CENT CINQANTE-SIXIÈME LETTRE
Lundi 9 Février 1846.
Mon cher et généreux ami, je recours encore une fois à votre persévérante bonté. Je voudrais me munir du petit appareil à ventouses, qui me ledevient bien nécessaire. J'ai besoin aussi de quelques ustensiles qui vont hypothéquer mon mois; si vous pouviez encore me prêter cinquante francs, vous me ferez du bien. Je voudrais que vos Anglais pussent connaître l'aide dont vous m'avez entourée; ce serait un bel exemple pour eux que ce fait caracté ristique de nos relations ; je vous permets et je vous demande même de le citer à l'occasion, jusqu'à ce que je puisse lui rendre mon hommage particulier.
J'espère que je vous verrai bien portant ce soir ; je retombe dans mes palpitations, parce que la congestion se refait au cœur. Si ce n'est pas abuser de vous et de Sophie, je serai heureuse de la retrouver deux jours par semaine; je m'arrangerai pour que l'autre moyen n'empêche pas celui-là. La circonstance naturelle ayant lieu, j'attendrai jusqu'à Vendredi pour commencer : cela m'aidera à achever mon travail.
J'ai reçu ce matin une invitation des Marrasl pour la soirée du 18 Février; je suis embarrassée du prétexte à prendre pour m'en dispenser. Je veux, comme je vous l'ai dit, me réserver tout ce que je puis trouver là. Je compte que vous m'accordez assez de crédit maintenant pour croire à l'assurance que je vous ai donnée que je suis sûre de moi, de certains côtés. J'espère donc que je n'ai pas besoin de rien retrancher à ma confiance envers vous. Elle est un des plus doux lots de nos relations. J'ai écrit, il y a quelque temps, à M. M..., une lettre digne et sérieuse, qu'il est capable d'apprécier avec soti eaprit : et je suis persuadée qu'il ne fait plus aucune méprise sur mon compte. Je prétexterai probablement un voyage pour justifier mon refus actuel, et j'irai les remercier en revenant.
A Mercredi, mon tendre ami ; vous, pour qui j'éprouve l'estime
et l'attachement les plus sincèpes. piiissiez-vous trouver votre récompense dans mon cœur !
Je vous embrasse tendrement.
Clotilde de vaux.