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pensée de Dieu ne vient plus rien colorer^ rien vivifier. Toutes les mauvaises passions ont leur ivresse j la vengeance, l'avarice , la cupidité, l'amour le plus coupable, l'ambition la moins scrupuleuse, ont des jouissances ou sinistres ou honteuses qu'elles expient bientôt par un long malaise de l'âme. Le méchant même et l'envieux peuvent, jusqu'à certain point, trouver du plaisir dans des méfaits qui ne leur rapportent rien. Ce que je ne conçois pas, ce sont quelques heureux de la terre qui , sans avoir aucun fonds de méchanceté et sans être entraînés par des passions ardentes ou furieuses, en conspirant ridiculement contre Dieu, conspirent contre l'ordre social qui les traite avec tant de faveur, et mettent leur esprit à la torture pour torturer tous nos bons sentiments; ce que l'habitude et l'éduca*tion ont pu leur en laisser, doit jeter beaucoup de trouble dans leur désolante mission. Ne voientils, pas leurs amis , s'ils peuvent en avoir dé véri-* tables, leur femme, leurs jeunes filles, leurs jeunes fils, encore pleins d'un noble feu^ baisser pour eux leur front humilié, rougir et se révolter intérieurement lorsqu'ils étalent devant eux leurs principes? En faveur de qui prolongent-ils leurs veilles laborieuses? eh faveur de grands
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coupables ou de quelques scélérate dogmatiques dont ils veulent assurer le repos.
Quoique ces paroles soient rigoureuses , elles ne sont point exagérées. Ne lit*on pas dans le Système de là nature une allocution où. le baron d'Holbach prend de tendres soins pour soulager de ses remords un scélérat moribond^ en lui disant qu'il n'a fait qu'obéir aux lois nécessaires de la matière? Le blasphème échappe à d'autres dans les convulsions de la fureur; pour eux^ ils en font un code raisonné. Ils centuplent la dose des maux que la nature ou la société fait peser sur nous, pai* la manière dont^ ils les peignent , les exagèrent, les aigrissent. Leur fer se retourne mille fois dans la plaie; le fiel qu'ils y jettent corrompt le baume de la résignation religieuse.
Pourtant la pitté leur suggère un remède qu'ils vont distribuant non^seulement à tous les mal* heureux, mais à tous les heureux qui s'ennuient : c'est le suicide. Us afifermissent le bi^ts du jeune insensé à qui la pensée de sa mère allait îaXvt rejeter l'arme fatale. Le suicide, voilà leurbicn-^ fait ; «^est la succession qui s'est transmise jusqu'à nous, succession qui, depuis leurs funestes écrits, s'est décuplée , centuplée ; c'est à une longue trace de sang qu'on peut reconnaître leur pas-
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sage sMr la. terre* Us ont commeDcé par faire taire leur oœur , ila finissent par le perrertir afin * de mieux perrercir leur raison* Lancés dan3 cett^ carrière , ib ne peuirenl plus s'arrêter } ils cou-r rent après la conviction. Us s'efforcent de noyer leurs remords dans une mer de sophismes. Ces Salmonées ont peur^ et je les crois fort susceptif blés dé celle qui iitt^gnait Hobbes y leur vieux et sombre patriarche; c'est pour ne pas croire au diable qu'ils veulent ne pas croire en Dieu. Il s'agissait sdon eux d'extirper le fanatisme jufrr que dans ses racines , et ils étaient si ombrageux sur ce point que Diderot traitait quelqu^ois Voltaire lui-même de capucin, et ne pouvait souffrir qu'un philosophe parlât d'un dieu vengeiu* et rémunérateur; l'écume luiWe^ nait à la bouche lorsqu'il parlait de J.-J. Rckus^ seau y adorateur de Dieu plus fervent que Vol* taire. .Les formules d'ana thèmes lancés dans le moyen âge par des moines , des évéques ou des papes, ne surpassent point en fureur les invectives et les imprécations que Diderot a vomies contre Rousseau si longtemps son ami , dans son Essai sur les règnes de Claude et de Néron. Je veux bien croire que ces étranges philosophes ne se doutaient pas qu'ils allaient créer lé fana-
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tisme le plus atroce. Ce n'est pas nous qui poU' Yons ignorer que l'athéisme a le sie^» Jugez-en par ce qu'il a fait en deux ou trois ans de règne. Le fanatisme naît d'une disposition sombre , d'un malaise de l'âme et de penchants cruels que la religion même de la charité n'est point parvenue à étouffer et auxquels elle a servi trop souvent de prétexte. Le matérialisme les aggrave. Les athées vivent dans une irritation continue^ parce qu'ils ne peuvent soufirir d'entendre la voix du genre humain toujours opposée à la leur. Tout à leurs yeux est fanatisme quand leur cœur en est gorgé. Ne vous étonnez pas que les athées pratiques^ dont nous avons vu le règne pendant les. plus affreuses années de la révolution , fussent si prompts à immoler tout ce qui les embarrassait dans leur route, et à procurer à leurs ennemis les douceurs cTun sommeil étemeL Us traitaient sans pitié ces machines qui ne fonctionnaient pas suivant leur direction.
