
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qu'elles sont fixes et invariables, vous qui ne pénétrez pas l'essence de la matière? Admet*tons-le; à quoi s'appliquent ces lois? C'est , dites- Tous , au mouvement qui lui est imprimé ; donc il ne peut produire que des effets fixes et invariables comme ses lois ; et pourtant tout le contraire arrive. Pourquoi , maintenant , dites-vous qu'elle est étemelle? Ici vous faites un cercle vicieux I et vous me répondez : c est parce quelle existe nécessairement. Mais nous venons de prouver qu'un tel mode d'existence , non senti , équivaut au néant; ainsi, c'est le néant, ou quelque chose de semblable , qui a tout produit de toute éternité , et qui ne cesse de changer et de produire, sous des formes infiniment variées, tout ce qu'il a produit d'abord par les lois fixes et invariables d'un mouvement nécessaire. Ce qui ne vit y ni ne sent, ni ne pense, a produit ce qui vit, sent et pense. C'est toujours le néant producteur.
Vous voyez que , dans les principes fondamentaux du matérialisme , le mot de néant est assez mal éludé; réussissent-ils mieux à éviter le mot de hasard? ils le repoussent avec fierté ! Ce sont des esprits trop scrupuleux, trop positifs, pour employer un mot vide de sens. Comment donc
le remplacent-ils? c'est par celui-ci : les forces occultes de la matière. Si un homme armé d'iin fusil chargé^ et dérangé par un choc imprévu, a tué son ami , spn frère qu'il ne voyait pas près de lui, nous disons qu'il l'a fait par hasard. Que l'on dise : il l'a fait par les lois occultes de la matière , avons-uous rien changé à la pensée? ne reste-t-il pas toujours le sens qu'il l'a fait sans volonté, sans discernement? Dire que le soleil ou que l'homme a été formé par le hasard , ou par les forces occultes de la matière, n'est-ce pas toujours dire qu'ils ont été formés sans volonté, sans discernement et par hasard.
Autre exemple de la pureté et de la clarté du langage des matérialistes, et je finis par celui-ci; il est certes bien digne de terminer la liste. Savezvous d'où vient la sensibilité physique? C'est de . r opposition des forces visses aux forces mortes; les premières prennent le dessus sur les secondes j et détruisent les obstacles qui empêchaient un corps de sentir : et voilà une substance anima-' Usée. Concevez-vous très-bien un corps dont quelques parties veulent naître et font de grands efforts pour s'animaliser, tandis que d'autres parties, qui prennent goût au néant, combattent de toutes leurs forces pour rester mortes?
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Mais voici une difficulté à laquelle les matérialistes n'ont pas pensé. N'est-il pas à propos qu'un bloc de marbre, pour devenir un animal, se pourvoie d'organes? U faut ici que les forces vives se donnent un étrange mouvement , et que les forces mortes ne soient pas trop rebelles. Les premières manqueront souvent leur coup quand il s'agira de former l'œil, l'oreille, un cerveau, un estomac. Heureusement Biderot se charge d'une opération si difficile; voici une idée de son système dans son Interpréta tion de la nature.
Figurez -vous un océan immense de moelle, de bile, de chyle, de sang, de lait, de fils qui n'aspirent qu'à se changer en nerfs , en muscles et d'os déjà formés avant que le règne animal existe. L'attraction ou les affinités chimiques conduiront toutes ces parties , non-seulement vers leurs analogues, mais vers celles qui doivent les soutenir, les corroborer, les environner. Malgré des chocs sans nombre, elles sauront bien reconnaître ce qui leur convient, éviter ce qui leur est contraire. Je vois déjà naître des pieds , des mains, des ailes, des nageoires, des trompes, des cornes, et même des parties plus délicates et plus compliquées , telles que des yeux , des oreilles , des cœurs, des cervelles, des estomacs. Des mem-
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bres et des organes ainsi formés se mettront à la recherche de ceux qui leur conviennent et peuvent s'assortir. Quand un.tout sera formée la vie et la sensation^ avec ses modes divers^ souffleront sur ces corps et viendront perfectionner ces ébauches.