Que si l'on voulait justifier les matérialistes du xviii* siècle par leur morale , je conviendrais que d'Holbach 9 Diderot spn ami^ ou peut-être tel autre de ses collaborateurs , ont saupoudré h Système de la nature de quelques passages d'une morale assez honnête , mais elle manque de sup^
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port. Quelle morale que celle qui ne connaît ni Dieu^ ni âme, ni liberté, ni devoirs, sinon ceux qui résultent de Tintérét et du plaisir^ et qui nivellent vices et vertus , comme le résultat de la nécessité et des lois aveugles de la matière! Si Diderot s'est un peu gêné pour coudre quelques fragments de morale au Système de la nature y il s'est mis bien à son aise dans Jad^ues le Fataliste et surtout dans le Supplément au voyagé de Bougain^fiUe , ouvrage dont il parait impossible de surpasser l'infamie.
Oh! que les pensées de l'écrivain qu'inspire un cœm' religieux coulent d'une source plus limpide et plus abondante! L'athéisme naît de l'insensibilité morale et conduit à la haine; le théisme naît de l'expansion de nos sentiments sympathiques , et conduit à l'amour qu'il perfectionne, qu'il échauffe d'un rayon de la Divinité. L'athéisme est inquiet, grondeur, parce qu'en secret il gronde contre lui-même; il vit de blâme, le théisme vit d'admiration. Le premier se fait une arme de tout ce que la nature lui offre de laid ou de diflorme en apparence ; le second ajoute encore au beau répandu dans tout l'univers je ne sais quel beau idéal qu'il a l'heureuse puissance de se former. Lequel des deux favorise
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le mieux le génie? Demandez^le à Platan aussi bien qu'à Homère et à Phidias. L'hymne de l'ado-* rateur de Dieu commence avec le chant de l'alouette et; ne finit qu'avec celui du rossigncrf ; il vil dans une société d'élite, et pénètre par la pensée'diins le séjour où les saints tendent la main aux sages. L'air qu'il respire devient l'éther le plu^pur. Fût-il privé des dons de l'harmonie , il lui semble que sa voix se module sur le ton des Bernardin de Saint-- Pierre > des Chateaubriand, des Lamartine ; rien n'est pour lui travail , tout est épanchement; il ne craint pas de se r^>éter. L'amour de Dieu , ainsi qu'un autre amour, est insatiable de redites; il voudrait dire mieux /et, dans son impuissance, il revient aux m^iques paroles qu'il croit enflammer par une accentua-^ lion plus vive.
Abus grossier que font du iQot sensation les philosophes qui veulent réduire à elle seule toutes les facultés de Pâme. — Explication sur Locke et cor Gondillac, qui paraissent ayoir iuTolontairement fourni au matérialisme son arme principale. — Réfutation de la maxime : « Penser c'est sentir. » — » Les matérialistes, après avoir établi le chaos dans le monde , le transportent dans notre cerveau. «— Étranges images qu'ils se forment de ce magasin de nos idées matérialisées. — L'Être pensant ne se distingue -t -il pas parfaitement des organes qui le servent? — Appel à la conscienee de tous les hommes.— -Systèmes divers enfisintés par la phjsîologie matérialiste. ^-^ Leurs contradictions , leurs absurdités. — Examen critique de la phrénologie.