Je ne puis concevoir comment une création de cette sorte a pu s'arranger facilement dans la tète de Diderot ou plutôt dans celle de Démocrite , d'Épicure et de Lucrèce qui peuvent réclamer l'honneur de l'invention. Il me semble qu'il faudrait nous faire fabriquer un cerveau tout nouveau pour pouvoir comprendre cette manufacture d'organes qui, sans intelligence, sans lois, sans direction, sans surveillance, fonctionnent à eux tout seuls , et un million de fois mieux que l'ouvrier le plus intelligent, que dis-jel que le plus habile mécanicien, qu'Ârchimède, Newton €t Watt ne pourraient le faire. Comment subsistent-ils sans les humeurs, les aliments qui doivent les sustenter , sans les nerfs , les veines , les artères, les muscles qui leur donnent l'action. Le premier choc ne suffit-il pas pour les dissoudre, et combien n'en auront-ils pas à essuyer dans cet état d'ébranlement, de fermentation, d'ébullition universelle dont la mer la plus furieuse , dont le
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'volcan le plus formidable ne pourraient nous donner <]u' une idée très-imparfaite. Supposons un ceil tout formé y chose absurde s'il est privé du secours et des aliments qu'il reçoit d'autres parties du corps. N'étes-vous pas effrayés, par exemple, du Toyage d'un œil qui cherche nonseulement sa case, mais ses aliments, ses supports ; de ce frêle cristal heurté par tant de corps? Pour faire ce voyage, il faudra qu'il attende un autre œil, son semblable, afin que tous deux puissent se placer en même temps de l'un et de l'autre côté d'une boite osseuse qui viendra de je ne sais d'où , et aura des cavités toutes prêtes à les recevoir; mais il faudra de plus que les oreilles, les narines soient du voyage et arrivent en même temps sans encombre au rendez-vous ; joignez-y l'appareil des autres sens internes ou externes qui logent dans la tête et viennent y correspondre* Plus j'avance , plus je reste épouvanté du nombre immense d'organes et de parties d'organes qui doivent faire en même temps le voyage et arriver à la même minute pour commencer leur action simultanée et recevoir l'étincelle de vie, car l'estomac , par exemple, ne peut s'arrêter en route ; n'est-il pas le père nourricier du cerveau , n'exerce t-il pas sur lui une action dont
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les matérialistes triomphent? Encore faudra- t-U songer aux moyens de perpétuer les races et de former à la fois dans toutes les espèces, et par le moyen des lois occultes de la matière, deux sexes différents. Ce même hasard sera encore chargé de faire qu'ils s'aiment, s'attirent et s'unissent; il accomplira partout, jusque dans les races les plus faibles ou les plus féroces, les prodiges de l'amour maternel, en y joignant, au moins pour notre espèce et pour quelques autres , la protection puissante et continue de l'amour des pères.
Épicure qui ne connaissait ni attraction ni affinités chimiques , a cru faire un trait de génie en armant d'un crochet les atomes de Démocrite, c'est-à-dire des corps ou corpuscules qui n'ont point de parties suivant l'étymologie même du mot. Belle découverte! Où sera donc le support de ces crochets? Je demande maintenant si les lois de l'attraction et des affinités chimiques ne sont pas révoltées d^une si monstrueuse hypothèse. Ainsi les athées n'invoquent les connaissances physiques, qu'ils prétendent être leur unique point d'appui , que pour en bouleverser les données les plus palpables.
Les matérialistes ont la bonne foi d'avouer que ces opérations sont un peu difficiles pour la na-
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ture qui n'y voit goutte, et conviennent qu'il est possible et même vraisemblable que, pendant plusieurs siècles ou plusieurs centaines de siècles, elle s'y prenne fort mal et ne produise que des monstres. Mais enfin elle entre dans une voie plus régulière et s'y maintient. Mais pourquoi s'y maintient-elle? La comparerez-vous, elle qui reste stupide, à un auteur qui après avoir mis la dernière main à son ouvrage, n'y veut plus toucher soit par satisfaction, soit par lassitude?
Que si , pour éviter ces difficultés qui vraiment me paraissent assez sérieuses , vous recourez à une création par des germes , je vous vois plus embarrassés que jamais ; car ces germes sont les mêmes animaux en petit, et la cohésion de leurs organes microscopiques ne sera pas plus facile quand le plus léger souffle ou qu'une très-faible masse suffira pour les disperser et les dissoudre. D'ailleurs, comment se développeront-ils ? Quelle mère les portera dans son sein? Quel lait les nourrira ? Gomment supporteront-ils un air vif et glacial qui pour eux serait la mort? Qu'ils sortent miraculeusement de l'état d'embryon, votre embarras redouble, et surtout quand il s'agira de former l'espèce humaine ; comment l'enfant qui ne voit pas et reste si longtemps
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dans un état de faiblesse inconnue aux autres animaux, pourra-t-il se soutenir et se défendi*e ? C'est à qui rejettera , à qui dévorera un être qui ne parait encore que le rebut de la nature et qui doit cependant marcher comme le roi du séjour où il est confiné.
Il faut être de bonne foi , la difficulté que je présente et sur laquelle l'ingénieux Fontenelle a insisté pour en faire l'une des preuves de la nécessité d'ub créateur intelligent y a for^ embarrassé les matérialistes et les a jetés dans un système très-singulier de métamorphoses pour arriver de degrés en degrés jusqu'à l'homme. Ne croyez pas que ce soit dans l'intention de rendre hommage à sa nature ; ils vont nous dresser un arbre généalogique peu flatteur pour notre vanité. L'humilité matérialiste ne nous épargne pas l'abjection. Ce système diffère un peu suivant les données que la physique et l'observation fournissent à leurs cosmogonies; mais, en général, ils aiment à partir du simple pour arriver au composé. Dans cette méthode, l'huître leur convient. Tel de ces madrépores, favorisé par des circonstances qu'on n'explique pas très -bien, est devenu un petit poisson, puis un poisson assez respectable, puis un amphibie, lequel, des-